Tours : jugement attendu aujourd'hui dans l'affaire de l'élue enlevée et séquestrée


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La famille de Mounia Haddad, élue locale de 29 ans au conseil départemental d'Indre-et-Loire, était hostile à son union. Son père et deux de ses oncles sont jugés pour enlèvement et séquestration et son petit frère pour menaces de mort.

La jeune femme a caché sa relation à sa famille pendant cinq ans. Elle a commencé à subir les pressions familiales en septembre 2017 quand elle a annoncé cette union à son entourage. Pendant l'audience, son père, ses deux oncles et son petit frère ont expliqué qu'ils n'avaient fait que tenter de sauver Mounia Haddad de "l'influence de son compagnon".

Un mariage de force évité

Pour Mounia Haddad, l'affaire commence au printemps 2018, quand sa famille tente de la marier de force en Algérie en apprenant son projet d'union en France. En mars, elle décide de quitter son travail, de ne plus siéger au conseil départemental et se réfugie dans la famille de son compagnon dans le sud-est de la France, à Mandelieu (Alpes-Maritimes). En juillet, son père et son oncle finissent par venir la chercher en la forçant à monter dans une voiture pour la ramener en Touraine.

Le 18 juillet, le compagnon de Mounia Haddad prévient la police de la disparition de la jeune femme. La police réussit à géolocaliser son téléphone portable et met en place une surveillance au domicile des parents. Le lendemain, les forces de l'ordre interviennent pour une rixe devant la maison. Mounia Haddad en profite pour se précipiter vers les policiers et leur demander une protection.

Le père et les deux oncles sont interpellés, placés en garde à vue puis mis en examen pour enlèvement et séquestration. Le frère de Mounia Haddad, de son côté, est mis en examen pour l'avoir menacée de mort dans un message électronique.

La famille minimise les faits

Lors de l'audience du 27 septembre dernier, la famille de Mounia Haddad a expliqué que le profil du compagnon de la jeune femme ne leur plaisait pas. Le père a affirmé, à la barre, avoir eu peur pour sa fille, craignant "un endoctrinement". Pour les oncles, il n'y a pas eu d'enlèvement, mais simplement une volonté de discuter avec leur nièce.

Lors d'une visite du père et des oncles à la jeune femme en avril à Mandelieu, les trois hommes lui ont imposé la préparation d'un mariage en Algérie, une visite médicale pour vérifier sa virginité et un versement de 41 000 euros. Le père a expliqué que ce virement aurait servi pour qu'elle s'achète un appartement en Algérie mais qu'elle n'y a pas été obligée.

Le parquet de Tours a requis trois ans de prison dont 18 mois avec sursis contre le père et 17 mois de prison pour le frère. Pour les deux oncles, des peines de trois ans de prison dont deux avec sursis et deux ans dont un avec suris ont été respectivement requises.