"Merci de m'avoir viré !" : cet agriculteur de Loire-Atlantique remercie Lactalis de ne plus collecter son lait

Publié : 14h42 par
Elouen Rouchy - Journaliste

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En septembre 2024, Corentin Guillardeau, un agriculteur de Loire Atlantique installé à Maisdon-sur-Sèvre, apprend que le géant Lactalis ne collectera plus son lait dans un an et demi. Un coup de massue pour ce jeune éleveur qui venait tout juste de reprendre la ferme familiale. Après la colère, il est aujourd'hui très content de ne plus travailler avec Lactalis, car son lait n'a jamais été aussi bien rémunéré.

Corentin Gillardeau, producteur laitier installé à Maisdon-sur-Sèvre
Corentin Gillardeau, producteur laitier installé à Maisdon-sur-Sèvre.
Crédit : Alouette DR

"Ça faisait seulement deux ans que j'étais installé, c'était un gros coup dur..." C'est en septembre 2024 que Corentin Guillardeau apprend que Lactalis ne collectera plus son lait d'ici un an et demi. Installé à Maisdon-sur-Sèvre, il fait partie des 25 agriculteurs du département impactés par la décision du géant laitier. "Je venais de faire un gros investissement de robot de traite, la nouvelle a été très dur à encaisser", se confie Corentin au micro d'Alouette. Pendant plusieurs mois, il va vivre avec cette épée de Damoclès, au-dessus de la tête.

"Je me demandais ce qu'allais devenir la ferme familiale que j'avais repris, mais aussi qu'est-ce que mon secteur d'activité allait devenir. J'avais un sentiment de haine envers Lactalis, je me suis senti viré, complètement lâché par le groupe..."

Mais Corentin s'est rapidement ressaisi, et a essayé de trouver une solution avant la fin de cette année et demie de "sursis". Il s'est alors tourné vers une autre laiterie pour vendre sa production : LSDH, basé dans le département également, à Saint-Denis-de-l'Hôtel.

Corentin Guillardeau au micro d'Alouette :

"Aujourd'hui, je remercie Lactalis de m'avoir viré"

Ce qui s'annonçait être une très mauvaise nouvelle a rapidement pris une autre tournure pour Corentin. "On a pris la décision d'appeler directement les autres laiteries pour essayer de trouver une solution". Cette solution a été trouvée auprès de la laiterie LSDH.

"Aujourd'hui, je remercie Lactalis, car la situation dans laquelle je me trouve actuellement est pas plus mal. Ici, je ne suis pas pris pour un pion. Pour l'instant la valorisation du lait est à son juste prix. On sait pourquoi on se lève et on travaille."

 

"En faisant le même volume de lait, mon exploitation se porte beaucoup mieux"

Corentin produit chaque année autour des 960 000 litres de lait non OGM grâce à ses 70 vaches. Du lait qu'il vendait 410 euros les 1 000 litres avec Lactalis, et qu'il vend maintenant environ 500 euros. Soit près de 90 000 euros de plus chaque année.

 

Alouette DR

 

"L'agriculture française a de très belles choses à faire"

Comment se fait-il qu'une laiterie à taille humaine comme LSDH puisse acheter le lait de Corentin plus cher que le géant Lactalis ? Avec sa nouvelle laiterie, Corentin nous explique que l'entreprise met en place "des tables rondes pour essayer de défendre nos produits et de mieux les valoriser. C'est une façon de nous respecter également". L'idée pour Corentin Guillardeau, c'est de se battre face aux grandes surfaces.

"L'agriculture française a de très belles choses à faire. Une meilleure valorisation du lait incite également les jeunes à venir travailler dans le monde agricole et se faire plaisir."

Lorsque nous lui demandons s'il conseille à la nouvelle génération de se lancer dans l'agriculture, Corentin n'hésite pas une seconde à nous répondre un grand "oui !" enthousiaste. 

La réponse de Corentin Guillardeau au micro d'Alouette :

Faire face à la hausse des prix du carburant

Si notre agriculteur s'en sort mieux depuis qu'il ne travaille plus avec Lactalis, tout n'est pas tout rose non plus. Lui aussi, comme tous les Français, est impacté par l'explosion du prix de l'essence. Le GNR, le gazole-non routier a presque doublé nous confie l'exploitant. "On l'achetait entre 60 et 70 centimes le litre il y a deux ans, et aujourd'hui on est autour des 1,30 / 1,40 euros. Avec un tracteur qui consomme entre 20 et 30 litres à l'heure, la facture grimpe très vite ! C'est devenu une charge très importante aujourd'hui... Et on ne peut pas faire autrement pour cultiver nos terres, car malheureusement, les tracteurs électriques n'existent pas encore" s'amuse Corentin. 

Le GNR, une charge très importante :