"On a lancé l’alerte" : qu’est-ce que le rapana, ce coquillage XXL qui menace les huîtres de Charente ?

Publié : 14h22 par
Romane Hocquet - Journaliste

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Ce bulot géant, venu d’Asie, dévore les coquillages des Pertuis Charentais. Et sa prolifération s’accélère. Pour freiner l’envahisseur vorace, le comité des pêches réclame sa commercialisation. Alouette est monté à bord du bateau d’Arnaud Charlopin, pêcheur en Charente-Maritime.

Arnaud Charlopin
Arnaud Charlopin, pêcheur à Port-des-Barques, défend la commercialisation du rapana, comestible.
Crédit : Alouette DR

"Les plus gros spécimens font plus d'un kilo, de la taille d'une tête d'enfant" : Arnaud Charlopin nous tend un gros coquillage orange nacré : un rapana venosa, ou rapana veiné. Ce cousin asiatique du bulot européen prolifère dans les Pertuis Charentais.

 

La taille d'une tête d'enfant

Et c'est bien le problème pour ce patron marin-pêcheur : "Il se plaît beaucoup ici car la température de l'eau est plus chaude que dans l'océan, il se déplace sur les rochers et il trouve énormément de nourriture." Désormais, le quadragénaire peut récolter jusqu'à quinze rapanas par pêche. "Là, c'est un record. Il y a vraiment un explosion du nombre de ces coquillages depuis trois ou quatre ans." 

 

Le plus gros rapana pêché par Arnaud Charlopin pesait 1, 360 kg | Alouette DR

 

Ce coquillage venu d'Asie est arrivé du côté du Morbihan dans les années 1990. Comment ? Il n'y a pas de certitude. "Probablement à cause du commerce internationale", propose Arnaud Charlopin. Le rapana a aussi été repéré dans le bassin d'Arcachon (Gironde) ainsi que dans l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône). Cela fait une quizaine d'années que le rapana a posé sa coquille dans les eaux de Charente-Maritime.

 

Il engloutit le triple de son poids chaque jour

"C'est un vorace !" : chaque jour, le rapana mange l'équivalent de 3,6 fois son poids : "cela représente entre 5 et 6 huîtres commercialisables par jour". Il dévore aussi les moules, palourdes, les coquilles Saint-Jacques, les pétoncles... des espèces endémiques de la zone. "On est inquiet pour notre patrimoine. Forcément, si le rapana se développe, cela va poser problème."

 

Arnaud Charlopin a déjà pêché une centaine de rapanas depuis le début de l'année | Alouette DR

 

L'alerte a été lancé par le comité des pêches de Charente-Maritime, dont Arnaud Charlopin est aussi vice-président. "Pour l'éradiquer, c'est trop tard. C'est comme pour le frelon asiatique. Cela fait longtemps que le comité crie, hurle, on n'est pas forcément écouté, même s'il commence à y avoir une prise de conscience."

 

Comestible, mais pas commercialisable

Pour freiner la prolifération du coquillage, le marin charentais se bat pour obtenir sa commercialisation. "On doit pouvoir pêcher des rapanas dans toutes les zones. L'idée serait de valoriser le produit à 100% : de la nacre au muscle."

 

Même s'il est comestible, le rapana n'a pas le feu vert des autorités pour être commercialisé | Alouette DR

 

Sur son compte Instagram, Arnaud Charlopin propose même des recettes de cuisine avec du rapana. "C'est très bon, c'est iodié, c'est fort en goût", assure-t-il, "entre le bulot français et la texture d'une sèche."

Bémol : le rapana ne pourra pas être commercialisé tant qu'il n'aura pas obtenu le feu vert du ministère de l'Agriculture. "Je connais des restaurateurs qui sont intéressés", assure Arnaud Charlopin, qui travaille avec des établissements de l'île d'Aix, à proximité.