"On dort les fenêtres ouvertes en cas d’alerte" : les campings de la Coubre sur le qui-vive face au risque d’incendie

Publié : 11h39 par
Romane Hocquet - Journaliste

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Le tourisme est à l’arrêt en Gironde, ravagé par les feux. En Charente-Maritime, les campings de la forêt de la Coubre vivent avec la menace quotidienne des incendies. Reportage dans un établissement des Mathes, auprès d'un gérant sur le pied de guerre jour et nuit.

enrick poitevin, gérant camping aux Mathes
Enrick poitevin a déjà fait face à un départ de feu dans son camping aux Mathes.
Crédit : Alouette DR

"Les Pins de la Coubre" : voilà le nom du camping familial qu'Enrick Poitevin a repris il y a quartoze ans. Et cela ne s'invente pas. Le camping est aux portes de la forêt de la Coubre : un écrin de verdure d'environ 5 000 hectares en Charente-Maritime, entre Royan et l'île d'Oléron.

Les allées du camping sont naturellement ombragées par les immenses pins qui surplombent les mobil-homes et les tentes. Un emplacement agréable, mais à risque : en cas de départ de feu dans la forêt, le camping d'Enrick Poitevin serait aux premières loges. D'ailleurs, le gérant, qui est aussi président de l'association des campings du pays royannais, surveille son téléphone en permanence. 

 

Le camping est au bord de la forêt de la Coubre, un environnement à risque (c) Alouette DR

 

Un camping au milieu des pins

Il a installé l'application "feux de forêt", qui indique le risque d'incendie en temps réel, selon la température, le taux d'humidité et la force du vent. "Aujourd'hui, on est en risque très sévère : il fait 25 degrés, avec un vent de 16km/h et un taux d'humidité de 40%." Les départs de feu sont réguliers dans la forêt de la Coubre, à tel point qu'une association du pays royannais réclame la fermeture des massifs forestiers de Charente-Maritime en cas de vigilance orange aux incendies. 

Le professionnel n'a jamais eu à gérer d'incendie d'ampleur dans son camping... seulement un départ de feu électrique, rapidement maîtrisé. Malgré tout, Enrick Poitevin se prépare au pire.

 

"On est tout le temps sur le qui-vive, jour et nuit. On dort avec les fenêtres ouvertes en cas d'alerte, une sirène par exemple. On est très attentif"

 

Dans les allées, on compte d'ailleurs trente-cinq robinets incendie armés (RIA). Impossible de les louper : ces tuyaux rouges tranchent avec le paysage environnant. Des haut-parleurs sont aussi installés aux quatre coins du camping de 166 emplacements. Ils peuvent servir à diffuser un message d'alerte. Chaque année, une répétition générale est organisée : les campeurs se plient à un exercice d'évacuation grandeur nature

 

Face au risque d'incendie, le camping interdit les barbecues et planchas (c) Alouette DR

 

"On trouve encore des mégots par terre"

L'autre enjeu, c'est la sensibilisation des vacanciers. "On a interdit les planchas, qu'on loue habituellement. Les gens comprennent." Le hic concerne davantage la cigarette : "On trouve encore des mégots par terre. Le fumeur, pas tous, ne s'imagine pas les conséquences ou pense que cela ne peut pas leur arriver." Le gérant du camping distribue d'ailleurs des petites boîtes métalliques, en guise de cendrier.

Une date reste dans la mémoire de tous les professionnels du secteur. L'été 1976, il y a tout juste 50 ans. Un sixième de la forêt de la Coubre était partie en fumée après un départ de feu dans un dépôt d'ordures. Les pompiers mettront trois jours à maîtriser les flammes. Les vacanciers et les campeurs avaient été évacués par bateau vers La Rochelle.