Chute du téléphérique en Italie : 3 responsables de la société gestionnaire arrêtés

26 mai 2021 à 9h30 par Antoine Judit

Trois responsables de la société gérant le téléphérique qui a chuté dans le vide dimanche à Stresa dans nord de l'Italie, faisant 14 morts dont 5 Israéliens, ont été arrêtés mercredi.

ALOUETTE
Crédit: Capture d'écran | Twitter - Vigili del Fuoco

Ils sont accusés d’avoir "désactivé ou ôté volontairement des dispositifs de sécurité", en l'occurrence le frein d'urgence, a déclaré à l'AFP un porte-parole des carabiniers. "Il y avait un dysfonctionnement sur le téléphérique, l'équipe de manutention n'a pas résolu le problème, ou seulement en partie," a expliqué sur la station Radiotre un responsable local des carabiniers.

Le téléphérique a été construit en 1970 et relie en 20 minutes le village de Stresa au mont Mottarone. Il culmine à près de 1.500 mètres en offrant une vue spectaculaire sur le lac Majeur et les Alpes.

Les accusés ont reconnu que c'est volontairement que le frein d'urgence n'avait pas été activé, a ajouté le lieutenant-colonel Alberto Cicognani. Selon la procureure de de la petite ville voisine de Verbania, Olimpia Bossi, en charge du dossier et citée par les médias italiens, ils savaient que la cabine du téléphérique circulait sans frein d'urgence depuis le 26 avril, jour de la réouverture de l'installation.

Arrestations et interrogatoires

Dans un entretien mardi avec l'AFP, la procureure avait expliqué les causes de l’accident : "Le système de freinage n'a pas fonctionné, le système qui bloque la cabine sur le câble porteur est un système qui fonctionne en cas d'urgence lorsqu'un accident comme la rupture du câble se produit".

La décision de procéder à ces arrestations est intervenue à l'issue d'une journée d'interrogatoires à la caserne des carabiniers de Stresa et l'analyse des débris trouvés sur place, qui a permis de démontrer que "le système de freinage d'urgence de la cabine tombée dans le vide avait été trafiqué", et que la "fourchette", à savoir le dispositif permettant de désactiver le frein, avait été insérée.

Selon les enquêteurs, il s'agit d'un acte "matériel fait de manière consciente" pour "éviter des interruptions et l'arrêt du téléphérique", alors que "l'installation présentait des anomalies qui auraient requis une intervention plus radicale avec un arrêt conséquent."

Selon la procureure, des interventions techniques avaient été "demandées et effectuées", dont une le 3 mai, mais "elles n'ont pas permis de résoudre le problème". La décision de bloquer le frein d'urgence a été prise "avec la conviction que jamais le câble ne se serait rompu, courant un risque qui a ensuite malheureusement abouti à l'issue fatale".

Un seul survivant

L'accident s'est produit dimanche vers 12H30, à une centaine de mètres de la dernière station d'altitude du téléphérique au sommet du mont Mottarone. L'unique survivant, un enfant de cinq ans hospitalisé à Turin, souffre d'un traumatisme crânien et de fractures des jambes. La procureure avait confié mardi à l'AFP la sidération provoquée par cet accident : "Très peu de personnes auraient pu imaginer une telle tragédie. Personne ne peut donc imaginer que ce qui était une sortie du dimanche se soit transformée en un cauchemar qui s'est terminé de manière tragique."

(Avec AFP)