Le Nobel de littérature sacre la poétesse américaine Louise Glück

8 octobre 2020 à 12h35 par Arnaud Laurenti

La poétesse américaine Louise Glück a remporté jeudi le très convoité prix Nobel de littérature, un choix pointu et inattendu couronnant son oeuvre entamée à la fin des années 60.

ALOUETTE
Crédit: Facebook | Nobel Prize

À 77 ans, la poétesse est récompensée "pour sa voix poétique caractéristique, qui avec sa beauté austère rend l'existence individuelle universelle", a annoncé l'Académie suédoise en décernant le prix, toujours accompagné d'une motivation laconique.

Louise Glück est "une poétesse du changement radical et de la renaissance", a salué le président du comité, Anders Olsson.

L'enfance et la vie de famille de cette native de New York, la relation étroite entre les parents et les frères et soeurs, constituent une thématique centrale de son oeuvre.

Deux ans après la Polonaise Olga Tokarczuk, Louise Glück est la 16ème femme à se voir décerner le prix de littérature, dans un millésime 2020 des Nobel très féminin.

Année des femmes

Avec trois lauréates lors des Nobel scientifiques, cette saison pourrait égaler, voire battre le record de femmes lauréates (cinq en 2009), alors que la paix vendredi et l'économie lundi restent à décerner.

Ce prix renvoie le Nobel de littérature hors d'Europe, qui avait monopolisé cinq des six derniers prix.

Averno (2006) est le recueil magistral de Louise Glück, une interprétation visionnaire du mythe de la descente aux enfers de Perséphone en captivité de Hadès, le dieu de la mort. Une autre réalisation spectaculaire est son dernier recueil, "Nuit fidèle et vertueuse".

En français, la traduction de cette poétesse est restée jusqu'ici pour le moins confidentielle, faute de parution en volume. Elle se limite à des revues spécialisées. Elle a consacré un de ses poèmes à Jeanne d'Arc en 1976.

Un Nobel devenu polémique

Après une série de scandales ou de controverses qui a terni depuis trois ans le plus célèbre prix littéraire au monde, la direction qu'allait prendre le Nobel de cette année était particulièrement imprévisible, selon les critiques.

L'an passé, le prix 2019 avait été attribué à l'écrivain autrichien Peter Handke, aux sulfureuses positions pro-Milosevic, provoquant une très vive controverse, s'ajoutant à un scandale sexuel qui avait déchiré l'Académie il y a trois ans, provoquant le report historique du prix 2018.

Cette année, les sites de paris plaçaient la Française Maryse Condé, la Russe Lioudmila Oulitskaïa, la Canadienne Margaret Atwood ou le Japonais Haruki Murakami comme favoris.

Les critiques littéraires sondés par l'AFP penchaient plus pour l'Américano-caribéenne Jamaica Kincaid, le Kényan Ngugi wa Thiong'o, la poétesse canadienne Anne Carson, l'Américain Thomas Pynchon ou le Français Michel Houellebecq. Le nom de Louise Glück avait émergé dans le journal Dagens Nyheter jeudi matin.

L'Académie a traditionnellement préféré les candidats de l'ombre aux célébrités déjà établies, même si de nombreux géants de la littérature mondiale ont bien été primés depuis bientôt 120 ans.

Fin 2017, l'académie bicentenaire avait été minée par les dissensions sur la manière de gérer les accusations visant un Français, Jean-Claude Arnault, époux d'une académicienne et personnalité influente de la scène culturelle suédoise, depuis condamné pour viol.

Le scandale avait déchiré l'institution en plein cataclysme #MeToo, ébranlant l'image des Nobel et même d'une Suède habituée au rôle de modèle.

(avec AFP)