Nouvelle journée d'action des soignants

30 juin 2020 à 4h36 par Alexandrine DOUET

Avant la clôture prochaine du « Ségur de la Santé » en fin de semaine, les personnels hospitaliers sont de nouveau appelés à descendre dans la rue.

ALOUETTE
Près de 10.000 personnes ont défilé à Nantes lors de la précédente manifestation le 16 juin dernier
Crédit: Facebook | Section CGT Nantes Bretagne

Après le succès de la mobilisation du 16 juin (100.000 à 180.000 manifestants selon les sources), les syndicats et collectifs hospitaliers organisent de nouveaux rassemblements partout en France.

"Peser sur les décisions politiques"

Des rassemblements sont notamment prévus dans le Grand Ouest : à Nantes, Saint-Nazaire, Laval, La-Roche-sur-Yon, Vannes, Morlaix, Tours, ou encore à La Rochelle. À Paris, le cortège s'élancera à 14h de l'Hôpital militaire Val-de-Grâce et prendra la direction du Ministère de la Santé.

L'objectif affiché est de "peser sur les décisions politiques", a prévenu Mireille Stivala lors d'une conférence de presse lundi. La secrétaire générale de la CGT-Santé assure être prête à "continuer de se mobiliser tant qu'on n'aura pas réussi à faire plier le gouvernement" sur (leurs) revendications".

Mais le temps lui est compté, car le "Ségur de la santé" touche à sa fin. Cette vaste concertation, lancée le 25 mai pour concrétiser le "plan massif d'investissement et de revalorisation" promis par Emmanuel Macron, s'achèvera en effet vendredi, par une ultime réunion sous l'égide de l'ancienne dirigeante de la CFDT, Nicole Notat.

Le chef de l'Etat pourrait ensuite annoncer lui-même ses arbitrages la semaine prochaine, en particulier sur les très attendues hausses de salaires.

Son ministre Olivier Véran a déjà mis sur la table 6 milliards d'euros pour les personnels non médicaux, à répartir entre une augmentation générale, une refonte des primes et des majorations ciblées sur certaines professions (infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio...).

Une rallonge de 300 millions d'euros a également été proposée lundi pour les praticiens hospitaliers, avec des mesures ciblées sur les débuts et fins de carrière, sur certaines primes et sur les heures supplémentaires, aussitôt rejetées par des syndicats médicaux évoquant une "désillusion énorme".

"Loin du compte" 

"On est très, très loin du compte", estime le secrétaire général de SUD-Santé, Jean-Marc Devauchelle, qui demande pas moins de 14 milliards pour augmenter de 300 euros net toutes les fiches de paie du secteur.

Son homologue de Force ouvrière, Didier Birig, chiffre plutôt la mesure à 7 milliards et considère que "la balle est dans le camp du ministère". Avec cette mise en garde: "Si la réponse n'est pas à la hauteur des attentes, il y aura des conséquences".

"Nous craignons très clairement une fuite des personnels s'il n'y a pas un choc d'attractivité", précise l'urgentiste Christian Prudhomme (Amuf), qui attend "un geste fort de la part du gouvernement, à la fois sur l'augmentation des salaires, sur les embauches et sur l'arrêt des fermetures de lits".

Déçus par les précédents plans de l'exécutif, qui n'ont pas enrayé un mouvement social entamé au printemps 2019, les syndicats voient d'abord le décalage "entre ce qui a été dit pendant des mois sur la nécessité de revaloriser le personnel soignant, de revoir le financement de l'hôpital public, et la réalité des annonces faites aujourd'hui", explique Mme Stivala.

Elle souligne au passage que "la question des recrutements de personnels (n'est) pas abordée dans le cadre du Ségur" et considère que "c'est un gros problème".

Le gouvernement entend en revanche dégager des moyens pour l'investissement, en plus de la reprise déjà programmée d'un tiers de la dette hospitalière par la Sécu. Reste à connaître le montant de cette enveloppe budgétaire.

"L'impatience des soignants (...) est très forte, je la partage, je suis au moins aussi impatient qu'eux", a affirmé M. Véran dans un entretien au Monde vendredi.

Le ministre sait toutefois que "qui dit négociation dit un peu d'échanges et de saines pressions de part et d'autre, c'est tout à fait normal".

(Avec AFP)