"Il avait des épines un peu comme un hérisson", un nouveau dinosaure a été découvert grâce à une paléontologue rennaise

Publié : 5h53 par
Adrien Michaud - Journaliste

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Il s’agit d’une découverte scientifique peu commune, c’est même une première dans le monde. Un dinosaure avec des pics sur une grande partie de son corps, a été exhumé en Chine. Derrière cette découverte, il y a Ninon Robin, paléontologue et chercheuse rennaise au CNRS.

Reconstitution artistique d’un jeune Haolong dongi du Crétacé inférieur de Chine.
Reconstitution artistique d’un jeune Haolong dongi du Crétacé inférieur de Chine.
Crédit : Fabio Manucci

C’est une nouvelle qui doit ravir les fans de Jurassic Park ou tout simplement de dinosaures. Une nouvelle espèce a été découverte dernièrement, le Haolong dongi.

Il s’agit du tout premier dinosaure avec des pics sur une grande partie de son corps, un peu comme un hérisson. Il a été exhumé en Chine, et jamais cette spécificité n’avait été observée sur ces reptiles.

Cette avancée scientifique a été permise grâce à la qualité de conservation de ce fossile d’iguanodon datant de plus de 125 millions d’années.

Ninon Robin, paléontologue et chercheuse rennaise au CNRS, a participé à cette découverte. Rencontre.

Ninon Robin, paléontologue rennaise, a participé à l'identification de ce dinosaure.

 

Qu’elle a été votre tâche dans l’identification de ce nouveau dinosaure ?

Ce que j'ai pu faire, c'était travailler à la caractérisation morphologique et chimique de ces petites épines pour essayer de comprendre ce que c'était réellement. Est-ce que c'était un cousin des plumes ? Est-ce que c'était un cousin des écailles ? Est-ce que c'était encore autre chose ? En fait, je me suis intéressée à ce dont étaient faites ces épines en termes de tissus. Pour essayer de savoir ce qui s'est passé chez les dinosaures pour qu'on ait à un moment donné des épines et pas des plumes ou des écailles. Et donc, ce que l'on ne connaissait pas, c'était que ces structures pouvaient avoir la forme d'épines. Il avait des épines un peu comme hérisson ou à un porc-épic, car elles ont un peu ce type de forme.

Ninon Robin, paléontologue et chercheuse rennaise au CNRS

 

Comment avez-vous procédé pour savoir qu’il s’agissait bien d’épines ?

Sur le squelette de ce jeune iguanodon, on a retrouvé dessus des petites traces de choses qui seraient des structures qui appartiennent à sa peau. Et ces structures, que l'on ne retrouve pas d'ordinaire, on les a documentées, étudiées, analysées, parfois prélevées pour pouvoir les comprendre, les décrire.

Avec la bonne conservation du fossile, on a pu observer la forme de ces cellules, mais aussi on a pu regarder à l'intérieur du noyau. On peut dissocier, et visualiser la paroi cellulaire et également les noyaux de ces cellules de peau qui ont 125 millions d'années. Elles sont organisées, ces cellules de peau, en une espèce de gaine qui s'étend, formant donc des épines. Ça, c'est vraiment la chose qu'on n'imaginait pas retrouver avec une telle résolution, un tel détail de préservation, dans quelque chose qui, au final, est de la roche. À la fin de tout ça, on conclut bien que ce sont donc des épines. Jusqu'alors on ne connaissait pas d'épines décrites sur des dinosaures.

Ninon Robin, paléontologue et chercheuse rennaise au CNRS

 

Quel était le but de ces épines ? Est-ce qu’elles étaient utilisées comme mécanisme de défense, par exemple ?

Ce qui est sûr, c'est que comme c'est un fossile, il nous sera toujours difficile d'être sûr (rires). En revanche, ce que l'on peut faire quand on retrouve des structures particulières dans le registre fossile, c'est simplement les comparer à ce que l'on connaît dans la nature actuelle. Et donc logiquement, quand les prédateurs ont le choix entre de proies qui sont armées d’épines, et de l’autre côté un herbivore avec une peau "lisse", ça va être plus facile pour lui d'aller vers quelque chose qui n'est pas bourré d'épines. Donc, oui, on part du principe que, peut-être, c'était une innovation qui permettait à ce dinosaure de simplement se protéger, et de dissuader ses prédateurs.

Ninon Robin, paléontologue et chercheuse rennaise au CNRS
Les auteurs de l’étude à l’observation du fossile au Musée géologique d’Anhui à Hefei en Chine.