Pesticides et suicides : une étude de l’université de Poitiers établit un lien chez les agriculteurs

Publié : 11h04 par
Romane Hocquet - Journaliste

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Une étude menée sur trois ans met en évidence une relation statistique entre l’utilisation de pesticides et tentatives de suicide dans le monde agricole. Parmi les pistes d'explications : la toxicité de ces produits qui affectent le système nerveux, notamment le circuit de la récompense, indispensable au plaisir et à la motivation.

Pesticides
Crédit : illustration Envato - DR

Les agriculteurs qui utilisent beaucoup de pesticides sont-ils plus exposés au risque de suicides ? Cette étude est un "signal clair", pour Armand Chatard, professeur à l'université de Poitiers et auteur de ces recherches.

Elle a été réalisée en France pendant trois ans. Cette étude interdisciplinaire met en évidence une relation statistique entre l'utilisation de pesticides et les tentatives de suicides dans le monde agricole. Le chercheur réfute toutefois "un lien de cause à effet".

 

Des suicides plus fréquents dans les zones d'épandages

"C'est une brique supplémentaire dans un faisceau de preuves qui devient de plus en plus important au niveau international", explique Armand Chatard à l'AFP. Un lien statistique qui confirme effectivement une autre analyse menée en 2023 et basée sur 17 millions de participants dans cinq continents.

L'équipe poitevine du CNRS a croisé des données à l'échelle départementale, celles de l'indice de traitements de produits phytosanitaires du ministère de l'Agriculture (IFT) et celles de tentatives de suicides suivies d'une hospitalisation de la Mutualité sociale agricole (MSA).

 

Les pesticides pourraient diminuer la dopamine

Pour "une augmentation d'une unité de l'IFT - correspondant approximativement à un traitement supplémentaire à dose de référence par hectare -, le taux de tentatives de suicide hospitalisées était supérieur d'environ 10% en 2020 et 8% en 2021 et 2022", précise le CNRS dans un communiqué publié cette semaine.

Les chercheurs ont tenu compte de facteurs économiques, sanitaires et sociaux. "La fréquence des comportements suicidaires est plus importante dans les départements où on épand plus de pesticides", indique Armand Chatard. Une "association suffisamment préoccupante pour chercher maintenant à mieux comprendre ce qui l'explique."

 

Des études post-mortem ?

Certaines études précliniques sur des animaux ont déjà montré que "les pesticides ont tendance à diminuer la concentration de dopamine - qui agit sur le circuit de la récompense, de la motivation - dans les neurones".

Le chercheur évoque aussi des "études de neurotoxicité", en comparant des analyses de sang, d'urine, de cheveux d'agriculteurs très exposés aux pesticides à d'autres, ou encore "des études post-mortem", pour voir "si les agriculteurs décédés par suicide révèlent plus de traces de pesticides que dans des groupes contrôle".

 

 

 

 

 

Avec AFP