Alexis Michalik : "Ce qui m’importe le plus, c’est de voir tous ces comédiens qui travaillent, qui vivent de leur art, qui défendent mes projets et qui sont heureux de jouer."

13 janvier 2022 à 13h02 par Alexandrine Douet

Alexis Michalik était de passage à Nantes cette semaine pour finaliser la création de sa pièce "Le Porteur d'Histoire" au Théâtre 100 Noms.

Le comédien auteur et metteur en scène Alexis Michalik
Le comédien auteur et metteur en scène Alexis Michalik
Crédit: Alexis Michalik

Entretien avec Alexis Michalik. Le comédien, auteur et metteur en scène qui soufflera ses quarante bougies cette année, est aujourd'hui l'une des personnalités les plus "bankables" du monde du théâtre. Multirécompensé aux Molières, il a déjà réuni plus de 3 millions de spectateurs à travers le monde avec ces cinq pièces dont le tourbillonnant "Edmond" hommage à Edmond Rostand l'auteur de "Cyrano de Bergerac".  Son adaptation de la comédie musicale de Mel Brooks "Les producteurs" est à l'affiche du Théâtre de Paris depuis le mois de décembre. Sa dernière création "Une histoire d'amour" sera bientôt en tournée dans le Grand Ouest. Et en cette fin de semaine, sa toute première pièce "Le Porteur d'Histoire" créée il y a dix ans arrive à Nantes, au Théâtre 100 Noms pour une trentaine de représentations jusqu'à fin avril.  Avec sur scène 5 comédiens nantais.

Vous avez choisi de vous replonger dans votre première création "Le Porteur d’Histoire" avec de nouveaux acteurs et peut-être aussi une nouvelle mise en scène. Comment est venue l’idée, précisément ?

Déjà, ce n’est pas une nouvelle mise en scène, c’est vraiment la mise en scène originale qu’on a adapté avec cinq nouveaux acteurs qui sont des acteurs Nantais. L’idée, elle est venue de Clément Pouillot qui s’occupe du Théâtre 100 Noms. Il m’a appelé et m’a demandé si j’avais envie de refaire "Le Porteur d’Histoire" à Nantes. Il se trouve qu’on avait déjà tenté l’expérience, notamment à Lyon, avec une équipe d’acteurs Lyonnais, et ça avait très bien marché. Du coup, on s’est dit pourquoi pas le faire à Nantes parce que c’est un spectacle un peu différent d’une programmation plutôt tournée vers la comédie. C’est un spectacle un peu difficilement définissable, ce n’est pas une comédie, ce n’est pas une tragédie, ce n’est pas un drame, c’est une espèce de succession d’histoires qui nous entraînent dans une histoire, finalement, qui aura sens et qui se joue depuis maintenant 10 ans.

Un spectacle à votre image, c’est-à-dire inspiré et très influencé par le cinéma notamment ?

Oui, c’est un style qui traverse à peu près la plupart de mes spectacles. C’est-à-dire que je raconte des histoires qui ne sont pas très théâtrales, le rythme des histoires et l’enchaînement des scènes, et la façon dont je le mets en scène, c’est très cinématographique. C’est un rythme qu’on ne va pas forcément avoir l’habitude de retrouver au théâtre puisque ça va très vite, il y a beaucoup d’informations, un peu comme si on suivait une série, on suit une histoire sur plusieurs époques, sur plusieurs continents… En fait, comme on a un cerveau habitué à suivre des séries, ce n’est pas du tout choquant, mais simplement, c’est un rythme un peu inhabituel au théâtre.

C’est un défi de mettre de nouveau en scène un spectacle créé il y a près de 10 ans ?

Défi, c’est un grand mot. En fait, on a l’habitude de refaire des équipes du "Porteur d’Histoire" parce que le spectacle se joue depuis 10 ans à Paris. Il ne s’est pas créé et arrêté pendant 10 ans, il se joue depuis et il approche des 3.000 représentations, il a tourné un peu partout dans le monde. C’est un spectacle, donc forcément, quand on joue sur ces durées-là, au bout d’un moment les acteurs ont d’autres projets, et donc, on a des doubles, des triples, des quadruples distributions du spectacle, et à chaque fois, on recrée une équipe. Donc, on a l’habitude de recréer cette équipe et ensuite les équipes se croisent, et donc, il faut au contraire que cette mise en scène soit toujours la même pour qu’on puisse éventuellement au pied levé appeler un comédien de Lyon et lui demander s’il peut venir jouer une semaine à Paris et s’intégrer à l’équipe parisienne. Mais, c’est une mise en scène qui est assez simple, assez élaborée par sa chorégraphie mais assez simple par sa scénographie parce qu’il y a très peu de choses au plateau, c’est un décor épuré : cinq tabourets, des acteurs et des costumes. Ensuite, ils vont nous faire vivre une sorte d’épopée à travers les temps, on va voyager dans le désert algérien, dans la forêt vosgienne… Et tout ça, avec simplement la force de l’évocation et le talent des comédiens.

Avec des acteurs donc Nantais que vous avez vous-même choisis ?

Tout à fait, je suis venu finaliser le casting il y a maintenant deux ans, c’était avant la pandémie. On était censé commercer il y a plus d’un an, et puis finalement, ça a été reporté, reporté, reporté… Et là, on commence enfin ce spectacle !

Il y aura plusieurs représentations jusqu’au Printemps, c’est bien cela ?

On part sur une trentaine de représentations, et évidemment, on espère pouvoir prolonger et avoir une longue vie.

On sait qu’à Nantes, culturellement, ça bouge beaucoup. C’est aussi pour ça que vous avez dit oui ?

Bien-sûr ! C’est une ville que j’aime beaucoup, j’y suis venu quelques fois ces dernières années, et à chaque fois, je retrouve cette énergie, cette envie, cette jeunesse… C’est une des villes les plus populaires de France et il y a une raison à ça, il y a beaucoup de choses à Nantes, il y a effectivement des spécificités culturelles qu’on ne retrouve qu’ici. Donc, j’espère que ce dynamisme va se retrouver dans les salles.

Souvent, les artistes évoquent un peu cette « bulle d’oxygène » quand ils viennent jouer ailleurs qu’en région parisienne. Vous confirmez ?

Oui (rires), alors ça, ça dépend où, mais oui, absolument. Il y a des endroits qui sont plus à même d’apprécier la venue des théâtres, et effectivement, Nantes et toute la région en font partie, ce sont des publics qui sont avides, les salles sont souvent pleines quand on vient en tournée. Il y a d’autres endroits en France ou c’est un petit peu plus difficile. Là vraiment, on sent qu’il y a une passion pour le spectacle.

Hasard du calendrier, votre nouveau spectacle Une histoire d’amour est en tournée, et donc il y a un passage tout près de Nantes à Carquefou sur la scène du Théâtre de la Fleuriaye début février. C’est un spectacle que vous avez mis en scène et dans lequel vous jouez ?

Tout à fait, dans lequel je jouais à la création il y a deux ans, et puis maintenant, il y a une autre équipe qui le joue, mais c’est l’équipe de création en tournée puisque moi je suis parti sur d’autres projets. C’est la dernière pièce que j’ai écrite, c’est une histoire d’amour et c’est une sorte de comédie dramatique contemporaine qui a remporté un Molière l’année dernière à Paris et qui maintenant est en pleine tournée.

Vous avez notamment travaillé avec Fauve Hautot pour cette pièce ?

Absolument, elle a fait une petite partie chorégraphique parce que l’un des personnages est une danseuse. Et donc, il me fallait quelqu’un pour chorégraphier cette pièce, il se trouve que je connaissais Fauve, je l’ai appelé en lui demandant si elle ne connaissait pas un jeune chorégraphe qui voudrait faire ça et elle a tout de suite manifesté son intérêt, elle s’est donc complétement intégrée au processus de création.

Vous travaillez beaucoup ?

Oui, mais j’essaye de prendre le plus de temps possible pour moi aussi. Simplement, quand on a plusieurs pièces à l’affiche, ça fait beaucoup de choses à gérer. Moi ce qui m’importe le plus, c’est de voir tous ces comédiens qui travaillent, qui vivent de leur art, qui défendent mes projets et qui sont heureux de jouer. Donc, tant que j’ai la possibilité de pouvoir continuer de faire jouer un spectacle, je la saisis.

Vous préparez d’ailleurs la comédie musicale Les Producteurs en ce moment, c’est bien cela ?

Tout à fait. Alors, je la préparais il y a quelques mois, ça joue maintenant depuis un mois et demi à Paris et ça se passe très bien au Théâtre de Paris, c’est le dernier bébé, c’est un gros show musical et j’espère qu’on l’amènera également en Pays de la Loire.

Ce spectacle est présenté comme étant le show musical le plus primé de tous les temps. Là aussi, c’était un gros défi pour vous ?

Là, c’était un défi, oui (rires). C’est un gros show, ils sont 16 sur scène, comédiens, chanteurs, danseurs, il y a 7 musiciens, c’est un énorme bazar, et en même temps, c’est génial parce qu’il y a aussi une chorégraphe claquettes, un directeur musical, un orchestre… C’est assez génial ! On retrouve un peu une âme d’enfant quand on dirige un gros spectacle comme ça.

Pour tous les artistes, ces deux dernières années ont été très compliquées. Comment avez-vous vécu cette période très particulière ?

Moi, j’ai été un peu préservé de tout ça parce que ça se passe bien pour moi, je n’ai pas vraiment eu de problèmes financiers, enfin, je me suis arrêté, j’ai pris des vacances forcées. J’ai écrit et j’ai préparé la suite. C’est plus pour tous les acteurs du quotidien, les comédiens de théâtre qui tout d’un coup ont vu leur activité s’arrêter complètement sans vraiment avoir de perspectives. Depuis, on jongle entre les projets annulés, les annulations, les projets repoussés, les attentes… Donc, heureusement que tous les acteurs du métier sont pris en charge et qu’ils ont été soutenu par l’Etat, mais quand même, c’est assez difficile de vivre dans une incertitude. Aujourd’hui, on est face à un autre problème, surtout à Paris où il y a énormément de contaminations, on a eu beaucoup de comédiens qui tout d’un coup ont la Covid, et donc, on doit arrêter la pièce pendant 10 jours, c’est assez dur, surtout quand une pièce fonctionne. Il y a un peu cette incertitude, et en même temps, les acteurs sont armés pour parce qu’ils ont l’habitude d’alterner des périodes de travail et des périodes d’attente. Il a ces sentiments mitigés, mais comme un peu tout le monde, on a hâte que cette période soit derrière nous et on espère que ce sera le cas bientôt.

Avez-vous déjà d’autres projets en cours ? Un autre roman peut-être ? (NDLR : son roman "Loin" sorti en septembre 2019 est aujourd'hui un best-seller)

Un autre roman, je ne sais pas parce que j’ai quand même trouvé que c’était une expérience assez solitaire et moi je suis plutôt un homme de troupes. Peut-être un autre film plutôt ! Ça arrivera peut-être un jour.

Vous êtes à Nantes jusqu’à quand ?

Je suis à Nantes toute la semaine pour être avec les acteurs et puis pour leur donner les dernières indications de jeu. Je profiterai également de la première et voir comment va réagir le public Nantais.

Vous êtes confiant ?

Oui, en tout cas, je trouve que les comédiens ont fait un super boulot et j’ai hâte de les présenter au public et de voir les réactions.

Que peut-on vous souhaiter pour conclure ?

Il faut juste me souhaiter que je puisse continuer à faire mon travail et que je continue à faire des spectacles, des films, des romans et tout ça, quoi !

(Entretien retranscrit par Mikaël Le Gac)

 

"Le Porteur d'Histoire" à partir du 13 janvier au Théâtre 100 Noms à Nantes. 
"Une histoire d'amour" les 6 et 7 février à Carquefou, le 26 février à Laval, le 27 février à Vitré, le 1er mars à Joué-les-Tours.