Canicule en Vendée : comment des maraîchers ont sauvé leurs récoltes

Publié : 6h32 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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À Bessay, aux Vergers de Vendée, la canicule n'a pas fait autant de dégâts qu'on pouvait le craindre. Talc sur les pommiers, serres blanchies, arrosage piloté... les maraîchers ont anticipé l'épisode. Mais les conséquences pourraient apparaître dans les prochaines semaines.

Matthieu Joguet, chef de culture maraîchage à Bessay aux Vergers de Vendée
Matthieu Joguet, chef de culture maraîchage à Bessay aux Vergers de Vendée
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

La petite voiturette électrique avance doucement entre les rangées de pommiers. À son volant, Matthieu Joguet, chef de culture maraîchage aux Vergers de Bessay en Vendée, sillonne près de 70 hectares de vergers et une dizaine d'hectares de marîchage. Autour de lui, les feuilles sont encore bien vertes malgré les températures qui ont dépassé les 40 degrés sous certains abris la semaine dernière. Quelques groseilliers portent néanmoins les stigmates de cette chaleur exceptionnelle : les feuilles du sommet ont bruni, certains fruits ont flétri. Ici, pourtant, le pire a été évité.

 

Quelques groseilliers portent néanmoins les stigmates de cette chaleur exceptionnelle | Alouette DR

 

"Comme une crème solaire pour les pommiers"

Face à la vague de chaleur, rien n'a été laissé au hasard. Sur les pommiers, une fine poudre blanche recouvre les feuilles et les jeunes fruits.

Matthieu Joguet, chef de culture maraîchage

"On a mis du talc. C'est une poudre blanche qui protège comme une crème solaire. Les jeunes pommes ont la peau sensible. C'est comme un bébé qu'on mettrait au soleil : on ne le laisse pas sans protection. Les arbres fruitiers, c'est pareil."

Même logique sous les serres. Les bâches ont été blanchies à la chaux plusieurs jours avant la canicule. Une couche blanche qui filtre une partie des rayons du soleil.

"Ça coupe les mauvais UV. La plante respire mieux. Si on ne l'avait pas fait, on aurait eu beaucoup plus de pertes."

L'arrosage, lui aussi, est entièrement automatisé. Il se déclenche selon l'ensoleillement mesuré au fil de la journée. Les tomates peuvent ainsi recevoir jusqu'à quatre arrosages quotidiens lors des journées les plus chaudes.

 

Les tomates peuvent reçoivent jusqu'à quatre arrosages quotidiens lors de canicule | Alouette DR

"Les dégâts, on les verra peut-être dans quinze jours"

Pour l'instant, le bilan reste rassurant. Les groseilles ont perdu quelques fruits exposés au soleil. Les pommes ont ralenti leur croissance. Mais le véritable verdict n'est pas encore tombé.

"Les problèmes, on va sûrement les voir d'ici quinze jours ou trois semaines, notamment sur les tomates."

Car la chaleur ne touche pas seulement les plantes. Au-delà de 35 degrés, les bourdons cessent de sortir de leur ruche pour ventiler et protéger leur colonie. Ils ne pollinisent plus les fleurs. Résultat : certaines tomates ne se formeront jamais.

"Les fleurs vont faner. Au lieu que le fruit s'accroche, il va tomber."

Une démonstration concrète de l'équilibre fragile entre les cultures et les insectes pollinisateurs. Les fraises, elles, ont mieux résisté grâce aux serres ombrées. Sans cette protection, les fleurs auraient brûlé sous l'effet du soleil.

" Dans notre métier, on s'adapte à la nature."

Pour Matthieu Joguet, maraîcher depuis vingt ans, ces épisodes obligent surtout à revoir les pratiques. Les haricots cultivés en plein champ, eux, restent beaucoup plus vulnérables. Impossible de les protéger.

"Une fleur de haricot vert, c'est un haricot vert en moins. On peut perdre jusqu'à 30 % du rendement."

 

Dans les cerisiers, de grands filets anti-insectes | Alouette DR

 

À Bessay, cette adaptation ne concerne pas uniquement la chaleur. Dans les cerisiers, de grands filets anti-insectes empêchent désormais l'entrée de la Drosophila suzukii, une mouche venue d'Asie qui pond directement dans les fruits. Ses larves rendent les cerises impropres à la consommation. Favorisée par des températures plus douces, cette espèce invasive s'est progressivement installée en France ces dernières années.

Aux Vergers de Vendée, une certitude demeure : face aux épisodes climatiques qui se répètent, protéger les cultures ne consiste plus seulement à arroser. Il faut anticiper, observer et parfois inventer de nouvelles façons de cultiver.