CBD alimentaire : une interdiction qui plonge toute une filière dans l’incertitude

Publié : 15h24 par Thierry Matonnat avec AFP

Depuis le 15 mai 2026, les produits alimentaires à base de cannabidiol (CBD) — huiles, tisanes, bonbons ou macérats — ne peuvent plus être commercialisés en France selon l’interprétation retenue par la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Une décision qui provoque une forte contestation parmi les professionnels du secteur, producteurs et commerçants dénonçant une mesure jugée incohérente, menaçant plusieurs milliers d’emplois et laissant planer des interrogations sur son application concrète.

Jouany Chatoux, producteur de CBD sur le plateau de Millevaches
Crédit : Facebook | Jouany Chatoux

Le cannabidiol, plus connu sous l’acronyme CBD, connaît depuis plusieurs années une croissance rapide sur le marché français sous forme d'huiles, d'infusions, de compléments alimentaires ou encore de confiseries. Mais une nouvelle étape réglementaire bouleverse ce marché.

Depuis le 15 mai, la Direction générale de l’alimentation a décidé d’appliquer strictement la réglementation européenne concernant les produits alimentaires contenant du CBD. Conséquence : ces produits ne bénéficieraient plus de la tolérance jusqu’ici accordée.

Cette annonce a immédiatement suscité de vives réactions au sein de la profession. Paul Maclean, représentant de l’Union des professionnels du CBD, dénonce une décision aux conséquences potentiellement lourdes : selon lui, elle pourrait fragiliser une filière agricole entière et menacer plus de 2 000 boutiques spécialisées installées dans les centres-villes.

 

Une application de la règle européenne

Au cœur du débat figure le règlement européen dit "Novel Food", entré en vigueur en 1997. Ce cadre impose une autorisation spécifique aux aliments qui n’étaient pas traditionnellement consommés dans l’Union européenne avant cette date.

Selon l’interprétation actuellement retenue par les autorités françaises, les produits alimentaires intégrant du CBD ne disposent pas encore de cette validation européenne. Pour autant, plusieurs acteurs de la filière estiment que la situation reste juridiquement floue. Jouany Chatoux, producteur de CBD, nuance l’idée d’une interdiction formelle. Selon lui, aucun décret ni texte de loi spécifique n’a encore été publié. Il évoque davantage un renforcement des contrôles administratifs qu’une interdiction clairement établie. Il souligne que la réglementation européenne n'est pas appliquée par tous les pays de l'Union Européenne et pointe un choix politique dur.

Cette absence de cadre précis alimente l’incompréhension des professionnels. D’autant qu’ils soulignent un paradoxe : certains produits consommés sous forme alimentaire, comme les tisanes ou les macérats, sont jugés sans risque sanitaire particulier, tandis que des produits fumés demeurent disponibles.

 

Une filière économique qui craint un choc majeur

Pour les producteurs et commerçants, l’enjeu dépasse largement une simple question réglementaire. La Confédération paysanne a dénoncé une "menace directe" pour la filière chanvre-CBD. Le syndicat estime que des centaines d’exploitations agricoles, souvent engagées dans des projets de diversification ou de circuits courts, pourraient être fragilisées.

Les critiques portent également sur les coûts associés à une éventuelle procédure d’autorisation européenne. Plusieurs professionnels estiment que seules les entreprises les plus importantes auraient les moyens financiers de constituer des dossiers complets, au détriment des structures plus modestes.

L’impact économique pourrait être significatif : selon les professionnels du secteur, les produits alimentaires représenteraient environ 40 % du chiffre d’affaires des magasins spécialisés dans le CBD.

 

Des inquiétudes pour les consommateurs et les patients

Au-delà des enjeux économiques, certains professionnels de santé s’interrogent sur les conséquences pour les consommateurs utilisant régulièrement ces produits. Plusieurs patients ayant recours aux huiles ou autres formes alimentaires de CBD se retrouvent sans solution facilement accessible en boutique spécialisée.

Les acteurs du secteur craignent également un déplacement des achats vers des plateformes en ligne ou des circuits moins encadrés. Une situation qui, selon eux, pénaliserait principalement les commerces français de proximité sans pour autant réduire réellement la consommation.

En attendant une communication officielle du gouvernement et du ministère de l’Agriculture, l’incertitude demeure. Entre application réglementaire, débats juridiques et inquiétudes économiques, l’avenir du CBD alimentaire en France reste suspendu à des clarifications attendues dans les prochains jours.