"On ne sait rien" : la cyberattaque plonge la rentrée scolaire dans le flou

Publié : 15h20 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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À quelques jours de la rentrée, la cyberattaque contre l’Éducation nationale perturbe encore plusieurs académies. Nantes et Toulouse restent particulièrement touchées. Messageries coupées, affectations inconnues, données personnelles potentiellement volées : dans les Pays de la Loire, les enseignants préparent une rentrée sous tension.

Philippe Bounoulot et Benoît Duranteau du syndicat UNSA à La Roche-sur-Yon e vendredi 28 août
Philippe Bounoulleau et Benoît Duranteau du syndicat UNSA à La Roche-sur-Yon ce vendredi 28 août
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

"On va partir complètement à l’aveugle." À quelques jours de retrouver les élèves, Benoît Duranteau, directeur d’une école aux Sables d’Olonne en Vendée, ne cache pas son inquiétude. Le secrétaire départemental du SE-Unsa ne peut toujours pas utiliser plusieurs outils indispensables. ONDE, qui permet notamment de gérer les élèves et les classes, est inaccessible. Même problème pour ePrimo et la messagerie professionnelle.

"Je ne sais pas s’il y a des élèves qui se sont inscrits pendant l’été, témoigne-t-il. Si ce n’est pas ouvert, ça va être le bazar lundi."

L’académie de Nantes fait partie des territoires les plus touchés. Comme Toulouse, elle a subi des perturbations plus importantes que la majorité des académies. L’intrusion informatique a conduit à couper plusieurs accès pour sécuriser les systèmes. Selon la FSU de l’académie de Nantes, (Fédération syndicale unitaire) des enseignants remplaçants ignorent encore leur affectation. Des AESH sont confrontés au même problème. Le syndicat qui prévoit de déposer un préavis de grève à partir du 3 septembre est reçu par le ministère de l’éducation ce vendredi 28 août. Même chose pour le recteur de Nantes, il recevra en fin de journée quelques enseignants au sujet des conséquences de la cyberattaque. 

 

"On ne sait rien"

C’est la phrase qui revient. "On ne sait rien. On n’a pas d’informations quand le service va être rétabli", déplore Benoît Duranteau. "On n’a pas d’informations si ça va bien fonctionner." Philippe Bounoulleau fait le même constat en Vendée. Cet enseignant d’histoire-géographie dans un collège vendéen et secrétaire départemental de l’UNSA Éducation n’a plus accès à sa messagerie professionnelle. Sa principale a dû lui transmettre son emploi du temps par SMS.

"Tous les autres outils informatiques de carrière sont totalement inaccessibles"

Pour lui, cette rentrée se fera donc en "mode dégradé". La panne complique aussi la circulation de l’information. "À partir du moment où les mails professionnels ne fonctionnent plus, ça devient difficile de communiquer", résume Philippe Bounoulleau. La situation contraste avec les annonces faites mardi 25 août par le ministre de l’Éducation nationale. Édouard Geffray assurait que la cyberattaque « n’empêche pas la rentrée » et que la plupart des services numériques étaient en cours de rétablissement. Trois jours plus tard, l’académie de Nantes reste pourtant affectée. À Toulouse, le retour à la normale prendra encore davantage de temps : les ENT ne doivent être relancés que le 7 septembre.

 

"On ne sait pas quelles données ont été prises"

Au-delà de l’organisation de la rentrée, une autre inquiétude domine : les données personnelles.

"On a peur" Benoît Duranteau

 

L’intrusion s’est produite dans la nuit du 25 juillet. Le ministère l’a rendue publique le 31 juillet. Des données concernant des agents ont été exfiltrées. Mi-août, des pirates ont également affirmé détenir des informations personnelles concernant plusieurs dizaines de milliers d’enseignants et d’élèves. L’étendue exacte du vol reste en cours d’expertise. Le ministère de l’Éducation nationale emploie environ 1,2 million de personnes. Ce chiffre correspond à l’ensemble de ses personnels et non au nombre de victimes identifiées de cette cyberattaque. À Nantes, l’incertitude inquiète particulièrement les syndicats."On ne sait pas quelles données ont été prises", explique Philippe Bounoulleau. "Ça peut aller du simple nom, prénom, adresse, numéro de téléphone. L’Éducation nationale a nos RIB aussi." Il redoute désormais "des tentatives d’hameçonnage"ou "des usurpations d’identité". Même inquiétude chez Benoît Duranteau.

"Est-ce que ce sont toutes les données des enseignants ? Adresse, coordonnées bancaires ? Ça nous inquiète beaucoup. L’État ne nous dit rien. Il ne nous donne aucune garantie de sécurité"

Le ministère assure poursuivre ses expertises pour déterminer précisément les informations compromises. Il appelle les personnels à la vigilance face au phishing et aux risques d’usurpation d’identité.

 

Une cyberattaque dans une école déjà sous tension

0,3 c'est le pourcentage d'enseignants qui disent avoir confiance en l'avenir de l'éducation nationale. Un chiffre transmis par le syndicat SE-Unsa qui a interrogé 43 000 personnes. Cette crise informatique tombe surtout au pire moment. "C’est une rentrée dégradée", résume Philippe Bounoulleau. La cyberattaque vient s’ajouter à des difficultés plus anciennes : manque de moyens, pouvoir d’achat, recrutement ou encore baisse démographique. En Vendée, Benoît Duranteau estime qu’environ 1 000 élèves avaient déjà disparu des effectifs des écoles publiques à la rentrée 2025. Il s’attend à une baisse comparable cette année. Les syndicats craignent que cette diminution entraîne de nouvelles suppressions de postes. "Une école de trois classes passe à deux classes", illustre Benoît Duranteau. À terme, selon lui, "on peut se poser la question de l’existence de certaines écoles".

Dans le second degré, Philippe Bounoulleau pointe aussi les difficultés d’apprentissage. Selon lui, certains collégiens arrivent avec des problèmes de compréhension, d’écriture ou de maîtrise des opérations de base. "C’est l’école primaire qu’il faut renforcer", défend-il. À cela s’ajoute la question des salaires. Le syndicaliste relativise notamment le chiffre d’environ 3 000 euros de salaire moyen des enseignants titulaires. Il rappelle que cette moyenne inclut primes, heures supplémentaires et personnels en fin de carrière. Selon lui, certains enseignants débutants restent autour de 2 000 à 2 500 euros mensuels.

La contestation se poursuivra après la rentrée. Le mardi 29 septembre, plusieurs syndicats de la Fonction publique, dont l’UNSA et la FSU, appellent à la grève et aux manifestations. Leur principale revendication : une hausse générale des salaires et une revalorisation du point d’indice.