Feu vert de l'Etat pour un projet de mégaferme de saumons en Gironde

Publié : 11h21 par Thierry Matonnat avec AFP

Le projet de mégaferme terrestre de saumons du Verdon-sur-Mer franchit une étape décisive. La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a annoncé l'autorisation environnementale du site porté par la société Pure Salmon, estimant que le dossier répond à plusieurs enjeux d'intérêt général tout en étant soumis à un cadre environnemental particulièrement exigeant.

Projet ferme aquacole Pure Salmon au Verdon-sur-Mer
Crédit : puresalmonfrance.com | capture d'écran

D'un montant de 280 millions d'euros, ce projet, financé par un fonds d'investissement singapourien, prévoit la construction d'une ferme aquacole en circuit fermé sur une ancienne friche industrialo-portuaire de 14 hectares, à la pointe du Médoc sur la commune du Verdon-sur-Mer. Les travaux pourraient débuter à partir de 2027.

 

Un projet présenté comme stratégique

Pour les services de l'État, cette implantation constitue un levier de reconversion économique du territoire. À terme, l'exploitation devrait générer 250 emplois directs et produire jusqu'à 10.000 tonnes de saumons par an.

L'objectif affiché est également de réduire la dépendance française aux importations. Le saumon est aujourd'hui le poisson le plus consommé par les Français, alors que 99 % des volumes consommés sont importés. À titre de comparaison, l'ensemble de l'aquaculture marine française n'a produit que 5 807 tonnes de poissons toutes espèces confondues en 2024.

Selon Pure Salmon, le site girondin deviendrait la plus importante ferme terrestre de saumons de l'Union européenne, même si certaines exploitations norvégiennes atteignent déjà une capacité de production de 12 000 tonnes annuelles.

 

Une technologie sous surveillance

L'installation reposera sur un système de recirculation de l'eau (RAS – Recirculating Aquaculture System), une technologie qui permet de réutiliser la quasi-totalité de l'eau utilisée dans les bassins d'élevage. La préfecture estime que cette solution limite les prélèvements en eau et réduit les impacts environnementaux par rapport aux élevages conventionnels.

L'autorisation est accompagnée de prescriptions strictes concernant la protection des ressources en eau, la qualité des rejets, la préservation de la biodiversité, la limitation des nuisances olfactives et des émissions lumineuses. Les autorités assurent qu'un contrôle permanent du site sera mis en place par l'exploitant.

Toutefois, l'Ifremer rappelait dans une note publiée en mars que si cette technologie est désormais bien maîtrisée, son application à une installation de cette ampleur constitue un véritable changement d'échelle, avec encore peu de références opérationnelles dans le monde.

 

Une opposition qui ne faiblit pas

Depuis plusieurs années, le projet cristallise les critiques. Plusieurs centaines de personnes avaient manifesté en janvier dernier sur le site du futur chantier. Lors de l'enquête publique, plus de 20 000 contributions ont été déposées, très majoritairement défavorables au projet.

Malgré cette mobilisation, la commission d'enquête publique a rendu un avis favorable en mars, suivie quelques mois plus tard par le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst).

Les opposants dénoncent un projet industriel qu'ils jugent disproportionné au regard de la fragilité écologique du plus grand estuaire sauvage d'Europe. 27 organisations non gouvernementales ont signé un appel dénonçant une installation "complètement démesurée", craignant notamment les impacts des rejets de boues sur les milieux aquatiques, la pêche et la conchyliculture.

Plusieurs organismes consultés durant l'enquête publique, dont la commission locale de l'eau, le BRGM et le conseil scientifique de l'estuaire, avaient également exprimé des réserves, estimant que certaines garanties apportées par le porteur du projet reposaient sur des informations insuffisamment étayées.

 

Des recours à venir

Face à l'autorisation délivrée par l'État, les associations ne comptent pas abandonner le combat. Une dizaine d'ONG annoncent la préparation d'un recours contentieux devant la Cour administrative d'appel de Bordeaux.

 
Ester Dufaure, cofondatrice de l'association Seastemik, opposée au projet :

Sur le plan politique, le dossier continue également de diviser. Une proposition de loi déposée en 2025 par une centaine de députés demande un moratoire de 10 ans sur les fermes-usines de saumons, sans avoir encore été examinée. Au sein même du gouvernement, les positions divergent : la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait exprimé son opposition personnelle au projet, tandis que le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, avait publiquement défendu sa réalisation.

Avec cette autorisation, le projet entre désormais dans une nouvelle phase, mais son avenir reste suspendu aux recours judiciaires annoncés et à une vigilance environnementale qui promet d'accompagner chaque étape de sa mise en œuvre.