Ile de Ré : sursis pour quatre gardiens de prison après la mort d'un détenu

27 janvier 2022 à 16h03 par Arnaud Laurenti

Le détenu est décédé d'une "asphyxie mécanique multifactorielle" en 2016.

Ile de Ré : sursis pour quatre gardiens de prison après la mort d'un détenu
Crédit: Unsplash

Quatre agents pénitentiaires de la maison centrale de St-Martin-de-Ré, sur l'île de Ré, ont été condamnés jeudi à de la prison avec sursis par le tribunal correctionnel de La Rochelle, pour la mort d'un détenu il y a cinq ans dans des circonstances troubles.

Trois prévenus ont été jugés coupables "d'homicide involontaire" et ont écopé de deux ans de prison avec sursis pour l'un et de 18 mois avec sursis pour les deux autres.

Un quatrième prévenu, révoqué depuis et qui répondait pour sa part de violences volontaires par personne dépositaire d'une autorité publique, a été condamné à un an de prison avec sursis.

Les quatre ont été condamnés à payer solidairement un montant cumulé de 195.000 euros à la famille du détenu, en réparation de leur préjudice d'affection.

Par ailleurs, trois autres prévenus, un comparaissant pour homicide involontaire et les deux autres pour non assistance à personne en danger, ont été relaxés, conformément aux réquisitions du ministère public.

 

Asphyxie

Le matin du 9 août 2016, Sambaly Diabaté, 33 ans, d'origine malienne, condamné en 2012 à 13 ans de réclusion criminelle pour viol aggravé, s'était opposé à son transfert vers le quartier disciplinaire de la centrale.

Le prisonnier, signalé par le personnel pénitentiaire comme agité et se disant "menacé" et "envoûté", avait mordu un gardien avant d'être bâillonné, menotté et d'avoir les pieds entravés par de l'adhésif.

Un ou plusieurs agents l'avaient maintenu face contre terre en faisant pression sur son corps. Le décès avait été constaté à 13h00.

Les différentes expertises médico-légales effectuées au cours de l'instruction ont conclu que la mort était due à "une asphyxie mécanique multifactorielle", combinant une suffocation oro-faciale provoquée par la serviette éponge qui a servi de bâillon, une altération de la mécanique respiratoire et une compression thoracique.

Lors du procès, qui s'est tenu en novembre dernier, la directrice alors de l'établissement, Sylvie Manaud-Benazeraf, avait admis des erreurs commises, des "pratiques pas autorisées par la règlementation". "On a affaire à des agents pris dans un effet tunnel", avait-elle concédé.

À propos d'un coup de pied porté à la tête du détenu, un surveillant s'était souvenu avoir entendu un collègue crier: "Arrête Jean-Paul, fais pas le con !". Un autre avait également reconnu avoir vu un collègue apposer le bâillon, une pratique interdite en 2006.

 

(avec AFP)