Mars Bleu : "Il y a un vrai intérêt à pouvoir dépister tôt", le cancer colorectal pris encore trop à la légère

Publié : 10h56 par
Adrien Michaud - Journaliste

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Il s’agit du troisième cancer le plus répandu chez l’homme et du deuxième chez la femme. Chaque année, plus de 17 000 personnes succombent au cancer colorectal en France. Démocratiser son dépistage à partir de 50 ans pour éviter des décès, c’est le but de Mars Bleu.

"Va chier", le slogan de l'édition 2026 der Mars Bleu est plus qu'explicite.
"Va chier", le slogan de l'édition 2026 der Mars Bleu est plus qu'explicite.
Crédit : Alouette DR | Adrien Michaud

Vous connaissez sûrement Octobre Rose, mais est-ce que vous connaissez Mars Bleu ? C’est le même principe qu’en octobre : mettre en avant un cancer pour démocratiser son dépistage. En octobre, il s’agit du cancer du sein, en mars le cancer colorectal.

En France, c’est le troisième cancer le plus répandu chez l’homme, le deuxième chez la femme. Tous les ans, plus de 17 000 personnes succombent au cancer colorectal. Pourtant, s’il est découvert tôt, les chances de rémissions sont de 90% pour les personnes âgées de 50 à 74 ans.

Entretien avec Aurélie Pétureau, médecin de santé publique au centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis, à Rennes.

 

C’est un cancer qui se développe chez les personnes âgées de plus de 50 ans, mais quels sont ses facteurs de risques ?

Le cancer colorectal a plusieurs facteurs de risque, notamment tout ce qui est lié à une alimentation déséquilibrée et au régime pauvre en fibres, quand on ne mange pas assez de fruits et légumes, ou alors des régimes riches en viande rouge et en charcuterie. C’est démontré que ces régimes alimentaires augmentent significativement le risque de cancer colorectal. Et puis après, les principaux facteurs de risque, qui ne sont pas que pour le cancer colorectal, ce sont le tabac et l'alcool. On va retrouver aussi la sédentarité. Faire une activité physique régulière peut diminuer le risque de cancer colorectal jusqu’à 20%.

Aurélie Pétureau, médecin de santé publique, au centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis

 

Pourquoi pour les personnes de plus de 50 ans, il est important de se faire dépister ?

C’est un cancer, qui, s'il est pris à un stade très tardif, va avoir des perspectives de guérison qui vont être beaucoup moindres. On détecte 47 000 nouveaux cas tous les ans, pour 17 000 décès. Pourtant, il y a un vrai intérêt à pouvoir dépister tôt, car on peut trouver des lésions qu'on appelle précancéreuses, qui ne sont pas du tout au stade de cancer, mais qui peuvent être retirées tout simplement par une chirurgie. Ensuite, on est plus embêté. En fait, s’il est découvert tôt, les chances de rémissions sont de 90% pour ce cancer. Donc, il y a un vrai enjeu.

 

Aurélie Pétureau, médecin de santé publique, au centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis

 

Quels sont les chiffres en Bretagne et en France, au niveau du dépistage ?

Déjà en Bretagne, on a des taux de dépistage qui sont quand même bien meilleurs que sur le reste de la France. Donc ça, c'est quand même encourageant. Je pense qu'on est à peu près à plus de 40% d'adhésion au dépistage. Alors que sur le national, on est plutôt aux alentours de 29%. On a plutôt des bons taux, mais qui sont clairement insuffisants pour permettre de protéger correctement la population. On a des objectifs européens et même nationaux qui sont à 65%, donc on n'y est pas encore. Il y a un vrai enjeu si on veut que ce dépistage ait un vrai bénéfice pour la population et pour les personnes qui sont concernées.

Aurélie Pétureau, médecin de santé publique, au centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis

 

Pourtant, c’est un dépistage qui est très simple, on est très loin de la coloscopie qui peut freiner et faire peur aux gens ?

C’est ça. Le dépistage organisé du cancer colorectal, c'est un test qui est très simple, qui n’est absolument pas douloureux. Les gens ont une certaine appréhension par la réalisation, mais en fait, c'est très simple. On recueille une partie des selles via un système qu'on accroche aux toilettes. Puis, par le biais d'une tige, on fait un prélèvement, qu'on met dans une enveloppe sécurisée et hygiénique. On ne touche à aucun moment nos selles. De toute façon, tout est expliqué dans la notice et dans le kit qu’on peut avoir gratuitement chez un pharmacien dès 50 ans. Donc, c'est vraiment un dépistage simple qui est fait en cinq minutes à la maison, et on a les résultats dans les quinze jours qui suivent.

Aurélie Pétureau, médecin de santé publique, au centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis