Au Sahel, une "muraille verte" pour contrer l'avancée du désert

12 janvier 2021 à 11h21 par Arnaud Laurenti

Dirigeants et acteurs économiques se sont engagés lundi à faire plus pour la biodiversité lors du One planet summit, organisé à Paris, sans toutefois détailler leurs promesses ni mettre beaucoup plus d'argent sur la table. Douze milliard d'euros vont être investis dans le programme de "grande muraille verte" qui lutte contre la désertification dans 11 pays au sud du Sahara.

ALOUETTE
Crédit: Pixabay

Avec ce sommet, tenue en grande partie par visio-conférence, la France a souhaité relancer la diplomatie verte, après une année blanche en terme de sommets internationaux. Il a été précédé par une rencontre consacrée à la "grande muraille verte" qui lutte contre la désertification dans onze pays au sud du Sahara.

"Commencer l'année 2021 avec ce One planet summit est très important car c'est l'année de la réconciliation de tous nos défis", a expliqué le président de la République Emmanuel Macron.

Au niveau international, aucun des objectifs fixés pour la décennie écoulée en terme de protection de la biodiversité n'a été atteint, a rappelé Emmanuel Macron.

"Il nous faut regarder en face cet échec, pas du tout pour crier au drame (...) juste pour accélérer notre action avec des choses très concrètes et un suivi réaliste de celles-ci", a-t-il rappelé.

12 milliards d'euros

Concernant le programme de "grande muraille verte", les banques et bailleurs de fonds bilatéraux ont promis 11,8 milliards d'euros sur les cinq années à venir pour financer la restauration de près de 100 millions d'hectares de terre au Sahel. Onze pays sont ainsi concernés, sur une région qui s'étend sur près de 8 000 kilomètres. Selon les estimations, l'investissement ne représente qu'un tiers des besoins réels pour mener le projet à son terme.

Lancé il y a une quinzaine d'années, le projet de "grande muraille verte" semble pourtant au point mort : en cause, l'absence d'un engagement pérenne de certains état africains mais aussi un manque de constance des investisseurs. Les 4 milliards de dollars promis en 2015 lors de l'accord de Paris sur le climat n"ont pas été versés, relève Le Monde.

Coalitions

Le One Planet Summit a aussi permis de faire un point sur "la coalition pour la haute ambition", portée par le Costa Rica, la France et le Royaume-Uni. Elle compte à présent plus de 50 Etats engagés pour protéger "au moins 30% des terres et des océans".

"Pour atteindre une protection de 30% de l'océan, des aires marines protégées (AMP) devront être établies en haute mer", ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, a réagi la coalition d'ONG High seas alliance.

Une nouvelle coalition, beaucoup plus modeste (six pays), a été lancée pour la Méditerranée, très polluée et victime de surpêche. La France espère la renforcer d'ici le congrès de l'UICN prévu en septembre à Marseille.

"Bla-bla-bla" ?

L'épidémie de Covid-19 a mis en lumière les liens entre la destruction de la nature et l'émergence de nouvelles maladies. Pour prévenir de nouvelles épidémies, une initiative nommée Prezode, qui rassemble des instituts de recherche en France (Inrae, Cirad, IRD...), en Asie, en Afrique, en Amérique latine ou encore des universités, a été mise sur pied, a expliqué à l'AFP Philippe Mauguin, président de l'Inrae.

"Le changement climatique doit être vu à présent comme une partie d'un programme global pour protéger la nature", a relevé pour sa part le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays accueillera la COP26 pour le climat en novembre.

Pour l'ONG Avaaz, ce sommet montre que "les dirigeants mondiaux commencent à se réveiller et à réaliser que la perte de biodiversité est une menace pour notre sécurité alimentaire, nous rend vulnérable aux pandémies et minera tout progrès pour stabiliser le climat". Pour autant, protéger 30% de la Terre "ne va pas assez loin".

Clément Sénéchal de Greenpeace France pointait du doigt sur Twitter des décisions récentes prises par la France, dont la "réintroduction des néonicotinoïdes". La Ligue de protection des oiseaux (LPO) demande d'"interdire la chasse d'espèces menacées"

Plus mordante encore, la jeune militante Greta Thunberg a résumé la journée en trois mots: "bla bla bla..."

(avec AFP)