Coronavirus : les chauffeurs routiers sous tension

19 mars 2020 à 11h15 par Arnaud Laurenti

Entre rayons de supermarchés pris d'assaut et chauffeurs routiers "ostracisés", la chaîne logistique est mise sous tension par l'épidémie de coronavirus mais "doit rester mobilisée", a exhorté mercredi le gouvernement.

ALOUETTE
Crédit: Archives

Au lendemain de l'entrée en vigueur des mesures de confinement de la population, le président de l'association de l'Association des industries alimentaires (Ania) Richard Girardot a prévenu: "En temps de guerre, sans logistique une armée n'est rien."

Rassurer les salariés de la chaîne logistique

"J'appelle à trouver des solutions rapidement pour sécuriser le transport des marchandises, c'est-à-dire le travail en particulier des chauffeurs, métiers déjà en forte tension", déclare-t-il dans un communiqué, confiant à l'AFP qu'"il y a des droits de retrait qui s'effectuent dans certaines sociétés de transport".

S'il n'y a "pas d'alerte spécifique sur l'absentéisme", qui oscille autour de 5% selon Alexis Degouy, délégué général de l'Union TLF (Transport et logistique de France), il y a bien "quelques dysfonctionnements" dans la chaîne logistique, observe-t-il.

Il regrette notamment des "excès de zèle sur le terrain" de la part de forces de l'ordre procédant selon lui à de nombreux contrôles et délivrant parfois des amendes pensant que seuls le transport de produits de première nécessité sont autorisés alors que "l'ensemble de la chaîne logistique est autorisée à fonctionner".

L'accès aux douches des aires de repos refusé

"Il ne faut pas gripper la machine", a-t-il observé, en appelant les pouvoirs publics à "rassurer et motiver les salariés" par des marques de soutien.

D'autant que les chauffeurs, bien souvent dépourvus d'équipements de protection, sont parfois "ostracisés dans les entreprises où ils livrent, souvent traités comme des pestiférés" alors qu'ils figurent parmi "les héros de cette crise", dénonce Laurent de Saulieu, directeur de la rédaction de la publication spécialisée Les Routiers.

"On en est sur des aires de repos où ils refusent l'accès aux douches aux chauffeurs. Ca devient très compliqué de garder un minimum d'hygiène, de se nourrir", relate à l'AFP un chauffeur routier de 32 ans basé en Haute-Marne. Sans parler de l'accès aux toilettes interdit chez les clients ou à la "machine à café déplacée pour que les chauffeurs n'y aient pas accès".

"Empêcher les gens qui transportent de la marchandise, et qui vont dans toute la France, qui peuvent éventuellement propager un virus très facilement, d'avoir un minimum d'hygiène, je ne sais pas si c'est la meilleure des solutions", peste-t-il.

Situation tendue chez les transporteurs routiers

"La situation se tend dans nos entreprises. Les conducteurs expriment de plus en plus leur colère", confirme à l'AFP Jean-Marc Rivera, délégué général de l'OTRE, l'organisation patronale des PME du transport routier.

"Même les plus motivés du début de semaine parlent de ne plus partir (en livraison, NDLR). Ce n'est même pas la peur du Covid-19 qui les effraie, c'est juste qu'ils ont l'impression qu'ils servent à faire fonctionner un système qui fait tout pour les rejeter", regrette-t-il.

Cela n'a à ce stade pas de conséquence sur l'approvisionnement des magasins, avec des volumes transportés "semblables à ceux des fêtes de fin d'année et donc gérables", selon Alexis Degouy. Le groupe de transport Stef, spécialisé dans la chaîne du froid, demande toutefois "le classement de la chaine logistique alimentaire comme opérateur d'importance vitale".

Des mesures dérogatoires étudiées

Les ministres de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier Guillaume, de la Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne et le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari ont de leur côté annoncé des mesures pour "améliorer la fluidité des réapprovisionnements des commerces par la chaîne logistique".

Il s'agit notamment "de permettre aux collaborateurs de se rendre sur le lieu de travail ou de production, de maintenir ouverts de façon dérogatoire les commerces ou services indispensables à la chaîne logistique (stations-service y compris les points alimentaires, les centres routiers, les garages pour les poids-lourds, les équipements sanitaires des aires de service, etc.)", détaillent-ils, précisant que ces mesures "seront mises en oeuvre dans les délais les plus brefs".

"L'engagement des conducteurs et des entreprises de manutention (...) pour répondre aux besoins de la population et pour la continuité de l'activité économique du pays, doit être salué", ajoutent-ils encore.

Pour Jean-Marc Rivera, "il était temps qu'il y ait une communication positive".

(avec AFP)