"C’est génial, on l'attendait depuis longtemps", un pigeonnier contraceptif installé à Rennes

Publié : 12h36 par
Adrien Michaud - Journaliste

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Pour réguler la population de pigeons en ville, la municipalité de Rennes vient d’installer, ce 15 avril, son premier pigeonnier contraceptif. Un dispositif capable de diviser par cinq le nombre de ce volatile en quelques années et de manière douce.

Selon les dernières estimations, la ville de Rennes compterait plus de 2 000 pigeons.
Selon les dernières estimations, la ville de Rennes compterait plus de 2 000 pigeons.
Crédit : Alouette DR | Adrien Michaud

Il est adoré par certains, mais détesté par d’autres. Quoiqu’il en soit, c’est un animal qui ne laisse pas indifférent. Le pigeon est devenu l’oiseau phare des villes. À Rennes, en Ille-et-Vilaine, ils seraient même plus de 2 000 selon les dernières estimations. Alors, pour limiter sa prolifération et ses possibles nuisances, surtout au niveau de la propreté, la ville a installé, ce mercredi 15 avril, son tout premier pigeonnier contraceptif dans le quartier de Villejean.

Concrètement, une grande tour en bois accueillera, à terme, 72 nids. Tous les 14 jours, une entreprise, Sogepi Servibois, viendra piquer les œufs avec une aiguille pour rendre impossible le développement d’un futur embryon.

"On ne tue pas un être vivant, puisque c'est un œuf où il n'y a pas encore d'embryon. On lui fait prendre l'air en perçant un petit trou avec l’aiguille, et donc il ne va pas donner naissance à un début de vie. Il n'y a pas de maltraitance animale, ni de frustration particulière, car le pigeon croit continuer à couver des œufs tout à fait normaux", explique en bas du pigeonnier, Dominique Durand, agent au service environnement à la ville de Rennes.

Cette grande tour en bois pourra accueillir jusqu'à 72 nids.
Cette grande tour en bois pourra accueillir jusqu'à 72 nids.
Crédit : Adrien Michaud

 

Une mesure testée et approuvée

Cette mesure porte ses fruits. Dans les villes où le dispositif existe déjà, les populations ont été drastiquement réduites. "On considère que la population devrait normalement, d'ici quelques années, être divisée par quatre ou cinq. Certaines villes sont passé de 1 500 pigeons à 350 en quelques années. Donc, si ça fonctionne bien, on multipliera certainement ce genre de dispositif sur la ville", ajoute-t-il. Le centre-ville de Rennes, et le quartier Maurepas sont les deux autres lieux visés par la municipalité.

 

Dominique Durand, agent au service santé/environnement à la ville de Rennes

Une telle méthode a un coût, 20 000€ entre la fabrication du pigeonnier et sa pose, puis "18 000€ de fonctionnement à l’année", dépeint Lucile Koch, adjointe déléguée à la biodiversité et à l’animal en ville à Rennes.

"Il y aura sans doute quelques nids encore aux alentours, mais l'idée, c'est quand même d'avoir beaucoup de pigeons qui nichent dans cet endroit-là pour que, justement, on ait cette diminution de la population. Le but, c’est vraiment de répondre à cette surpopulation qui peut être problématique à certains endroits, car les déjections de pigeons sont acides. Elles attaquent la pierre des bâtiments et des monuments historiques", précise l’adjointe.

Lucile Koch, adjointe déléguée à la biodiversité et à l’animal en ville

 

Un avis contrasté dans le quartier

En tout, la durée de vie du pigeonnier est de 30 ans, de quoi laisser voir l’efficacité de la méthode, mais un premier bilan sera déjà dressé par la municipalité dans un an. "En-tout-cas, c'est vraiment une demande des Rennais. Je suis déjà venu avec la maire sur la dalle Kennedy plusieurs fois, et il y a souvent des remarques sur les pigeons, de la part des commerçants ou des habitants du quartier", relate Lucile Koch.

Dominique Durand et Lucile Koch présentent le nouveau pigeonnier installé à Villejean.
Dominique Durand et Lucile Koch présentent le nouveau pigeonnier installé à Villejean.
Crédit : Adrien Michaud

 

Sur la dalle Kennedy, les avis sont plus nuancés. "Ce pigeonnier, c'est génial ! On l'attendait depuis longtemps. C’est beaucoup mieux que de tuer ces oiseaux avec une pince, pour limiter sa prolifération, comme c’était le cas jusqu’en 2023 à Rennes ", s’enthousiasme, Catherine, référente de l’association PAZ (Projet animaux Zoopolis), et ancienne habitante du quartier.

À contrario, pour d’autres personnes, ce pigeonnier contraceptif n’est vraiment pas la panacée. Ils pointent plus les problèmes des rats ou encore du trafic de drogue à Villejean. "C'est vrai qu'il y a des espaces très insalubres à cause des pigeons, mais l'argent qui a été dépensé pour ce pigeonnier, est-ce qu'on ne pourrait pas le dépenser sur d'autres sujets plus sensibles ici ? Comme au niveau de l’insécurité. Les pigeons, bon… Ce n'est pas la priorité des gens qui habitent dans les quartiers", raconte Rachel, pendant que son fils s’amuse à courir après… un pigeon.