En Charente-Maritime, la deuxième vie des huîtres

22 décembre 2015 à 7h57 par Rédaction Alouette

ALOUETTE

Les hu�tres ont une deuxi�me vie, du moins leur coquille: depuis l'alimentation traditionnelle des poules jusqu'aux cosm�tiques, les compl�ments alimentaires ou l'industrie, comme les fils d'imprimante en 3D, leur utilisation ne cesse de s'�tendre.

En Charente-Maritime, premier d�partement de production d'hu�tres, l'entreprise Ovive s'est sp�cialis�e depuis 1989 dans la collecte de cette mati�re premi�re: "Je dispose gratuitement des bennes chez des ostr�iculteurs de l'�le de R� et du bassin de Marennes-Ol�ron dans ce d�partement, mais aussi � Arcachon (Gironde) et en Bretagne", explique � l'AFP le cofondateur de l'entreprise, Jean-Luc Saunier. Le ramassage est ensuite hebdomadaire.

Une fois r�cup�r�es, les coquilles, riches en calcaire, sont s�ch�es pour �liminer les bact�ries, puis broy�es. Selon la taille des paillettes qui en ressortent, une utilisation sp�cifique est pr�vue.

"Les paillettes de un � six millim�tres sont destin�es � l'alimentation des poules, repr�sentant 80% des 3.000 tonnes d'hu�tres que je broie chaque ann�e", d�taille Jean-Luc Saunier. Utiliser les coquilles d'hu�tres pour nourrir les poules qui ont besoin de cet apport pour produire leurs coquilles d'oeufs est une pratique connue de longue date. "Les �cailles (autre nom donn� aux paillettes) de 0,5 � 3 millim�tres entrent dans la composition des fonds de cage pour oiseaux ou dans les sacs de graines pour basse-cour vendus dans les grandes surfaces. Chacun en contient 5%. Au d�but je n'avais pas per�u le d�bouch� �conomique des sacs de graines", reconna�t l'entrepreneur. "Aujourd'hui, cela repr�sente 35 tonnes d'hu�tres par mois."

Lorsqu'elles mesurent environ 300 microns, les micro-paillettes sont achet�es par les �closeries, qui les utilisent pour fixer une larve d'hu�tre sur chaque morceau et constituer des naissains. Enfin, lorsqu'elles sont r�duites � l'�tat de poudre, les coquilles servent pour l'amendement calcaire des sols agricoles, mais aussi pour l'industrie des cosm�tiques, de la parapharmacie et des compl�ments alimentaires, gr�ce notamment au calcium qu'elles contiennent.

- Goutte d'eau -

Les 3.000 tonnes de coquilles d'hu�tres r�cup�r�es ainsi chaque ann�e repr�sentent toutefois une goutte d'eau par rapport � la production nationale annuelle, qui avoisine les 150.000 tonnes. Mais cette collecte est appel�e � cro�tre.

A 30 km de La Rochelle, Cyclad, le syndicat mixte de gestion des d�chets du nord de la Charente-Maritime, a lanc� le 14 d�cembre et jusqu'� fin janvier un test de collecte des coquillages (hu�tres, moules, palourdes, coques, p�toncles, saint-jacques, etc.). Il a dispos� de grands sacs dans chacune de ses 22 d�chetteries. Une op�ration labellis�e COP21 et logique pour un territoire inscrit dans le programme "z�ro d�chets, z�ro gaspillage".

"Des particuliers demandaient � pouvoir d�poser les coquilles quelque part alors que rien n'existe pour eux", explique �tienne Vitr�, directeur de Cyclad. "Il faut capitaliser l�-dessus. Sinon les coquilles sont jet�es dans le tout-venant. Or la gestion du tout-venant nous co�te 154 euros par tonne. Chaque apport de coquilles est une �conomie", souligne-t-il.

D'autant que de nouveaux d�bouch�s apparaissent pour les coquilles d'hu�tres: "En Bretagne, elles sont r�duites en poudre tr�s fine et entrent dans la composition des fils d'imprimantes en 3D. A l'inverse, les coquilles enti�res servent � la filtration d'air dans les stations d'�puration." Elles remplacent en effet la tourbe utilis�e pour pi�ger le sulfure d'hydrog�ne, dont l'odeur d'oeuf pourri n'�chappe � personne.

Une autre utilisation des coquilles d'hu�tres est � l'�tude en Charente-Maritime, port�e par le Comit� r�gional conchylicole de la R�gion Poitou-Charentes. L'�t� prochain, un nouveau syst�me de captage des larves d'hu�tres en mer sera test�, en rempla�ant les coupelles en plastique par des coquilles perc�es et enfil�es les unes sur les autres. Certains professionnels restent pour l'heure sceptiques, une telle technique n�cessitant une importante manutention.

Les coquilles des autres mollusques, qui servent �galement � nourrir les poules et � amender les sols agricoles, attendent aussi de plus larges d�bouch�s. Une entreprise de toiture v�g�talis�e rochelaise, L'Atelier du v�g�tal, fait d'ores et d�j� entrer les coquilles de moules dans la composition de son substrat.

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(AFP)