Marie-Françoise Fournier : "On est capable d’ouvrir le dialogue plus facilement quand on est une femme"

8 mars 2021 à 5h30 par Thierry Matonnat

À l’occasion de la Journée Internationale du Droit des Femmes, nous avons interrogé Marie-Françoise Fournier en sa qualité de première femme maire de Guéret, ville préfecture de la Creuse.

ALOUETTE
Marie-Françoise Fournier, première femme maire de Guéret
Crédit: Alouette | Thierry Matonnat

Marie-Françoise Fournier est issue de la société civile et a été élue maire de Guéret "sans étiquette" le 28 juin 2020, à l’issue d’une campagne tendue.

Un an après, quelle est l’expérience que vous retirez de cette élection ?

Je n’ai pas une once de regret sur le fait qu’on se soit tous ensemble lancé dans cette aventure. D’abord, ça a montré qu’on avait la capacité de proposer autre chose et que les gens pouvaient y adhérer, et puis, que notre équipe a tenu aussi face à ce défi. Les élus sont extrêmement présents et extrêmement actifs, on ne les a pas perdus dans la tourmente, ça n’a pas été simple, mais ils sont toujours là et c’est très important. Ce que j’en retire aussi, c’est que c’est toujours très difficile de s’imposer quand on n’a pas d’étiquette politique et qu’on le revendique, ça laisse toujours planer des soupçons, je pense qu’on a montré le contraire et qu’on continuera à le faire. Après, mon expérience en tant que femme, c’est que je pense qu’on a un style différent et un mode de gestion un petit peu différent, je pense qu’on est moins dans le combat et l’agressivité, je pense qu’on est capable d’ouvrir le dialogue plus facilement quand on est une femme. C’est extrêmement prenant et c’est difficile, à mon avis, de mener ce mandat quand on a une activité professionnelle. Si je dois en tirer une leçon, c’est que j’ai bien fait d’attendre d’être à la retraite pour le mener parce que ce sont des journées bien remplies, y compris les week-ends. C’est très prenant, c’est passionnant, mais il faut vraiment avoir du temps, et ce serait malhonnête, je crois, de cumuler ce mandat avec une vie professionnelle ou autre parce qu’on a vraiment besoin de ce temps-là pour mettre des projets à flot.

Avez-vous ressenti des regards particuliers ou de l’animosité du fait d’être une femme à la tête d’une ville-préfecture ?

Je n’ai pas eu du tout d’expressions d’animosité, elles existent certainement, mais en tout cas, elles ne s’expriment pas. En revanche, énormément d’encouragements de gens qui vous arrêtent dans la rue en disant : « c’est bien », « on est contents », « enfin une femme ! ». Donc, ça répondait à quelque chose, mais ceux qui s’expriment, ce sont les bonnes choses. Je n’aurais pas la naïveté de croire que je fais l’unanimité mais, en tout cas, les gens sont extrêmement positifs. C’est quelque chose qui facilite la discussion dans un monde d’hommes où, dès fois, les rivalités sont importantes. Je pense que le fait d’être une femme, ça oblige tout le monde autour de la table à faire preuve d’un peu plus de mesure, et ça, je crois que c’est important.

Etant une femme, est-ce qu’il y a une sensibilité particulière dans votre traitement des dossiers ?

On a sûrement un peu plus de sérénité, on a aussi l’habitude de gérer les choses de front, de gérer un ménage, de gérer des enfants, de gérer une profession, donc, on a cette habitude-là. Je dirais que ce qui m’a surtout facilité la tâche, c’est plutôt ma vie professionnelle passée, qui m’avait déjà mise en contact avec les institutions et les élus, qui m’avait créée des réseaux, qui m’avait déjà donné une fibre particulière pour tout ce qui était médico-social, et dans cette période, ça nous sert énormément. Je dirais que c’est toute ma personnalité qui m’a aidé, mais pas seulement le fait d’être une femme, bien entendu. Il ne faut non plus qu’on résume le dialogue à cette seule dimension. C’était nouveau pour Guéret, je pense qu’on ne s’est pas loupé et qu’on travaille bien.

Y a-t-il un réseau de femmes qui est en train de se mettre en place en Creuse pour faire avancer les choses différemment ?

Je pense qu’on a toutes cette sensibilité différente et ça nous a énormément facilité les liens. Aujourd’hui, avec l’ensemble de ces femmes qui sont à la tête d’une institution ou d’une autre, ça se passe extrêmement bien. On communique facilement, on se voit facilement, on a des projets communs et ça nous rapproche d’être des femmes sur des territoires, qui auparavant, étaient réservés aux hommes. Notre façon de voir les choses, nous rapproche aussi, donc, c’est très facilitateur et c’est vraiment un délice de travailler actuellement toutes ensemble, on se comprend et on a des visions vraiment communes.

Dans votre politique municipale, est-ce que vous avez une vision féministe que vous allez faire passer dans un dossier particulier, à l’attention des femmes victimes de violences par exemple ?

On est très sensibilisés à cette thématique-là, on collabore avec le procureur et avec les institutions sociales autour de ça. On va être très vigilants à l’égalité hommes-femmes sur cette institution-là parce qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire, même si elle est loin d’être mal placée sur le traitement des femmes en son sein. On a, bien sûr, un regard sur les familles monoparentales, sur les femmes en activité, sur les femmes qui travaillent en horaires décalés dans nos services ou en dehors de nos services... Bien entendu qu’on est sensibilisés à ces dossiers-là et qu’on va les porter haut et fort.

(Entretien retranscrit par Mikaël Le Gac)