Saint-Nazaire, dernier bout de France libéré en 1945

7 mai 2015 à 6h37 par Rédaction Alouette

ALOUETTE

L'occupation ne s'est pas achev�e pour tout le monde � l'�t� 1944, ni m�me le 8 mai 1945, jour de la capitulation nazie. Pour St�phane Glotin, elle s'est arr�t�e le 11 mai 1945 lorsque les Allemands ont d�pos� les armes dans "la poche" de Saint-Nazaire.

"C'�tait notre Lib�ration � nous, neuf mois apr�s tout le monde. On ne pouvait rien y faire, c'�tait le sort de toutes les poches de l'Atlantique", raconte cet homme de 92 ans. Celle de Saint-Nazaire, la plus grande, sera la derni�re � �tre lib�r�e.

Hitler ordonne de d�fendre "jusqu'au dernier homme" ces poches consid�r�es comme strat�giques apr�s le D�barquement de Normandie: Brest, Lorient, Saint-Nazaire, Royan, La Rochelle. Dans les mois qui suivent, seule Brest est lib�r�e par les Am�ricains au terme d'une longue bataille, en septembre 1944.

"Les Am�ricains ont eu beaucoup de pertes, c'est pour �a qu'ils n'ont pas essay� de nous lib�rer, ils ont retenu la le�on", se souvient St�phane Glotin, qui vivait � l'�poque � Campbon (Loire-Atlantique).

- 'Le front oubli�' -

"On s'est senti frustr�s, laiss�s de c�t�. C'�tait un peu l'�tat de si�ge", avec d'un c�t� 32.000 Allemands, et de l'autre des r�sistants et des unit�s militaires am�ricaines, qui encerclent un vaste secteur de 1.800 km2 de part et d'autre de la Loire et dont la base sous-marine de Saint-Nazaire constitue le coeur. Une ville presque enti�rement d�truite par les bombardements et que ses habitants avaient fuie pour se r�fugier dans les villages alentour.

Alors que le reste de la France savoure la libert� retrouv�e, pr�s de 124.000 "empoch�s" doivent cohabiter avec les Allemands. "On a su qu'� Nantes (lib�r�e le 12 ao�t 1944), les gens faisaient la f�te. Ils �taient au courant pour la poche, mais ils ne se rendaient pas compte. �a a �t� le front oubli'.

Dans la poche, la cohabitation avec la Wehrmacht n'est pas de tout repos.

"Quand les obus am�ricains tombaient sur les communes, il y avait une vraie proximit�: on se retrouvait dans les m�mes abris. Mais pour le ravitaillement, c'�tait beaucoup plus strict: celui qui avait r�colt� des pommes de terre, il avait int�r�t � les cacher, sinon elles devenaient des Kartoffeln. Ils mena�aient les fermiers avec leurs armes", raconte M. Glotin dans sa maison de Campbon, qui porte toujours dans ses murs des trous perc�s par les Allemands pour servir de meurtri�res.

Engag� dans les FFI en juin 1944, le jeune homme r�siste. D'abord, de l'int�rieur: "J'ai aid� un soldat alsacien, enr�l� de force dans l'arm�e allemande, � d�serter. Avec un camarade � la mairie de Campbon, on lui a fait une fausse carte d'identit� fran�aise, avec un nom bien de chez nous et le vrai tampon de la mairie. Il a r�ussi � sortir". Les deux hommes ont gard� contact: "Je suis all� le voir en Alsace il y a une vingtaine d'ann�es, il me l'a montr�e, et j'ai reconnu mon �criture".

- Chasse aux cochons -

A l'int�rieur de la poche, les nouvelles parviennent � filtrer: "On avait quelques postes de radio, � gal�ne parce qu'il y avait pas de courant. Et puis il y avait des passeurs, qui traversaient la Loire avec des messages. Ils entouraient leurs rames avec des chiffons pour que �a fasse moins de bruit, parce que les Allemands patrouillaient sur l'estuaire".

C'est de cette mani�re qu'il correspond avec sa famille apr�s son d�part en janvier 1945, profitant d'un convoi d'�vacuation de la population civile. Il rejoint les FFI qui, derri�re la ligne de front, emp�chent les Allemands de sortir. Ces derniers "organisaient des pillages, avec une petite unit� qui allait dans les fermes pour chercher des cochons... Ils avaient faim, eux aussi".

Puis le jeune St�phane rejoint l'arm�e r�guli�re. Le 11 mai, trois jours apr�s la capitulation allemande, il p�n�tre dans la poche enfin lib�r�e, en vainqueur: "Au bord de la route, il y avait du monde partout, qui applaudissait quand on passait. Il y avait plusieurs compagnies d'Allemands � l'a�rodrome. On n'�tait qu'une dizaine, mais face � nous, ils �taient bien dociles. Cette fois, ils savaient bien qu'ils avaient perdu".

Selon lui, si les Allemands ont capitul� d�s le 8 mai, ce sont les Am�ricains qui ont d�cid� d'attendre le 11 pour leur reddition effective.

Devenus prisonniers de guerre, les soldats allemands ont ensuite servi de main-d'oeuvre pour le d�minage et le d�blayage des ruines de Saint-Nazaire. La plupart y sont rest�s jusqu'en 1948. Quelques-uns, ayant tout perdu en Allemagne, s'y sont m�me install�s et y ont fini leur vie, raconte l'historien local Daniel Sicard.

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(AFP)