"Surpopulation", "cafards" et manque de surveillants : ce que révèle le contrôle de la prison de Bordeaux-Gradignan

Publié : 13h24 par
Isaline Lesain - Journaliste

Isaline Lesain vous informe chaque jour sur alouette.fr.

Ce vendredi 5 juin, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté dénonce les conditions "gravement dégradées" du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. La surpopulation atteint un niveau record, bien supérieure à la moyenne nationale.

Centre pénitentiaire prison
Crédit : Illustration Envato - DR

La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté alerte "en urgence" ce vendredi 5 juin sur les conditions "gravement dégradées" au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. Un contrôle a été effectué en mars 2026.

 

191% de surpopulation

Les conditions de vie des détenus et de travail des surveillants se dégradent sur tous les plans. En mars, le centre pénitentiaire accueillait 1 188 détenus pour 633 places disponibles. Son taux de surpopulation est de 191%, soit largement plus élevé que la moyenne nationale fixée à 139% au 1er avril. Selon le rapport, l'espace varie de 0,9 m² à 1,4 m² par personne. Un syndicaliste indique :

"À trois personnes dans une cellule, c'est une cocotte-minute."

L'établissement ne raisonne plus "en capacité d'accueil" mais "en matelas au sol", relève dans le rapport publié ce vendredi la Contrôleure Dominique Simonnot. Le centre avait déjà fait l'objet d'une première alerte en 2022 et d'une ordonnance du tribunal administratif de Bordeaux. Depuis, la Contrôleure dévoile des "recommandations en urgence".

En réaction, un autre bâtiment composé de 275 places a été rendu accessible en 2024. Celui-ci était "aussitôt suroccupé" et n'a "nullement amélioré les conditions de vie des personnes détenues", déplore la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté.

 

Des détenus entourés de cafards

Selon les constats de la Contrôleure : "Des cafards circulent partout s'infiltrant dans les réfrigérateurs et les affaires des détenus." Certains "n'osent plus aller aux douches, où ils redoutent des incidents, des bagarres et l'absence totale d'intimité", poursuit-elle. Dans l'enceinte du premier bâtiment, les violences ont augmenté de 96% entre 2023 et 2025. Cette donnée s'explique par la surpopulation carcérale en hausse. "L'insécurité est généralisée et insuffisamment maîtrisée", résume Dominique Simonnot.

Un dysfonctionnement se remarque du côté des surveillants. 25% d'entre eux manquent à l'appel pour cause de postes vacants ou d'arrêts maladie. Résultat : les activités, les parloirs, l'accès aux soins des détenus et le service d'insertion et de probation sont directement impactés. Hubert Gratraud, délégué syndical FO-Pénitentiaire à Gradignan, témoigne des conséquences de tels sous-effectifs au sein des gardiens. Il raconte :

"Dans l'ancien bâtiment, vous avez cinq étages avec en théorie deux surveillants par étage, mais quand le matin il manque cinq ou six personnes, on doit se débrouiller avec les moyens qu'on a."

 

Vers un nouveau centre pénitentiaire

En réponse aux mauvaises conditions de vie et de travail, le nouveau centre pénitentiaire de Gradignan permettra de transférer la totalité des détenus en mars 2027. Mais il se fera "à effectifs constants" et les cellules "seront tout aussi surpeuplées", dénonce Hubert Gratraud. "Si tous les personnels étaient effectivement là, ça irait, mais ce n'est pas le cas et on voit bien qu'on n'arrive pas à recruter", précise-t-il.

 

 

 

 

Avec AFP