Amazon à Montbert : "le projet est abandonné de manière définitive"

26 octobre 2021 à 10h19 par Alexandrine Douet

Amazon n’installera pas de plateforme géante au sud de Nantes. Les élus renoncent au projet.

Les rayons de la plateforme logistique Amazon à Châlon-sur-Saône
Un rayon de la plateforme logistique Amazon de Châlon-sur-Saône
Crédit: Amazon

Le géant américain du commerce en ligne devait implanter une plateforme logistique XXL sur un terrain de 18 hectares en lieu et place d'un ancien hôpital psychiatrique d'ici fin 2022. Le groupe de Jeff Bezos annonçait la création de 1500 emplois. Le projet ne verra finalement pas le jour. Les élus de la communauté de communes de Grand Lieu jettent l’éponge face aux nombreux recours déposés par les opposants mobilisés depuis plus d’un an.
Entretien avec Johann Boblin, Président de la communauté de communes de Grand Lieu et maire de La Chevrolière.

Vous annoncez l’abandon du projet d’implantation de cette plateforme logistique d’Amazon dont on a beaucoup parlé ces derniers mois. Tout d’abord, quand a été prise cette décision ?

Cette décision a été prise ces dernières semaines en lien avec les instances communautaires. Elle fait suite au fait que le calendrier a dérapé de manière très importante, puisqu’on était sur un projet qui devait être mis en service pour Noël 2022. Aujourd’hui, on sait qu’au regard des recours qui sont engagés, le projet va prendre plusieurs années et reste, du coup, hypothétique.

Doit-on parler d’abandon définitif ou est-ce qu’il y a encore la possibilité de mettre en route ce projet en ayant plus d’éléments dans le dossier ?

Non, notre décision est ferme et définitive. C’est-à-dire que nous avons accompagné, effectivement, la possibilité d’une implantation d’Amazon à Grand Lieu. Je continue de penser que c’était un très beau projet pour le territoire, pourvoyeur d’emplois. Il était permis aussi, dans un contexte où nous avions beaucoup d’interrogations sur l’avenir économique. Pour autant, aujourd’hui, le projet rencontre de nombreuses difficultés avec des procédures qui ont été engagées. Il ne pourrait pas avoir lieu avant 2025 au minimum, ce qui veut dire qu’il serait devenu très hypothétique. Au regard des demandes qu’on peut avoir aujourd’hui d’implantations d’entreprises, nous souhaitons donner une réponse favorable à l’accueil de nouvelles entreprises. Donc, je vous confirme que le projet est abandonné de manière définitive.

Le projet d’implantation d’Amazon est abandonné, en revanche, vous lancez un appel pour l’implantation d’autres entreprises plus locales. C’est bien cela ?

Je n’ai même pas besoin, en fait, de lancer un appel parce qu’il s’avère que le territoire est très attractif. Nous avons beaucoup de demandes, beaucoup plus d’ailleurs de demandes qu’on a de possibilités d’accueillir des entreprises. Il est vrai que la possible arrivée d’Amazon sur l’intercommunalité de Grand Lieu à mis les projecteurs sur notre territoire, et donc, a surement renforcé la demande. Or, aujourd’hui, on a beaucoup de demandes d’implantations d’entreprises.

Est-ce qu’on peut avoir un ordre d’idée ?

Aujourd’hui, sur le parc d’activités de la Bayonne à Montbert, ce sont déjà 25 entreprises qui sont engagées. Nous avons 18 autres potentiels candidats, notamment sur le foncier sur lequel on imaginait l’implantation d’Amazon.

Quand ce projet d’implantation d’Amazon a été annoncé, est-ce que vous imaginiez qu’il y aurait eu autant de polémiques autour de ce dossier ?

Très clairement, oui. Je savais très bien que pour certains, c’est un projet, par son symbole et par son nom, qui aurait donné lieu à une mobilisation anticapitaliste dont on connaît le moteur d’un certain nombre de personnes ou de mouvements. Pour autant, la difficulté qui est la nôtre, ce sont les recours possibles, à la fois sur le permis d’aménager, le permis de construire, le dossier ICPE… Et donc, on sait très bien que tous ces recours, en fait, vont générer des années de procédures pendant lesquelles il ne pourra rien se passer. Or, aujourd’hui, on a de nombreuses entreprises qui frappent à la porte pour créer des emplois maintenant. Si on laissait les recours aller à leurs termes, ça peut prendre trois, quatre ou cinq ans, d’ici là, probablement qu’Amazon aura trouvé une solution dans un autre territoire, donc, on préfère en tirer les conclusions.

Est-ce que ça veut dire aussi que ces recours peuvent retarder les projets avec d’autres entreprises ?

Non, parce qu’en fait, le recours qui avait été engagé, il était engagé sur un permis d’aménager modificatif qui avait été fait pour permettre l’implantation d’Amazon. En revanche, le permis d’aménager initial permet l’accueil des différentes entreprises avec lesquelles nous sommes en contact. Donc, ça ne bloque pas du tout l’implantation de nouvelles entreprises sur le territoire.

Que retenez-vous de ce « bras de fer » avec les opposants au projet durant ces derniers mois ?

Ce que je retiens, c’est que malgré la volonté des élus, effectivement, il existe un certain nombre de procédures et de recours possibles qui peuvent enliser des projets et qui peuvent vraiment les fragiliser. Clairement, c’est le cas sur un projet comme Amazon. Trois, quatre ou cinq années de procédures, c’est presque l’assurance de ne plus avoir le projet au terme de la procédure. Et donc, c’est vraiment cela que je retiens. C’est-à-dire, à la fois, on voit bien qu’il est difficile d’aménager des parcs d’activités pour permettre de faire venir des entreprises, mais, on voit bien aussi que certaines procédures contentieuses donnent la possibilité, quelque part, à leurs détracteurs de fragiliser les projets et d’arriver à leur fin.

Est-ce qu’il y a eu un dialogue possible, justement, avec tous les opposants ?

Non, le dialogue n’a pas été possible. Dans le sens où, encore une fois, on était sur un combat symbolique qui était vraiment autour d’un symbole qu’est Amazon, qu’est le symbole pour certains du capitalisme. Et donc, je suis à peu près convaincu, mais peut-être à tort, que si le projet avait été, finalement, déposé par une autre plateforme ou par un autre acteur de la vente en ligne, cela n’aurait pas donné lieu à une mobilisation. Dès lors qu’il s’agissait d’Amazon, effectivement, il y avait une puissance symbolique qui mobilisait, à la fois les détracteurs mais aussi tous ceux qui étaient pour, et moi, je tiens aussi à saluer tous ceux qui se sont mobilisés pour affirmer leur soutien à l’implantation d’Amazon à Grand Lieu, et d’une manière générale en Loire-Atlantique ou en Pays de la Loire.

Ce projet avait été annoncé au moment de la crise sanitaire et au moment où on prônait le commerce de proximité. Est-ce qu’on peut parler de mauvais timing ?

J’ai tendance à penser qu’au moment où il a été rendu public, c’est aussi un moment où, finalement, tout le monde s’interrogeait si l’économie n’allait pas s’effondrer avec les confinements à répétition. Et donc, avec des entreprises qui allaient être mises en très grandes difficultés. Donc, la perspective d’avoir Amazon sur le territoire avec la création d’un millier d’emplois, c’était quand même une perspective intéressante et utile dans le contexte. Je continue de penser que nos concitoyens achètent, à la fois dans les commerces de proximité, dans la grande distribution mais aussi en ligne. Amazon, manifestement, ne sera pas à Montbert, peut-être que cette plateforme sera dans une autre région de France ou pas. Peut-être que les camions viendront d’Espagne, et du coup, on aura les inconvénients, finalement, du transport sans en avoir les avantages en matière de recettes fiscales et en matière d’emploi.

Que pensez-vous des arguments des opposants, notamment sur la mort des petits commerces au profit d’un gros groupe américain ?

Leurs arguments ne tiennent pas de mon point de vue. Parce que la réalité, c’est que vous avez de très nombreux concitoyens qui, à la fois font des achats dans des commerces de proximité et à la fois achètent en ligne pour certains aspects pratiques. Et donc, il n’y a pas de cause à effet. Probablement, de mon point de vue, que les commerces de proximité souffrent davantage des grandes zones commerciales qui ont pu être élaborées dans les années passées, davantage que d’Amazon ou de tout autre opérateur de ventes en ligne.

Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Je suis un éternel optimiste, et donc, ce que je vois, c’est que, effectivement, même si c’est vraiment regrettable de perdre cette très belle marque qui aurait pu, encore une fois, créer de très nombreux emplois sur Grand Lieu et ses alentours. Pour autant, aujourd’hui, ça a aussi permis à d’autres entreprises de repérer notre territoire et de se porter candidats pour y investir et s’y implanter. Et donc, de toute façon, à la fin, nous créerons les emplois que nous avions pu espérer avec Amazon.

(Entretien retranscrit par Mikaël Le Gac)