"Ce n'est pas un bilan satisfaisant" : hiver compliqué pour les producteurs de légumes bretons

Publié : 10h44 par Adrien Michaud et Mikaël Le Gac

Les aléas climatiques de cet hiver ont encore mis à rude épreuve les cultures de légumes bretonnes. À la sortie de l’hiver, la Sica de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne, premier groupement français de producteurs de légumes et d'horticulteurs, a fait un point sur la situation ce lundi 16 mars.

À cause des trop importantes précipitations, les choux de cette exploitation commencent à pourrir.
À cause des trop importantes précipitations, les choux de cette exploitation commencent à pourrir.
Crédit : Adrien Michaud

C’est une conséquence des fortes pluies du début d’année en Bretagne. Selon la chambre de l’agriculture de la région, environ 20% de la production de légumes d'hiver sera perdue faute de pouvoir être récoltée. À cause des pluies presque ininterrompues pendant 2 mois, les légumes ont été noyés et ont pourri comme dans le Finistère où il est tombé, par endroit, plus de 500 millimètres de précipitations.

Ce n’est pas tout, avec la douceur et cette humidité, cet hiver 2025/2026 n’a fait qu’accentuer la crise du chou-fleur par exemple. Face à ces problématiques, la Sica de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne, premier groupement français de producteurs de légumes et d'horticulteurs, a fait un point sur la situation ce lundi 16 mars.

Marc Keranguéven, président de la SICA de Saint-Pol-de-Léon.

 

Quel bilan dressez-vous à la sortie de l’hiver ?

Marc Keranguéven : Depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, avec toute la période hivernale que l'on connaît, ce n'est pas un bilan satisfaisant. On est sur un chiffre d'affaires qui reste stable, mais on est pourtant sur une volumétrie de production qui était en augmentation. Ça veut dire qu'on n'arrive plus à valoriser nos produits. Sur un chiffre d'affaires stable au niveau de la coopérative, à 230 millions, on est à moins 1% au niveau de l'activité légumes, qui représente 188 millions de chiffre d’affaires chez la Sica. On a un vrai problème qui fait que tous les produits d'hiver aujourd'hui sont en crise.

 

C’est-à-dire ?

On vend tous nos produits, tous les légumes se vendent, mais ils se vendent à pas cher, il n'y a plus de valeur. Le problème, ce sont que les charges augmentent considérablement à tous les niveaux, et donc le prix bas ne peut plus être le bon prix, il faut que les gens le comprennent. Maintenant, il faut trouver une façon de garantir la pérennité de nos exploitations. Cela passera évidemment par une meilleure rémunération des producteurs, c'est-à-dire des produits qui seront vendus à leur juste valeur. Il faut travailler également sur la réduction des charges et notamment sur la compétitivité. On doit agir sur les deux leviers. Après, c'est aussi à nous de savoir garder des prix attractifs pour les consommateurs, mais ces prix doivent vraiment permettre de rémunérer le producteur à sa juste valeur.

 

Les cultures de légumes ont été trinquées cet hiver.
Les cultures de légumes ont été trinquées cet hiver.

 

Le très mauvais temps puis la douceur qui a suivi n’ont pas dû aider à vivre un hiver serein dans les champs ?

Les sols ont été lessivés. Il n'y a plus grand-chose dedans pour nourrir les choux, par exemple. Tellement c’était mouillé dans beaucoup de parcelles, on a des parties qui disparaissent, car les racines ont été asphyxiées par le trop-plein d’eau. Donc, il y a des pertes dans les champs. Aussi, les champs étaient inaccessibles, car impraticables, on n’a pas pu avancer normalement et donc on est aujourd'hui avec un mois de retard dans les plantations. On se demande ce que vont devenir ces cultures qui devaient être mises en place actuellement.

Cela étant, j'espère que la belle semaine qui s'annonce va permettre de bien avancer dans ces cultures-là. Mais, on a quand même beaucoup d'interrogations sur ce qu’on va pouvoir vendre lors des marchés de la fin de printemps.

Marc Keranguéven, président de la SICA de Saint-Pol-de-Léon