"Ça sent la vase, et il y a des algues", les maraîchers bretons font le bilan après les inondations

Publié : 14h13 par
Adrien Michaud - Journaliste

Adrien Michaud vous informe en Bretagne, chaque jour de 6h à 10h, en direct sur Alouette.

Avec presque deux mois de pluies non-stop, les terres sont détrempées et gorgées d’eau dans de nombreuses exploitations agricoles bretonnes. Ce trop-plein de précipitations n’est pas bon du tout pour les cultures. De nombreux légumes se sont tout simplement noyés.

Brendan Le Vot doit obligatoirement chausser ses bottes pour déambuler dans ses plantations.
Brendan Le Vot doit obligatoirement chausser ses bottes pour déambuler dans ses plantations.
Crédit : Adrien Michaud

Dans un bruit de succion, les bottes s’enfoncent de quelques centimètres dans la boue. Cette dernière colle aux semelles, encore humide des pluies à cause des pluies de ces derniers jours. Dans la ferme de la Réauté à Thorigné-Fouillard, en Ille-et-Vilaine, on pourrait même se croire par endroit dans une rizière.

"Là, on est devant des choux de Bruxelles. On peut constater qu’ils deviennent noirs et qu'ils sont tout mous. Ils sont morts, car ils ont reçu trop d’eau", dépeint, un brin dépité, Brendan Le Vot, responsable des cultures dans cette exploitation.

Pourtant, ce lundi 23 février, le soleil brille sur les 50 hectares de pommiers, de choux, de salades ou encore de fraises, mais le mal est fait. Avec presque deux mois de pluie non-stop, les terres sont détrempées et gorgées d’eau dans de nombreuses exploitations bretonnes, comme dans cette ferme. "Selon les endroits, ça sent la vase, et il y a des algues qui se sont développées à cause de l’eau qui stagne. Aussi, les plants pourrissent asphyxiés par l'eau, et les maladies arrivent. Dans cette partie de la ferme, les choux ont été sous plus de dix centimètres d’eau, donc si on touche le pied, on va voir que c'est pourri. Maintenant, c'est irrécupérable, il n'y a plus qu'à broyer", ajoute le maraîcher, bonnet vissé sur la tête.

Brendan Le Vot, responsable des cultures
À cause des trop importantes précipitations, les choux de cette exploitation commencent à pourrir.

 

Deux fois plus de précipitations

Dans les alentours de Rennes, il est tombé plus de 225 millimètres de pluie en moins de deux mois, c’est deux fois plus qu’en temps normal entre janvier et février.

"C'est exceptionnel. On vit toujours ces moments avec angoisse, raconte Jean-Claude Ferron, le chef d’exploitation de cette ferme. Puis, c'est embêtant parce qu'on a du mal à aller chercher les cultures. On a du mal à les implanter. Les arbres ont encore les pieds dans l'eau, nos parcelles de colza souffrent aussi. Du haut de mes 63 ans, ça fait quinze ans que je suis dans cette exploitation et je constate effectivement, il y a des changements climatiques qui sont quand même assez importants."

Jean-Claude Ferron, chef d’exploitation

Les pertes de récoltes causées par ce trop-plein d’eau ne sont pas l’unique problème, il y a aussi un aspect moins mis en avant : "nos salariés, ils doivent enfiler les bottes tous les matins, mettre le ciré aussi. Pour le moral, c’est difficile", relate Jean-Claude Ferron.

Un constat partagé par son responsable des cultures :

"En plus, nous, nous ne sommes clairement pas les plus touchés. Nos voisins du Finistère, ils ont eu plus de 500 millimètres par exemple. Puis, ici, nous étions sur la fin de nombreuses cultures, donc il y a des pertes, oui, mais elles ne seront pas trop conséquentes. Cependant, avec ces sols détrempés, on ne peut pas passer le tracteur, ou planter les nouveaux semis. On risque de prendre du retard, et ça, ça devient plus embêtant."

Brendan Le Vot, responsable des cultures

En tout cas, ces deux mois de fortes précipitations vont laisser des traces en Bretagne, un des premiers territoires agricoles de France. Selon la chambre d'agriculture de la région, environ 20% de la production de légumes d'hiver sera perdue faute de pouvoir être récoltée, comme les choux de la ferme de la Réauté.

Les pommiers de la ferme de la Réauté encore encore les pieds dans l'eau.