Carburant : le plein vide les caisses du BTP

Publié : 15h57 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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À Angers, ce jeudi 16 avril à 10h30, les entreprises artisanales du bâtiment, des travaux publics et du paysage se mobilisent. En cause : la flambée du carburant qui plombe leur rentabilité, sans aide spécifique de l’État.

Une pelleteuse
Une pelleteuse
Crédit : Illustration Envato - DR

Le plein… de pertes. C’est le sentiment des artisans du BTP depuis la hausse brutale du carburant. Ce jeudi 16 avril, à 10h30, les professionnels du bâtiment et des travaux publics se rassemblent à Angers, dans le Maine-et-Loire. Ils dénoncent une hausse brutale du carburant, devenue impossible à absorber.

 

"À partir du moment où je démarre, je perds de l’argent"

Le constat est brut. Il vient de la CAPEB, l’organisation qui représente les petites entreprises du bâtiment. Sur les chantiers, les machines avalent des litres. Une pelleteuse peut consommer "jusqu’à 160 litres par jour," confie Gilles Hamon, le secrétaire général de la CAPEB. Depuis début mars, le gazole non routier a bondi de près de 50 %. Résultat : "entre 7 et 9 euros de plus par heure" pour un engin. Certains chefs d’entreprise font les comptes. Et coupent les moteurs.

"Un dirigeant a laissé trois véhicules à l’arrêt. Ça ne sert à rien de travailler pour perdre 150 euros par jour."

Gilles Hamon, secrétaire général de la CAPEB
Gilles Hamon, secrétaire général de la CAPEB
Crédit : Alouette DR

"80 % des chantiers sont déjà signés"

Le problème n’est pas l’activité. Les carnets de commandes sont là. Mais les prix sont figés. "80 % du chiffre d’affaires est réalisé sur des devis signés," assure Gilles Hamon.  Impossible d’augmenter les tarifs après coup. La hausse est donc absorbée. De plein fouet.

"Une entreprise de 25 salariés a perdu 25 000 euros en mars."

Projection sur l’année : jusqu’à 120 000 euros de pertes. À ce rythme, certaines entreprises pourraient fermer.

"Je sais que je vais travailler, juste pour moins perdre d'argent à la fin de l'année. Ce n'est pas la peine de continuer."

 

"On creuse notre tombe

Pêche, agriculture, transport : ces secteurs ont été soutenus. Pas les travaux publics.

"Faites-le pour nous, parce qu'une entreprise qui consomme 200 000 litres de carburant par an ce n'est pas anodin."

Les professionnels demandent une mesure simple : aligner la fiscalité du carburant sur celle des agriculteurs. Soit une baisse d’environ 40 centimes par litre. Autre piste évoquée : un prêt de l’État. Mais pour Gilles Hamon, la solution ne tient pas.

"Ce serait s’endetter pour financer des pertes, c’est absurde. On creuse notre tombe tout simplement."

Au-delà des chiffres, l’inquiétude est humaine. Pression, fatigue, découragement. "Certains dirigeants me disent qu’ils vont arrêter," assure Gilles Hamon.  Ce jeudi 16 avril, à Angers, ils veulent se faire entendre, avant que les moteurs ne s’éteignent pour de bon.