Le géant breton du jeu vidéo, Ubisoft, dans la tourmente

Publié : 10h16 par
Adrien Michaud - Journaliste

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Nouvelle semaine mouvementée au sein d'Ubisoft. À partir de ce mardi 10 février, une grève de trois jours s'ouvre chez le géant français des jeux vidéo. Les salariés protestent contre la quasi-disparition du télétravail et un nouveau plan d'économies.

Les salariés d'Ubisoft sont en grève pendant trois jours en France, mais aussi en Italie.
Les salariés d'Ubisoft sont en grève pendant trois jours en France, mais aussi en Italie.
Crédit : Adrien Michaud

Le leader français du jeu vidéo, Ubisoft, est en pleine crise. Fondée en 1986, dans le Morbihan à Carentoir, la société est en difficulté financière et est plombée par plusieurs lancements de jeux en demi-teinte ces dernières années. L'action du groupe s'est même effondrée de près de 95% en cinq ans sur les marchés.

Dans ce contexte plus que compliqué, des piquets de grève sont organisés dans la matinée de ce mardi 10 février, devant les studios de l'éditeur à Paris, Bordeaux, Montpellier, Annecy et Lyon. Les syndicats appellent aussi à un grand rassemblement devant le siège francilien du groupe à 14h à Saint-Mandé, en Île-de-France. D'autres studios d'Ubisoft dans le monde pourraient se joindre au mouvement, selon les syndicats, et un rassemblement est également prévu devant celui de Milan.

 

Un plan d’austérité qui ne passe pas…

L'annonce, le 21 janvier, d'une nouvelle organisation interne, au prix de l'annulation de plusieurs jeux et d'une cure d'austérité de 200 millions d'euros sur deux ans, a soufflé sur les braises de la contestation sociale, qui avait agité le groupe en 2024 autour d'une réduction du télétravail et des conditions salariales.

L'inquiétude est d'autant plus grande que le groupe a annoncé fin janvier un projet de plan de départs volontaires de 200 personnes au siège d'Ubisoft, qui compte 1 100 salariés. "C'est potentiellement le prélude à d'autres plans sociaux", s'inquiète un délégué syndical CGT Ubisoft, qui affirme que les effectifs du QG d'Ubisoft ont déjà baissé de 10% en deux ans.

"Ce qui se passe à Ubisoft International risque de se passer ailleurs dans des studios en France", redoute-t-il. De son côté, la direction assure que le nouveau modèle opérationnel du groupe permettra d'être plus compétitif.

Soumis à plusieurs plans d'économie, Ubisoft a, en effet, fermé, ces derniers temps, plusieurs de ses studios à l'étranger, notamment à San Francisco (Etats-Unis), Osaka (Japon), Leamington (Royaume-Uni), Stockholm (Suède) et Halifax (Canada). Il a également mené des restructurations au sein de studios à Abu Dhabi, ou encore en Finlande. En tout, le numéro 1 français du jeu vidéo, qui compte environ 17 000 salariés dans le monde, s'est séparé de plus de 3.000 employés ces dernières années.

 

Comme le retour sur site

Désormais, Ubisoft souhaite aussi revenir à cinq jours de travail en présentiel par semaine, assortis d'un quota annuel de télétravail. "Il y a de la colère", parmi les quelque 3 800 salariés du groupe en France, assure à l'AFP Pierre-Etienne Marx, membre du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV). "Les gens à la tête de l'entreprise ont fait des choix industriels désastreux. On n'a plus confiance en eux", déplore-t-il.

"Nous sommes conscients que ces évolutions, notamment en matière d'organisation du travail, suscitent des réactions fortes", a déclaré Ubisoft à l'AFP. Le groupe assure multiplier "des temps d'échange et des réunions d'information", pour répondre aux inquiétudes et conserver "un dialogue ouvert et constructif" avec les salariés. Mais pour se relancer, Ubisoft a dû faire une croix sur le développement de six jeux, dont le très attendu remake de "Prince of Persia : Les sables du temps", et repoussé la sortie de sept autres.

S'il s'attend à un troisième trimestre légèrement meilleur que prévu, l'éditeur prévoit néanmoins une perte opérationnelle d'un milliard d'euros sur son exercice fiscal annuel, qui se clôt fin mars.