Île de Ré : 33 tortues reprennent la mer après des mois de soins

Publié : 16h02 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

Laura Vergne vous donne rendez-vous sur Alouette et alouette.fr pour des reportages au plus près de vous !

Échouées sur les côtes françaises après avoir été piégées par le froid ou blessées, 33 tortues caouannes retrouvent l'océan ce vendredi 3 juillet à Saint-Clément-des-Baleines (Charente-Maritime). Dix d'entre elles livreront aussi de précieuses données aux scientifiques.

À l'île de Ré, 33 tortues marines soignées à l'Aquarium de La Rochelle retrouvent l'océan
À l'île de Ré, 33 tortues marines soignées à l'Aquarium de La Rochelle retrouvent l'océan
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Elles étaient condamnées il y a encore quelques mois. Ce vendredi 3 juillet, elles retrouvent l'océan. Une à une, les caisses sont déposées sur le sable de la plage de la Conche des Baleines, sur l'île de Ré. À l'intérieur, 33 jeunes tortues caouannes (Caretta caretta), une espèce classée "vulnérable" sur la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).  Certaines tiennent à peine dans les mains, d'autres portent déjà une balise sur leur carapace. Le protocole est précis. Les plus petits spécimens, plus sensibles à la chaleur, sont relâchés en premier. Les plus grands patienteront quelques minutes de plus. Sous les yeux de centaines d'écoliers et de nombreux curieux, toutes vont reprendre la direction de l'Atlantique. Mais quelques mois plus tôt, leur histoire semblait terminée.

"Elles arrivent ici piégées par le froid"

Ces tortues ne vivent normalement pas près des plages françaises. Nées au Cap-Vert ou en Floride, elles passent leurs premières années au large de l'Atlantique. Les scientifiques parlent des "années perdues", une période où elles restent presque invisibles. Certaines sont cependant déviées par les tempêtes et les courants jusque dans le golfe de Gascogne. L'eau y est trop froide. Elles tombent en hypothermie, s'affaiblissent puis s'échouent sur les plages.

D'autres arrivent blessées ou malades. Certaines souffrent d'infections pulmonaires. D'autres ont avalé du plastique, pris pour des méduses, ou accumulé des métaux lourds dans leur organisme. Pendant quatre à six mois, elles sont soignées au Centre d'études et de soins des tortues marines de l'Aquarium de La Rochelle, le seul habilité à les prendre en charge sur toute la façade Manche-Atlantique.

"C'est la concrétisation de plusieurs mois de travail.  La possibilité également de participer, à notre petite échelle, à la conservation d'espèces en danger d'extinction", résume Florence Dell'Amico, responsable du centre de soins des tortues marines.

 

Des balises pour percer le mystère des "années perdues"

Dix tortues repartent avec une balise ARGOS fixée sur leur carapace.

"Des indications sur leurs déplacements"
"Des indications sur leurs déplacements"
Crédit : Alouette DR

À chaque respiration en surface, leur position est transmise par satellite. Les chercheurs sauront où elles voyagent, quels courants elles empruntent, combien de temps elles restent dans le golfe de Gascogne ou encore à quelles profondeurs elles plongent. Ces informations serviront à mieux comprendre leurs routes migratoires, à localiser les zones où elles sont les plus vulnérables et, demain, à réduire les captures accidentelles par les activités humaines. Elles alimenteront aussi les modèles scientifiques qui permettent de protéger l'espèce.

Pendant leur convalescence, les soigneurs analysent aussi les déchets rejetés ou ingérés par les tortues. Ces informations sont ensuite transmises au ministère et aux instances européennes afin d'orienter les politiques de réduction des déchets marins.

 

"Les enfants parleront de ces tortues toute leur vie"

Cette remise à l'eau est aussi une leçon de nature. Deux cents élèves assistent à l'événement. Ils découvrent des animaux qu'ils n'auraient jamais imaginé voir sur une plage charentaise. Pour Roselyne Coutant, fondatrice de l'Aquarium de La Rochelle, la sensibilisation est aussi importante que les soins.

"Pour les sauver, nous devons communiquer au plus grand nombre, en recevant les enfants qui vont en parler et qui vont propager dans les générations futures les protections des océans."

Lorsque la dernière tortue disparaît dans les vagues, les soigneurs n'ont plus qu'à attendre. Peut-être quelques semaines. Peut-être plusieurs années. Le prochain signal satellite dira simplement qu'elles ont retrouvé ce pour quoi elles étaient faites : le large.