Jusqu'à 1m50 d'eau dans les maisons : la détresse des habitants de Saintes et Chaniers, face à une crue historique

Publié : 11h14 par
Romane Hocquet - Journaliste

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Le pic de la crue n’est pas attendu avant le week-end d’après le maire de Saintes. Cette crue pourrait être la troisième jamais relevée dans la ville. Reportage aux côtés des sinistrés, qui redoutent le pire.

inondations Chaniers
À Chaniers, l'eau est entrée dans une soixantaine de maisons, au bord de la Charente.
Crédit : Alouette DR

Françoise est dans la rue, avec ses bottes, téléphone portable en main : sur l’écran, des images de son logement, sous 40 cm d’eau. "En une nuit, ça a pris 10 cm, pareil aujourd’hui". La retraitée s’est installée à Saintes en mai dernier. "Le propriétaire m’avait dit que la maison n’avait jamais été inondée, visiblement il m’a menti."

Comme beaucoup d’habitants, Françoise a surélevé ses meubles grâce à des parpaings, distribués par la ville.  Tout n’a pas pu être sauvé : "J’ai acheté un poêle il y a 3 mois, tout neuf, et il est dans l’eau", raconte-t-elle, dépitée.

 

Des passerelles immergées, l'arc de Germanicus dans l'eau

Tous les Saintais sont ébahis par le niveau de l'eau dans les rues. L’arc de Germanicus – emblème de la ville – a désormais les pieds dans l’eau, comme la grande roue, installée à deux pas de la Charente, d’une taille impressionnante.

Des planches en bois avaient été installées dans les rues pour permettre aux piétons de circuler. Elles sont désormais immergées. Devant la porte de sa maison, Alexandra a installé des sacs de sable pour freiner l'arrivée de l'eau. "Elle va rentrer, c'est certain", se résigne cette habitante qui redoute de devoir abandonner son logement.

 

La Charente submerge les quais de Saintes, près de l'arc de Germanicus. |  Alouette DR

 

2 000 habitations inondées

À Saintes, près de 2 000 habitations sont inondées, 200 sans électricité d'après le dernier comptage de ce jeudi 19 février au matin. Et la situation pourrait s’aggraver dans les prochaines heures puisque le pic de la crue n’est pas prévu avant samedi ou dimanche, d’après le maire de la ville, Bruno Drapron.

Des maraudes sont organisées par la Croix-Rouge pour aller à la rencontre des habitants vulnérables, qui n’ont pas l’habitude de demander de l’aide. Des CRS patrouillent également aux côtés de la police municipale pour surveiller les logements vides et prévenir les cambriolages.

 

Alexandre a emmenagé à Saintes, en septembre dernier. "Je n'imaginais pas à ce point." | Alouette DR

 

Un centre d'hébergement d'urgence en préparation

Un centre d’hébergement d’urgence pourrait être installé au gymnase du Grand Coudret, près du lycée Palissy. Une dizaine de bénévoles de la Croix-Rouge se tient prêt à accueillir les sinistrés qui n’ont pas pu se rendre chez des proches ou à l’hôtel.

D’autres refusent de quitter leur logement. C’est le cas à Chaniers, commune de 3 500 habitants à une dizaine de kilomètres de Saintes. Là-bas, la Charente - sortie de son lit - est littéralement au bout de la rue. Une soixantaine de maisons -sur 2 000 au total- étaient inondées mercredi 18 février. Certaines ont jusqu’à 1m50 d’eau dans leur salon. Une montée des eaux qui complique l’intervention des secours, ou bien des infirmières à domicile pour les personnes qui ont besoin de soins quotidiens.

 

Près de 2 000 habitations sont inondées à Saintes, ce jeudi 19 février | Alouette DR

 

L'impuissance des élus

Le maire, Éric Pannaud, se déplace en barque pour aider les habitants. Il a réussi à convaincre une trentaine d’habitants à évacuer. 

"C’est un gros stress de ne pas pouvoir dire quand va s’arrêter la crue. Je suis volontaire pour aider les gens, mais pas avec toutes les cartes en main", souffle le maire de Chaniers en waders (nom de la tenue imperméable à bretelles), les traits tirés.

 

Saintes pourrait vivre la troisième crue jamais enregistrée dans la ville | Alouette DR

 

La tempête Pedro souffle ce jeudi 19 février sur la Charente-Maritime. Un coup de vent, accompagnés de pluies. Des précipitations qui entraînent un phénomène de "rebond", c’est-à-dire une remontée des niveaux d’eau de la Charente.

Un deuxième pic de crue est attendu dans les prochaines heures à Angoulême, en amont de Saintes. "On est toujours dans l’attente de la pluie, c’est au jour le jour, on est constamment dans l’urgence depuis une semaine, c’est lourd, confie le maire de Chaniers. J’ai du mal à aider les gens à traverser ce cap."

 

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