Vendée : "encore deux semaines sans pluie," pour les maraîchers malgré le retour du soleil

Publié : 16h34 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Aux Sables-d’Olonne, au Jardin de la Chaume, trois maraîchers relancent la saison après des pluies records. Le soleil est revenu sur la côte vendéenne, mais les sols restent saturés d’eau. Ils doivent patienter encore quinze jours pour ne pas détériorer leurs terres et compromettre les cultures à venir. Reportage.

Lucie Picard, Boris Alain et Maximilien Bertrand, maraîchers au Jardin de la Chaume.
Lucie Picard, Boris Alain et Maximilien Bertrand, maraîchers au Jardin de la Chaume.
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Aux Sables-d’Olonne, à quelques mètres de l’océan, les Jardins de la Chaume retrouve enfin la lumière. Après plusieurs jours de pluies continues, le soleil s’impose au-dessus les cultures ce jeudi 26 février. La mer est toute proche. On entend les vagues derrière la dune. Lucie Picard replante des épinards. Bottes aux pieds, elle avance prudemment sur des buttes préparées avant les intempéries. Son berger australien aux yeux vairons la suit partout.

"Ça fait deux semaines qu'ils sont en attente dans la pépinière. Si j'attends plus longtemps, ça ne sert à rien de les planter. Je peux les jeter".

Plus loin, Maximilien Bertrand monte une serre. Boris Allain observe l’état des parcelles. Trois maraîchers, trois chiens, et une exploitation exclusivement dédiée aux légumes, vendus en grande majorité sur place. Les pluies ont ralenti le calendrier.

"On a pris un peu de retard, forcément, nous sur la saison, parce que les sols étaient complètement gorgés d'eau".

Certaines graines semées n’ont pas résisté.

"Les conditions, en tout cas, ne sont pas réunies pour que le plant derrière puisse produire correctement".

Le soleil est revenu. Mais sous la surface, la terre reste saturée.

 

"Il nous faut à peu près deux semaines pour récupérer les terrains"

Sur le terrain, le constat est technique. Les parcelles les plus basses restent impraticables. Les tracteurs ne peuvent pas circuler partout sans risquer de tasser le sol. "Même si la pluie s'est arrêtée, il nous faut à peu près deux semaines pour récupérer les terrains qui sont encore gorgés de flotte", explique Boris Allain. Pour la maraîcher le risque est clair :

"Si on rentre trop tôt, on va abîmer le terrain plus qu'autre chose".

La stratégie consiste à avancer progressivement, sur les zones les moins humides, en réorganisant la planification prévue pour le début de saison. Ici, les plantations s’enchaînent toute l’année, avec un rythme de semis et de mises en terre tous les quinze jours.

"Là, il faut mettre un coup de collier, oui".

Le retard ne se mesure pas seulement en jours perdus, mais en décalage sur toute la chaîne de production.

 

La nouvelle serre en construction au Jardin de la Chaume, aux Sables-d’Olonne - Alouette DR 

"On a vraiment la chance d'avoir un micro-climat"

Au Jardin de la Chaume, aux Sables-d’Olonne, la mer est un atout. Elle tempère les excès. Elle adoucit les hivers. Elle limite les fortes chaleurs.

"On a vraiment la chance d'avoir un micro-climat qui est assez impressionnant"

Grâce aux marées, les températures sont plus clémentes qu’à l’intérieur des terres. Le sol sableux se réchauffe plus vite. Les racines s’installent plus rapidement. Mais cette année, l’eau a tout freiné.

"Dans l'ensemble, il est moins avantageux parce qu'il n'a pas eu le temps de réchauffer tranquillement. Là, il a été noyé, il n'y a pas eu d'oxygène dans le sol"

Conséquence directe : les vers de terre travaillent moins. La vie du sol ralentit. Sous serre, les cultures n’ont pas été noyées, mais le manque de lumière a pesé.

"On a manqué de luminosité, et toutes les cultures ont moins poussé"

Le mesclun stagnait. Avec le retour du soleil, il repart.

 

Le climat, "c'est de plus en plus extrême"

Au-delà de cet épisode pluvieux, les maraîchers observent une tendance plus profonde.

"Tous les ans, on remarque que les saisons sont de moins en moins séquencées."

Les hivers gèlent moins. Les périodes sont moins marquées.

"Soit l'été des pics de sécheresse, soit beaucoup de pluie sur l'automne ou le printemps."

Le constat est net : "c'est vrai que c'est de plus en plus extrême," avoue Lucie. Autre évolution observée par Boris sur la côte vendéenne : le vent.

"On a de plus en plus souvent des vents d'Est, par exemple"

Un changement notable dans une zone traditionnellement dominée par les vents d’Ouest. Direction du vent, humidité, température ressentie : tout influe sur les cultures. Pour sécuriser la production, Maximilien monte une serre. Couvrir pour protéger de la pluie comme du soleil. Mais ici, la règle reste la même : 

"Le maraîchage, le maître mot, c'est l'adaptation."