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60 000 Rebonds : les entrepreneurs solidaires se préparent à l'après

25 juillet 2020 à 14h10 Par Arnaud Laurenti
Crédit photo : Pixabay

L'association 60 000 Rebonds vient en aide aux entrepreneurs qui viennent de déposer le bilan et qui souhaitent remonter une activité. Avec la période post-covid, l'association s'attend à une hausse des demandes d'accompagnement.

Rebondir après avoir tout perdu : c'est ce que propose l'association 60 000 Rebonds, composée de bénévoles, aux entrepreneurs qui viennent de déposer le bilan. Sous certaines conditions, ces derniers peuvent bénéficier d'un accompagnement et du réseau de l'association pour relancer une activité. Une aide précieuse, surtout en cette période post-covid très compliquée pour certaines entreprises qui craignent de mettre la clé sous la porte. Entretien avec Joseph Moreau, président de l'antenne vendéenne de 60 000 Rebonds.

Bienveillance et professionnalisme

Qu'est-ce que 60 000 Rebonds et ses missions ?

60 000 Rebonds, en Vendée, c'est une vingtaine de bénévoles qui sont des coachs professionnels et des parrains. Les coachs ont une mission auprès des entrepreneurs en rebond qui consistent à essayer de les remettre psychologiquement sur pied. Les parrains ont eux deux missions : aider l'entrepreneur à trouver un nouveau chemin, et au besoin, user de leurs réseaux pour trouver des "jobs relais".

L'association est basée sur des valeurs : le bénévolat, la bienveillance, et le professionnalisme. Nous n'avons qu'un but : aider les entrepreneurs à rebondir. Quand ils arrivent chez nous, ce sont des gens qui ont passé des moments très difficiles, parce qu'ils ont déposé leur bilan et que se présenter devant un tribunal ne laisse personne indifférent, ça les marque à vie. Ils n'ont plus de banque et parfois ils ne sont plus reconnus par leurs paires, ils n'ont plus de réseau. Parfois leur famille est aussi atteinte.

Le rôle de l'association, c'est de remettre les entrepreneurs sur pied. Ces gens ont eu un problème, mais ce n'est pas pour ça qu'ils ont perdu leur valeur professionnelle. On est dans un pays où l'échec est vu comme un coup de sabre, comme un arrêt, alors que dans un pays anglo-saxon, l'échec fait partie de la vie professionnelle et peut apporter des qualités supplémentaires.

Combien d'entrepreneurs ont déjà réussi à rebondir ?

Sur les 18 que nous avons eus, 8 ont rebondi, quelques autres sont en bonne voie. Rebondir, ça ne signifie pas forcément dire qu'on passe du jour au lendemain d'un entrepreneur en rebond, à un entrepreneur en situation stable. Souvent, ces derniers vont passer par une période de salariat, provisoire, puis mûrir leur projet et enfin rebondir.

J'accompagnais il y a quelques jours une femme qui était dans la restauration, qui a déposé son bilan, et qui vient de remonter une crêperie. On a fait jouer nos réseaux afin qu'elle dispose à nouveau d'une banque, d'un compte et puisse ouvrir un crédit. Sa crêperie devait ouvrir la veille du confinement... eh bien, malgré le contexte, la banque a soutenu son projet et accepté le financement ! Aujourd'hui, elle fait entre 40 et 80 couverts, et c'est reparti.

Comment peut-on bénéficier de l'aide de l'association ?

Pour entrer dans l'association, il faut que l'entrepreneur soit agréé. C'est-à-dire que nous devons porter un jugement sur sa situation pour voir si l'association peut l'aider. Un certain nombre d'entrepreneurs arrivent dans un état où ce n'est plus de notre compétence. Dans ces cas-là, on les oriente vers d'autres structures qui sont plus aptes à les aider. On ne les laisse jamais sur le bord du chemin sans leur donner une solution.

Quel rôle jouent les "parrains" de l'association ?

Les parrains sont souvent des entrepreneurs mais aussi des cadres dirigeants qui ont l'habitude du management. Guider quelqu'un, c'est surtout l'écouter les trois quarts du temps. Un chef d'entreprise qui a passé sa vie professionnelle avec 40-50-100 salariés, souvent, a plus tendance à parler qu'à écouter. Donc il y a aussi une formation des parrains, qui sont là pour expliquer à l'entrepreneur rebond que leur rôle ce n'est pas d'imposer un projet mais de l'aider à en trouver un et l'accompagner.

Beaucoup d'entreprises ont pâti de la période de confinement. Êtes-vous davantage sollicités ?

Aujourd'hui, non, nous n'avons pas constaté davantage de dépôts de bilan. Mais comme vous le savez, les tribunaux de commerce sont restés fermés un moment. On pense que les premiers arriveront en septembre et que les secteurs les plus touchés seront la restauration, l'événementiel, les commerçants... On s'attend à une première vague plutôt dans ces métiers-là.

On attend aussi une deuxième vague, plutôt vers mai-juin l'année prochaine, quand les PGE (Prêts Garantis par l'État) arriveront à échéance. Il faudra soit les rembourser, soit faire un nouveau prêt. Et je ne suis pas sûr que toutes les entreprises puissent obtenir des prêts qui ne seront plus garantis par la BPI. Les banques seront sans doute plus frileuses.

On aura donc besoin de plus bénévoles à partir de septembre, et surtout de marraines ! Car nous avons plus d'un tiers des entrepreneurs en rebond qui sont des femmes, et certaines préfèrent avoir à faire une autre femme. Nous recherchons aussi des coachs professionnels, car ils ne sont pas toujours disponibles. À l'heure actuelle, nous avons suffisamment de parrains et de coachs en réserve. Mais à l'automne, nous recherchons une dizaine de coachs et de marraines.

En Vendée, il existe déjà une certaine solidarité entre les entrepreneurs...

Oui, en Vendée, le tissu économique est connu pour la solidité de ses réseaux et la solidarité de ses entrepreneurs, et nous encourageons ces initiatives. Notre objectif n'est pas d'avoir un maximum d'entrepreneurs dans notre association mais d'aider ceux qui n'ont pas trouvé de solution.

Lorsque je rencontre des entrepreneurs, dans les réseaux, les associations de chef d'entreprises, je leur dis : "Vous avez des gens autour de vous. Les premiers qui peuvent les aider, découvrir la faille qui va grandir, c'est vous. N'hésitez pas à aller voir ces gens, écoutez-les, et éventuellement contactez nous".

L'écoute, c'est quelque chose de puissant. Souvent, il suffit d'encourager les gens pour qu'ils retrouvent une nouvelle voie, et une nouvelle confiance en eux. Lorsqu'un entrepreneur se retrouve avec une coupure de ses crédits, que le banquier lui ferme la porte, sans rien, avec ses salariés qui s'interrogent sur l'avenir, c'est très dur. Et là, on trouve tous les comportements : du désespoir, du déni, et des gens qui prendront de gros risques. C'est vrai que les réseaux vendéens sont une force inestimable, sur laquelle la Vendée se repose pour rebondir mais aussi développer son économie.

Les aides de l'État, comme la prise en charge d'une partie du chômage partiel ou encore les PGE, ont-elles suffi ?

On passe une phase compliquée. Et effectivement, on vient de traverser une période difficile : certaines entreprises n'ont pas eu de chiffre d'affaires, et malgré le chômage partiel, il est resté une partie à la charge de l'entreprise. Il n'y a donc pas eu d'apport en valeur ajoutée pour l'entreprise, et un coût avec le maintien du salaire.

Évidemment, il n'y avait pas d'autres solutions, et selon moi, l'État a pris la bonne décision. Le chômage partiel a aidé beaucoup d'entreprises et préservé de nombreux emplois. Il y aussi eu les PGE, une excellente initiative, mais ce sont aussi des prêts supplémentaires pour les entreprises. Et à moment, il faudra bien le rembourser...

Selon vous, l'État a-t-il un rôle à jouer dans l'accompagnement des entrepreneurs qui viennent de déposer le bilan ?

Aujourd'hui, de nombreux réseaux existent pour répondre aux questions des entrepreneurs en difficulté. Maintenant, il est vrai que quand un entrepreneur a déposé son bilan, il n'y a plus grand monde. Et les banques n'ouvrent plus de compte à ces personnes : il faut remuer ciel et terre pour pouvoir ouvrir un compte à un entrepreneur.

Le rôle de l'Etat c'est surtout de donner un peu plus de vision à moyen terme de ce qui peut se faire de bien dans nos régions. Retrouver une certaine indépendance en matière de Santé, et d'Alimentation en Europe, c'est une priorité.

En Vendée par exemple, on est capable d'actionner un certains nombres de leviers pour répondre à ces besoins : on l'a vu pendant le confinement et le déconfinement, avec beaucoup plus de circuits courts. Il faut évidemment faire attention, les anciennes habitudes reviennent vites. Il peut aussi y avoir un coût, évidemment, par rapport au marché international.

C'est sans doute à l'échelon européen qu'il y a des choses à faire pour préserver le business. Soyons autonomes dans nos régions sur un certain nombre de sujets majeurs, de manière à rester cohérents et pouvoir combler des besoins. Et donnons les moyens de rebondir à ceux qui connaissent l'échec.