Bridgestone : l'entreprise lâche son site de Béthune

12 novembre 2020 à 14h14 par Arnaud Laurenti

Espoirs douchés pour le maintien de l'usine de Bridgestone à Béthune : à l'issue d'une réunion jeudi, la ministre de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé que le géant japonais du pneumatique allait quitter le site, de 863 emplois, rejetant un plan de continuation proposé par Bercy.

ALOUETTE
Crédit: Capture écran | Twitter | Agnès Pannier-Runacher

"Bridgestone a fermé la porte, Bridgestone quitte le site de Béthune", "le scénario qui visait à maintenir une activité de production de pneus pilotée par Bridgestone a été refermé", a déclaré la ministre de l'Industrie à l'issue d'une réunion avec direction, élus et syndicats.

"Mais nous serons là au côté des salariés pour trouver les meilleures solutions", a assuré la ministre, "nous allons nous battre pour que ce site reste industriel".

Plan rejeté par Bridgestone

Pour tenter de sauver l'unité, dont le géant japonais du pneumatiques avait brutalement annoncé mi-septembre la fermeture courant 2021, le gouvernement avait proposé un plan prévoyant une continuation de l'activité avec le maintien, selon l'intersyndicale, de "525 à 555 emplois" sur les 863 du site.

La ministre de l'Industrie s'était déjà rendue à Béthune le 6 novembre, et indiqué aux salariés que l'État était prêt à prendre sa part au financement de l'investissement d'une centaine de millions d'euros nécessaire au projet.

Il visait à équiper l'usine afin d'y produire à l'horizon 2025 1,3 millions de pneus par an, de qualité supérieure à ceux de petit calibre actuellement manufacturés à Béthune.

Mais "Bridgestone ne souhaite pas investir à Béthune parce qu'ils considèrent que le marché est en surcapacité, nous ne partageons pas totalement cette appréciation mais nous prenons acte", a concédé la ministre.

D'autres projets à l'étude

"Nous allons travailler sur des scénarios de reprise. Béthune a des talents, des savoirs-faire", "l'espoir c'est pas que le drapeau de Bridgestone soit sur l'usine, c'est qu'à l'intérieur de l'usine, il y ait des gens qui continuent à travailler", a-t-elle relevé.

Pour "implanter des activités d'avenir", elle a évoqué parmi les pistes un "écosystème en train de se mettre en place" dans la région avec un "site de batteries électriques qui va ouvrir et qui va recruter 2 400 personnes".

Le président (ex-LR) du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a également refusé de s'avouer vaincu, en invoquant une possible reprise.

"Il y a un projet sur des pneus. Bridgestone nous dit on est même prêt à ce qu'un concurrent vienne s'installer à notre place. Dont acte", a-t-il affirmé.

L'Etat et les collectivités restent prêts à mettre leur part "pour des projets de repreneurs sérieux qui ne soient pas Bridgestone", avec le même ratio d'un euro d'argent public pour 1 euro d'argent privé, a-t-il précisé.

"Le bras-de-fer continue" par ailleurs avec Bridgestone, "pour qu'ils mettent le maximum sur le plan social", a-t-il insisté. "Il faut que Brigestone arrête de jouer la montre, arrête de jouer avec les nerfs des salariés".

Un communiqué de la direction était attendu dans le courant de la journée.

Quelles mesures sociales pour les salariés ?

"L'heure est pour nous au combat sur les mesures sociales, on va essayer d'aller chercher le maximum pour chacun des salariés", a de son côté réagi l'avocat de l'intersyndicale, Me Stéphane Ducrocq, s'affirmant "déçu et en colère" de l'attitude de la direction.

Le projet "tenait la route, et aujourd'hui Bridgestone l'a en 5 minutes balayé", a-t-il déploré.

"Dès le lendemain de l'annonce de la fermeture, Bridgestone s'est assis à la table des négociations, a signé un accord de méthode, et dans cet accord, il s'engageait à rechercher des solutions alternatives, et nous on y a cru, raison pour laquelle le site est resté admirablement calme pendant deux mois", a-t-il rappelé.

"La fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune, c'est l'échec d'un État sans vision stratégique, et c'est un drame pour toute notre région HautsDeFrance. Sans volonté politique d'inverser la tendance, la désindustrialisation continuera", a pour sa part tweeté la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen.

(avec AFP)