Cinéma : un premier mois difficile, un avenir obscur

21 juillet 2020 à 15h11 par Arnaud Laurenti

Un mois après leur réouverture, les cinémas sont loin d'afficher la fréquentation espérée : sorties de films annulées ou reportées, mesures sanitaires contraignantes, météo estivale favorisant les activités en extérieur... Si l'année s'annonce déjà naufragée, l'avenir est tout aussi incertain.

ALOUETTE
Crédit: Pixabay

La période est difficile pour de nombreux secteurs : l'épidémie de coronavirus, qui continue à sévir, impacte de nombreux secteurs. En France, les cinémas ont pu rouvrir leurs portes le 22 juin dernier. Après un mois d'exploitation, les compteurs de fréquentation sont au plus bas, et la situation ne semble pas vraiment prête à s'améliorer. Entretien avec Pamela Nicoli, directrice des cinémas CGR de La Rochelle.

Quel est le premier bilan de ce premier mois d'exploitation ?

C'est plutôt mitigé. On a fait une première semaine qui n'était finalement pas si mal, avec des clients qui sont revenus, des habitués qui sont retournés au cinéma un peu comme une sortie symbolique. Mais maintenant, ça s'est beaucoup calmé - beaucoup trop d'ailleurs. On accuse une perte d'exploitation qui est assez conséquente. On est au-delà des 60% de baisse de fréquentation. Bien au-delà.

Vous envisagez de réduire le nombre de séances, voire de fermer certains jours ?

C'est quelque chose qu'on étudie. Pas forcément des fermetures mais peut-être des réductions de séances pour que l'amplitude horaire soit moins élevée. Parce que forcément lorsqu'on fait une journée avec 40 clients, on n'est pas rentable évidemment. Donc sur certains sites, où les entrées sont vraiment à minima, on pense qu'on va un petit peu réduire la voilure, le temps que le marché du cinéma reprenne, que la météo soit un peu plus favorable et que les clients aient envie de revenir dans nos salles.

Qu'est ce qui décourage les spectateurs selon vous ?

Le gros du problème à l'heure actuelle c'est la programmation, parce qu'on n'a pas de nouveautés, on n'a pas de films. Les grosses sorties se décalent, s'annulent : le dernier en date, "Tenet", ça vient de nous être annoncé, et on en espérait beaucoup. Quand il n'y a pas beaucoup de nouveautés, pas de gros films porteurs américains, c'est difficile. La situation aux États-Unis avec le coronavirus nous impacte directement. Je crois que les gens ne viennent pas au cinéma tout simplement parce qu'il n'y a pas de gros films porteurs.

Vous êtes inquiète vis-à-vis de la crise qui semble durer aux États-Unis ?

Oui, on est très inquiet. Quand on a rouvert, on pensait vraiment, peut-être naïvement, que fin juillet / début août on allait vraiment avoir un nouveau souffle avec des nouveautés internationales, des blockbusters - et ce ne sera pas le cas. On misait sur "Divorce Club", "Tout Simplement Noir", qui viennent de sortir, mais aussi sur "Mulan" et "Tenet" - qui ont été reportés.

Donc là, on est effectivement inquiet, parce que le problème traîne énormément aux États-Unis, ce qui veut dire qu'on ne va pas avoir de gros films pendant un certain laps de temps tant que le problème n'est pas réglé là-bas.

Vous avez organisé des soirées thématiques et des rétrospectives dans vos cinémas - ça attire du monde ?

Oui et c'est super ! C'est ce qui nous redonne un petit peu le sourire, parce que ce sont nos meilleurs scores ! On a fait "Gladiator", un marathon "Dragon Ball Z", on va faire "Inception", "Hunger Games", "Titanic"... On ressort plein de films. 

En fait, comme on dit, c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures. On l'avait déjà vu avec de précédentes soirées marathons : à La Rochelle, nous avions été les premiers en France a proposer un marathon "Harry Potter" sur 2 jours.

Ces soirées rétrospectives, ça fonctionnait déjà avant, mais ça semble fonctionner encore plus maintenant. Je pense que les gens veulent retourner au cinéma, mais il faut leur donner envie avec soit une nouveauté, soit un classique pour qu'ils se disent : "Tiens, je n'ai jamais vu Titanic sur grand écran, j'irais bien le voir".

La Rochelle attire beaucoup de monde durant la période estivale : misez-vous sur l'affluence des touristes ?

J'aimerais bien (rires). Le Vieux Port est bondé en ce moment, il y a du monde sur La Rochelle. Mais la fréquentation au cinéma reste faible. Ça s'explique évidemment par la météo : beau temps, 33°C, les gens vont à la plage. Donc on attend quelques jours de pluie pour voir si les gens viennent au cinéma...

Vous croisez les doigts pour qu'il pleuve en fait !

Mais tout à fait et je n'en ai pas honte (rires). Il en faut pour tout le monde : je crois que les glaciers ont fait le plein, les restaurateurs en terrasse aussi... Donc j'espère qu'on aura aussi quelques jours pour le cinéma. Ça ferait du bien à tout le monde.

Vous savez, on traverse une période vraiment difficile. Quand on ouvre un cinéma et qu'il n'y a pas grand monde, pour le moral ce n'est jamais facile. Alors, on garde le sourire, on reste positif parce que le peu de clients qu'on a, ils sont hyper agréables et nous soutiennent beaucoup. Mais il faut vraiment penser à la filière cinéma, parce qu'il y en a qui sont dans la plus grande difficulté, notamment des cinémas indépendants dans des petites villes. Pour eux, ça s'annonce vraiment compliqué.

Les spectateurs qui viennent chez-vous respectent bien les gestes barrières ?

Oui, vraiment, on n'a strictement rien à redire. Chez nous, le port du masque n'est obligatoire que dans les aires de circulation, notamment le hall. Donc que ce soit devenu obligatoire partout, notamment pour faire ses courses, c'est une bonne chose, mais pour nous ça ne change rien.

Et comme la fréquentation est basse, croyez-moi, la distanciation sociale se fait naturellement : quand on fait des séances avec 4 spectateurs, ils sont dispatchés là où ils veulent dans la salle. C'est le choix du roi en ce moment (rires).