Haute-Vienne: le procès de dérapages face à des délinquants en centre éducatif fermé

14 mai 2016 à 4h56 par Rédaction Alouette

<p>Des peines de six mois à deux ans de prison avec sursis ont été requises vendredi à Limoges contre des éducateurs et le directeur d'un centre éducatif fermé pour délinquants mineurs, dans un procès qui a exploré la zone grise entre stress, dérapages et violences face à de jeunes durs.</p>

ALOUETTE

Des peines de six mois � deux ans de prison avec sursis ont �t� requises vendredi � Limoges contre des �ducateurs et le directeur d'un centre �ducatif ferm� pour d�linquants mineurs, dans un proc�s qui a explor� la zone grise entre stress, d�rapages et violences face � de jeunes durs.

Trois hommes et une femme, �ducateurs sp�cialis�s, ainsi que leur ancien directeur �taient jug�s pour des violences psychiques et physiques inflig�es entre mai et juillet 2015, � huit jeunes pensionnaires du Centre �ducatif ferm� (CEF) de Moissannes (Haute-Vienne). Le centre a depuis �t� ferm� administrativement, les enfants plac�s dans d'autres CEF.

L'alerte avait �t� donn�e par deux stagiaires, t�moins de violences. Les jeunes pensionnaires, entendus par les enqu�teurs, avaient confirm� avoir r�guli�rement re�u des gifles, parfois avoir �t� entrav�s ou ligot�s en guise de punitions, ou avoir �t� victimes de privations (cigarettes), vexations ou menaces, pour des faits parfois aussi anodins qu'un comportement � table.

"C'est l'histoire d'un naufrage", a r�sum� Me H�l�ne Karoutsos, avocat d'un des jeunes, parties civiles, en relatant une situation peu � peu pass�e hors de contr�le apr�s la nomination d'un directeur en janvier 2015.

"Je regrette, j'�tais �puis�, on a �t� d�bord', a reconnu � la barre du tribunal correctionnel de Limoges cet ex-directeur du centre, qui comptait 26 employ�s pour prendre en charge une dizaine de jeunes, des d�linquants r�cidivistes au pass� lourd pour certains.

Les avocats des pr�venus, qui ont tous demand� la relaxe, ont plaid� des moyens insuffisants pour g�rer ces jeunes durs, et la d�faillance d'institutions r�f�rentes telles l'Alsea (Association limousine de sauvegarde de l'enfance � l'adulte) ou la Protection judiciaire de la jeunesse.

D�fenseur de l'Alsea partie civile, Me Richard Doudet a renvoy� les pr�venus face � leurs d�rapages, rappelant qu'en de tels centres, "tout contact physique est proscrit", car avec "une seule gifle, tout le processus �ducatif est rompu, toute chance de nouer un lien constructif est perdue". Il a demand� au tribunal de condamner ou courir le risque de "d�livrer un +permis de taper+ aux �ducateurs".

Le procureur Gilbert Emery a enfonc� le clou, lan�ant aux pr�venus qu'� la lecture des auditions il a "le sentiment que vous pensez d�tenir la bonne m�thode, et qu'� vos yeux les autres, vos coll�gues, mais aussi la justice ou les gendarmes, sont des faibles et des laxistes".

Contre l'ex-directeur et son bras droit, il a requis deux ans et 18 mois de prison avec sursis, et l'interdiction d'exercer dans le monde �ducatif pendant cinq ans. Un an de prison avec sursis a �t� requis contre un autre �ducateur, six mois contre deux autres.

Le jugement a �t� mis en d�lib�r� au 14 juin.

juc-pbl/mm

(AFP)