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"Laëtitia" : une mini-série sur l'affaire Laëtitia Perrais diffusée sur France 2

21 septembre 2020 à 10h47 Par Arnaud Laurenti
Marie Colomb incarne à l'écran la jeune femme assassinée à Pornic.
Crédit photo : Jérôme PRÉBOIS / FTV / PCB FILMS & L'ÎLE CLAVEL

Après l'affaire Xavier-Dupont de Ligonnès, c'est un autre fait divers de Loire-Atlantique qui inspire la télévision. "Laëtitia", diffusée à partir de ce lundi soir sur France 2, revient sur le meurtre de Laëtitia Perrais, assassinée par Tony Meilhon près de Pornic, en 2011.

"Ce qui nous réunit, c'est la sobriété", affirme l'écrivain Ivan Jablonka à propos du réalisateur Jean-Xavier de Lestrade, qui a adapté pour la télévision son enquête "Laëtitia ou la fin des hommes", sur le meurtre glaçant de la jeune Laëtitia Perrais en 2011.

La mini-série événement sera diffusée à partir de lundi soir sur France 2. Elle est déjà disponible en ligne sur France.TV.

Parler de Laëtitia sans tomber dans le sordide

"J'ai voulu parler de la vie de Laëtitia. Pas du cadavre découpé en morceaux, mais de cette jeune femme qui a eu des peines, des joies, des petits copains ; qui a traversé des épreuves mais qui a eu sa part de bonheur", soulignait l'auteur et historien à l'AFP il y a tout juste un an au festival de la fiction de La Rochelle.

"J'étais certain que Jean-Xavier respecterait l'esprit de mon livre et derrière, des êtres humains: un papa, une maman, une soeur, des oncles, des tantes", ajoute Ivan Jablonka, dont l'ouvrage, prix Médicis 2016, avait abordé ce fait divers comme un objet d'histoire, social et sensible.

En six épisodes, Jean-Xavier de Lestrade filme la vie de Laëtitia Perrais (jouée par Marie Colomb), placée très jeune avec sa soeur jumelle Jessica (Sophie Breyer) en foyer puis en famille d'accueil, et l'enquête qui a suivi son assassinat par un trentenaire à l'enfance cabossée, Tony Meilhon, près de Pornic en 2011.

"Deux jeunes filles"

Le réalisateur et documentariste avait déjà travaillé sur l'intime et sur la violence. Quand une productrice lui a proposé le projet, il a d'abord pensé "qu'il serait sage pour nous tous, membres de l'audiovisuel, de laisser ça de côté. Le livre a une telle force qu'on ne fera jamais aussi bien".

"Mais il fallait donner à cette histoire l'opportunité d'être vue et ressentie par un public plus large que celui des lecteurs du livre", explique le réalisateur.

"Si on s'arrête à sa mort atroce, ça n'a aucun intérêt. Mais si on creuse (...) il y a un monde derrière, mis à nu, un monde de violence ordinaire, un monde qui affleure très peu. Au milieu il y a deux jeunes filles qui essaient de panser leurs plaies".

A l'été 2011, Jessica révéla les viols et attouchements répétés imposés par le père de sa famille d'accueil. Ce dernier, qui s'était arrogé à plusieurs reprises devant les médias le rôle de pourfendeur des délinquants sexuels, sera condamné à huit ans d'emprisonnement pour viols ou agressions sexuelles sur cinq jeunes victimes.

Pour "Laëtitia", Ivan Jablonka récuse le terme de "fait divers", et préfère parler de "l'itinéraire d'une jeune femme qui se termine de manière tragique, des rencontres bonnes ou mauvaises, un certain état de la société".

"Respecter Laëtitia"

Pendant les trois mois de tournage, "la mort de Laëtitia nous arrivait tout le temps", raconte Jean-Xavier de Lestrade. "Il n'y a pas une seule journée où un membre de l'équipe n'a pas pleuré. Certains m'ont raconté des choses qui leur étaient arrivées, des histoires de violence".

Dans les deux oeuvres, la scène de meurtre n'est pas montrée. "C'est inutile", explique le réalisateur.

"Mais il y a des scènes violentes quand le père suspend son bébé au balcon, ou quand il viole la mère. Si on veut vraiment respecter Laëtitia, il faut raconter, montrer ces choses-là".

"À aucun moment le livre ne se permet de juger qui que ce soit, à commencer par le criminel arrêté, Tony Meilhon. Il a commis un acte terrible mais si on puise dans son enfance, ce sont les mêmes souffrances, les mêmes traumas", souligne le réalisateur.

(avec AFP)