Police : plus d'agents mais moins d'élucidations d'enquêtes, selon la Cour des comptes

19 novembre 2021 à 15h21 par Arnaud Laurenti

Plus de policiers mais moins d'enquêtes résolues : malgré la hausse de la masse salariale dans la police nationale, le taux d'élucidation des enquêtes s'est "détérioré" depuis plusieurs années et le nombre d'agents sur le terrain n'a pas augmenté, selon une note publiée ce jeudi par la Cour des comptes.

Police : plus d'agents mais moins d'élucidations d'enquêtes
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Dans une note diffusée jeudi, la Cour estime que "la solution à l'insuffisance de ces performances se trouve avant tout dans une meilleure utilisation et une gestion rénovée des ressources humaines".

"L'organisation du travail, malgré les réformes récentes, reste inadaptée", soulignent les magistrats financiers.

"La police nationale doit encore relever son niveau d'exigence dans les années à venir", assure la Cour, estimant que "l'organisation du travail" et la "gestion des cycles horaires" doivent être adaptés "aux besoins opérationnels".

 

Plus d'agents mais moins de terrain

La hausse en dix ans de 21% de la masse salariale de la police, aujourd'hui évaluée à 10 milliards d'euros, a permis de recruter 8 000 policiers en plus entre 2015 et 2020. Pourtant, le taux de présence sur le terrain des policiers est "en baisse".

Mais concrètement, "la création de ces emplois n'apparaît que partiellement dans la comptabilisation des effectifs en équivalent temps plein travaillé (ETPT) et sa répartition par fonctions a été inégale", estiment les magistrats.

Les effectifs des policiers affectés dans les services de "sécurité et paix publique" ont baissé de 10% en dix ans, alors que ceux de la "police des étrangers et des transports aériens" ont progressé de 31%.

La police judiciaire, qui doit "faire face" à 3,9 millions de procédures par an, est également "en difficulté" : "Elle n'attire plus les policiers et ses résultats sont marqués par un faible niveau d'élucidation des délits de bas milieu de spectre", la délinquance du quotidien, selon la note.

 

Mutualiser police et gendarmerie

En 2016, le taux d'élucidation pour les homicides s'élevait à 70,3%, contre 62,6% en 2020. Concernant les cambriolages, le taux est stable, autour de 10%. En revanche, pour les vols avec violence, 15,4% d'enquêtes ont été élucidées en 2020, contre 10,8% en 2015.

Ces taux sont "révélateurs des difficultés de traitement des infractions par les services judiciaires de proximité", selon la note, rappelant que le ministère souhaite accroître le nombre d'officiers de police judiciaire (OPJ) de 17 000 à 23 000 en 2023.

En région parisienne, les OPJ sont en "nombre insuffisant" car "les conditions d'exercice sont dégradées" et "se retrouvent affectés en sureffectifs en province".

La Cour des comptes estime que le déploiement des effectifs doit "s'ajuster davantage aux besoins des territoires et aux missions".

"Au-delà de la création d'emplois, il faut, et c'est l'orientation des pouvoirs publics aujourd'hui, mettre davantage les hommes et les femmes de la police sur le terrain, les former et recruter en conséquence", a ajouté Pierre Moscovici.

Par ailleurs, la Cour de comptes estime que le ministère de l'Intérieur doit "développer les mutualisations entre la police et la gendarmerie".

 

(avec AFP)