Procès du père Olivier Maire : au premier jour, un accusé présent mais mutique

Publié : 18h57 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Le procès de l’assassinat du père Olivier Maire s’est ouvert ce lundi 19 janvier 2026 devant la cour d’assises de Vendée, à La Roche-sur-Yon. Une première journée dominée par le silence de l’accusé et un portrait psychiatrique lourdement documenté.

Cour d'assise de La Roche-sur-Yon ce lundi 19 janvier 2026
Cour d'assise de La Roche-sur-Yon ce lundi 19 janvier 2026
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

"Vous nous entendez monsieur ?" lance la juge des assises de La Roche-sur-Yon, en Vendée ce lundi 19 janvier 2026. Pas de réponse. Le suspect prend une feuille de papier pour écrire. Un long silence traverse toute la salle d’audience. On n’entend que son coup de crayon. "Merci de respecter mon droit au silence. Je n’ai pas besoin d’interprète ni d’avocat." Voilà ce qu’il a écrit sur le papier. Le suspect est là, présent, mais ne dira rien. Sur le banc des accusés, le suspect apparaît amaigri. La barbe a poussé. Des lunettes. Le regard fixé vers le sol. Aucune parole. Aucun geste.

Dans la salle, les frères du père Maire, Stéphane et Jérôme, sont présents. Un prêtre représente la congrégation des Montfortains. Les parents d’Olivier Maire assistent à l’audience, main dans la main, sans se constituer partie civile. Les directeurs d’enquête seront entendus ce mardi 20 janvier 2026. 

 

Un portrait médical très documenté

La présidente retrace le parcours de l’accusé. L'accusé a grandi au Rwanda. Il avait 13 ans au moment du génocide. Son père était instituteur. Il n’a pas fui le pays durant la guerre civile. Selon des proches, il a même réussi le concours de la police au Rwanda. La cour rappelle aussi ses antécédents en France : une agression devant la cathédrale de Nantes fin 2018, puis l’incendie de la cathédrale en juillet 2020, avant une incarcération et plusieurs hospitalisations en psychiatrie.

Le premier témoin est une experte médicale. Plus de 80 consultations et interventions sont évoquées : psychiatriques, psychologiques, mais aussi ORL et cardiologiques. Elle décrit un homme profondément traumatisé. Incontinence urinaire. Surdité. Tuberculose diagnostiquée. La praticienne parle d’un stress post-traumatique sévère. Elle évoque trois jours de détention au Rwanda, durant lesquels l’accusé aurait subi des tortures, avec des électrisations, notamment au niveau des testicules. Elle mentionne des cauchemars récurrents, des grèves de la faim, une alimentation très réduite et une angoisse permanente à l’idée de retourner dans son pays, par peur d’y être tué. Des idées de persécution sont également relevées. Le meurtirer présumé pensait que des prêtres montfortains mettaient des médicaments dans sa nourriture pour le castrer. Aucun élément hallucinatoire n’a toutefois été mis en évidence lors des consultations.

 

"Je l'ai connu à 23 ans"

La cour entend aussi Alphonsine Guilloti , 91 ans, enseignante retraitée et religieuse, engagée après sa retraite dans l’aide administrative aux migrants. Elle explique avoir rencontré l'accusé en 2012. "Je l’ai connu à 23 ans, c’était un jeune Rwandais qui venait d’échapper au génocide", témoigne-t-elle. Il est alors hébergé à Nantes chez les Franciscains et travaille au jardin. Après une agression ayant entraîné un tympan perforé, il est appareillé et ne supporte plus le bruit pendant les messes, selon elle.

 

Une question centrale pour la suite

Cette première journée d’audience pose le décor du procès. Un accusé mutique. Un passé qui semblerait marqué par de la torture au Rwanda. Et une dimension psychiatrique qui s’impose déjà comme un élément central des débats à venir devant la cour d’assises de Vendée.