En Vendée, ces campings ont trouvé comment économiser l'eau

Publié : 17h58 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

Laura Vergne vous donne rendez-vous sur Alouette et alouette.fr pour des reportages au plus près de vous !

Douches chronométrées, eau des piscines recyclée... Face à la sécheresse, des campings vendéens expérimentent des solutions pour réduire leur consommation. Certaines permettent déjà d'économiser des milliers de mètres cubes d'eau.

Les douches du camping Les Pinèdes de la Caillauderie
Les douches du camping Les Pinèdes de la Caillauderie
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Huit minutes. Pas une de plus. Mais seulement lorsque l'eau coule. À Saint-Jean-de-Monts, en Vendée, les vacanciers du camping Les Pinèdes de la Cailleuderie ont pris l'habitude. Avant la douche, ils présentent leur bracelet connecté. Un voyant s'allume en vert. Après quatre minutes d'eau, il passe à l'orange. À l'approche des huit minutes, il devient rouge. 

 

Le système existe depuis 2019. Chaque bracelet donne droit à deux douches quotidiennes de huit minutes. mais contrairement à un chronomètre classique, le temps s'arrête avec l'eau. Le vacancier peut se savonner ou mettre son shampoing sans perdre de précieuses secondes. Une manière très concrète de rendre visible une ressource qui l'est beaucoup moins. 

 

Cinq minutes de douche réellement utilisées

Limiter sans donner l’impression d’interdire. C’est tout l’intérêt du dispositif pour Marion Jutard, gérante du camping Les Pinèdes de la Caillauderie.

"Ce n'est pas une restriction en tant que telle, parce que finalement, on se rend compte qu'en moyenne, cinq minutes d'eau sont utilisées et non huit."

Le bracelet devient ainsi autant un compteur qu’un outil pédagogique. "C'est un outil pour sensibiliser et pour pouvoir en parler sans être dans une culpabilisation ou autre", explique la gérante. Certaines colonies de vacances en ont même fait un jeu : les enfants tentent de terminer leur douche avant que le voyant ne passe au rouge.

Marion Jutard, gérante du camping Les Pinèdes de la Caillauderie

Le dispositif a aussi modifié les habitudes. Lors de sa première année d'utilisation, le camping a constaté que 50% des douches prises dans les sanitaires l'étaient par des vacanciers logés en mobil-home. Ces hébergements possèdent pourtant leur propre salled'eau. Depuis, l'utilisation des douches communes est devenue payante pour eux. Le terif, initialement fixé à 25 centimes, atteint aujourd'hui un euro. Elles restent gratuites pour les campeurs en emplacement. Résultat : la gérante constate

"50% de douches quasiment en moins de prises au bloc sanitaire".

Une baisse qui réduit la consommation d'eau, mais aussi l'énergie nécessaire pour la chauffer et les besoins en ménage. Les sanitaires constituent justement l’un des principaux postes de consommation d’eau d’un camping. Et après les douches, un autre équipement concentre l’attention : les piscines, à 30 % selon la fédération vendéenne de l'hôtellerie de plein air (FVHPA).

 

La salle des machines - LV Alouette DR

 

Recycler l'eau des piscines 

Direbction Saint-Hilaire-de-Riez, à quelques kilomètres de là. Au camping des Biches, le changement se joue cette fois loin des vacanciers. Il faut descendre dans la salle des machines. Tuyaux, filtres, cuves : ici, l'établissement teste une autre façon d'aconomiser l'eau. Une machinebaptisée Aquapool récupère une partie de l'eau utilisée pour nettoyer les filtres d'une piscine. Le bassin concerné contient 200 mètres cubes, soit 200 000 litres d'eau.  Toute la journée, son eau traverse de gros filtres remplis de sable. Celui-ci retient progressivement les impuretés. En pleine saison, ces filtres doivent être nettoyés jusqu’à trois fois par jour. Une opération appelée "backwash".

"Normalement, cette eau-là, on la jette, elle part à l'égout", Laurent Barat
"Normalement, cette eau-là, on la jette, elle part à l'égout", Laurent Barat, directeur du camping les Biches

Les premiers 20 % d'eau sont les plus chargés en impuretés et sont jetés. Les 80 % restants sont recyclés. À elle seule, la piscine test permet ainsi de recycler environ 10 mètres cubes d’eau par jour, soit 1500 mètres cubes par an, l'équivalent de la consommation annuelle d'une dizaine de familles. Et l'économie ne s'arrête pas là : 

Découvrez sur quoi le camping économise en plus de l'eau
Découvrez sur quoi le camping économise en plus de l'eau.

L’expérimentation doit maintenant permettre de mesurer précisément les économies réalisées sur une saison entière.

 

Laurent Barat, directeur du campin Les Biches - LV Alouette DR

 

De l'eau économisée, mais à quel prix ?

À Saint-Hilaire-de-Riez, l'expérimentation pourrait dépasser la seule piscine actuellement concernée. Le camping des Biches en possède cinq. La machine installée est suffisamment dimensionnée pour gérer l'ensemble de ses bassins. À terme, Laurent Barat évoque une économie qui devient loin d'être anecdotique :

"Quand on économise ne serait-ce que 1500 mètres cubes d'eau par an, ça commence à être significatif. Mais clairement, c'est plus un investissement pour l'avenir." 

Car ces solutions ont encore un coût. La machine représente aujourd'hui un investissement d'environ 70 000 euros. Dans le cadre de cette expérimentation, le camping a bénéficié d'une subvention de la Région couvrant 70 % du montant. Laurent Barat estime que la solution pourra ainsi être amortie en cinq ans. Sans ces aides, la généralisation reste difficile. 

Laurent Barat parle du coût de l'eau

L'enjeu dépasse pourtant les seules piscines. D'autres expérimentations cherchent déjà à récupérer l'eau pour l'arrosage. Certaines étudient même la possibilité de réutiliser l'eau des douches des mobil-homes dans les toilettes. Autant de pistes qui prennent une autre dimension avec les épisodes de sécheresse.

À Saint-Jean-de-Monts, la réponse tient pour l'instant dans un bracelet. À Saint-Hilaire-de-Riez, dans une machine au milieu des tuyaux. Deux solutions très différentes, avec la même idée : avant de chercher davantage d'eau, commencer par éviter de jeter celle que l'on a déjà.