4 ans de prison pour des essais cliniques sauvages dans une abbaye près de Poitiers

Publié : 10h59 par
Nicolas Mézil - Journaliste

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Il testait clandestinement sa "découverte" médicale sur des centaines de cobayes : le controversé professeur Jean-Bernard Fourtillan a été condamné ce jeudi à 4 ans de prison.

abbaye sainte-croix
C'est dans cette abbaye située à Saint-Benoît (86) qu'ont eu lieu les essais cliniques clandestins.
Crédit : Paul Pérucaud - Google Images

4 ans de prison contre le controversé professeur Jean-Bernard Fourtillan. Il a été reconnu coupable, par le tribunal correctionnel de Paris, d'avoir mené des essais cliniques sauvages entre 2017 et 2019.

Absent du délibéré comme de l'audience en juin, le professeur de 82 ans a été reconnu coupable de recherche interventionnelle impliquant une personne humaine sans autorisations officielles, d'exercice illégal de la profession de médecin et de pharmacien ainsi que d'escroquerie et d'abus de confiance pour les tests de ses patchs censés améliorer le traitement des maladies de Parkinson et d'Alzheimer.

Le tribunal a émis un mandat d'arrêt à l'encontre de Jean-Bernard Fourtillan et lui a interdit à titre définitif d'exercer une activité dans le domaine de la santé et de la pharmacie. Il a aussi ordonné d'importants dédommagements aux parties civiles.

 

Des tests sur 400 "cobayes"

Ce pharmacien et conférencier disait avoir découvert une hormone sécrétée par la glande pinéale du cerveau, qu'il dénommait la valentonine, et affirmait pouvoir l'utiliser dans le traitement de maladies neurodégénératives en l'associant à une autre hormone, la 6-méthoxy-harmalan (6-MH). Un procédé rejeté par les autorités médicales.

Pour tester sa "découverte", le professeur Fourtillan et sa femme ont organisé, par contingents d'une trentaine de personnes, la venue de cobayes volontaires à l'abbaye Saint-Croix de Saint-Benoît (Vienne), en périphérie de Poitiers, où les religieuses accueillent habituellement des groupes en retraite.

Selon l'enquête, les patchs transdermiques litigieux ont été testés sur près de 400 personnes, des malades et des personnes saines, à l'occasion de 19 sessions nocturnes organisées entre mai 2018 et août 2019.

"Jean-Bernard Fourtillan a cherché à faire accroire que des patchs qualifiés de miraculeux pourraient guérir des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, qui n'avaient à leur disposition que des traitements symptomatiques. Pour faire croire à son discours, il a mis en place des essais cliniques sauvages", a expliqué le juge David Mayel en rendant le délibéré.

 

Détournement de dons

Le tribunal a relevé que la recherche de dons a constitué une "préoccupation constante" du professeur tout au long de son projet, notamment vis-à-vis des personnes souffrant de maladies neurodégénératives, que leur condition rendait particulièrement vulnérables.

La juridiction a reconnu le professeur coupable d'avoir ainsi détourné pour son profit personnel près de 130.000 des 700.000 euros de dons versés à son "fonds Josefa" - en référence à une religieuse mystique espagnole, Josefa Menéndez, morte à Poitiers - "en se les remettant personnellement et en investissant dans l'or de façon dissimulée".

"Cheville ouvrière de l'organisation de ces essais", sa femme Marianne Fourtillan a été condamnée à deux ans de prison dont un avec sursis. Son "bras droit", le professeur Henri Joyeux, a écopé d'un an avec sursis et 10.000 euros d'amende.

- Avec AFP -