En Vendée, les pompiers n'éteignent plus leur colère

Publié : 12h28 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Une centaine de pompiers et d'agents du SDIS ont manifesté, ce lundi 12 octobre, à La Roche-sur-Yon, en Vendée. Face au manque d'effectifs et à une activité grandissante, ils réclament davantage de moyens. Une délégation a été reçue par le président du Département, Alain Lebœuf.

Manifestation des pompiers de Vendée à La Roche-sur-Yon ce lundi 12 octobre 2026
Manifestation des pompiers de Vendée à La Roche-sur-Yon ce lundi 12 octobre 2026
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Ce lundi 12 octobre, à La Roche-sur-Yon, les pompiers de Vendée ont déployé la grande échelle. Mais cette fois, pas question d'éteindre un incendie. Leur mission se déroule sur la façade du conseil départemental, rue du Maréchal-Foch. Une immense banderole y est accrochée : "On ne demande pas des miracles, juste les moyens d'en faire." Au pied du bâtiment, une centaine de pompiers et d'employés du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) se mobilisent. Tous réclament davantage de moyens humains et matériels. Un mouvement entamé le 8 septembre, qui rassemble aussi des agents peu habitués à battre le pavé.

"Ça fait 20 ans que je travaille au SDIS et c'est la première fois de ma vie que je manifeste", nous confie une employée du service départemental.

Une première qui en dit long sur le malaise. Car derrière les uniformes et les véhicules rouges, la fatigue s'accumule.

 

"On ne refera pas une saison comme on a fait cette année"

Pour Mickael Marquis, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels en Vendée, la situation devient intenable.

"Tout le monde verbalise dans le monde des pompiers qu'on ne refera pas une saison comme on a fait cette année. Il est impossible de vivre la sollicitation qu'on a vécue, l'enchaînement des interventions, et donc la surfatigue, la surexploitation de nos collègues."

Les chiffres donnent la mesure de cette pression. Selon l'intersyndicale, l'activité du SDIS a augmenté de plus de 15 % en 2026. Entre juin et juillet, la hausse dépassait même 25 %, notamment en raison des incendies et de l'activité touristique. Mais les effectifs, eux, ne suivent pas. Sur les 74 centres de secours que compte la Vendée, 20 à 25 seraient indisponibles en moyenne durant les journées de semaine, selon Mickael Marquis. En cause, notamment, la disponibilité des pompiers volontaires, également engagés dans leur vie professionnelle.

"Les pompiers volontaires, il en manque, mais il manque aussi par leur disponibilité, et on ne peut pas leur reprocher, ils ont un travail, ils ont une vie de famille."

Et les conséquences se répercutent directement sur les interventions.

Mickael Marquis, président du Syndicat National des Sapeurs-Pompiers Professionnels en Vendée
Mickael Marquis, président du Syndicat National des Sapeurs-Pompiers Professionnels en Vendée
Crédit : Alouette DR

"On a les véhicules dans le centre de secours, mais le véhicule ne part pas"

Une caserne dans sa commune ne garantit pas toujours un départ immédiat des secours. Mickael Marquis évoque entre 40 et 45 centres qui, faute d'effectifs suffisants, ne peuvent pas systématiquement engager un véhicule incendie avec six agents.

"On a beau avoir un centre de secours dans notre commune, s'il n'y a pas le personnel en adéquation derrière, on a les véhicules dans le centre de secours, mais le véhicule ne part pas."

Les renforts doivent alors venir d'autres casernes. Avec, selon le syndicaliste, un risque d'allongement des délais d'intervention. Un constat partagé par Nathan Le Tourneur, représentant de la CFDT au sein de l'intersyndicale et lui-même personnel administratif et technique du SDIS.

"Ça se passe par des ambulances qui habituellement partent à 3, peuvent partir qu'à 2. Des engins incendies qui normalement partent à 6, ne partent parfois qu'à 4."

Le représentant syndical évoque également les difficultés à remplacer les équipes engagées sur de longues interventions.

"Une fatigue qui s'installe. Des difficultés aussi pour la population de comprendre pourquoi les pompiers mettent autant de temps."

La principale revendication porte désormais sur 38 recrutements en attente. Ils devaient compléter un plan de 115 postes engagé en 2023, puis gelé l'année dernière. Les syndicats demandent également le renouvellement de matériels vieillissants pour préserver la sécurité et la santé des agents.

 

"Une écoute ne suffit plus" : après la rencontre avec Alain Lebœuf, les pompiers attendent des actes

Pendant qu'une partie des manifestants reste mobilisée à l'extérieur, une délégation syndicale s'entretient avec Alain Lebœuf, président du conseil départemental de la Vendée. À la sortie de cette rencontre, Mickael Marquis reconnaît avoir été entendu. Mais le dialogue ne suffit plus.

"On se sent écouté mais une écoute ne suffit plus. On peut compatir avec les difficultés [du département], mais nous, ce dont on a besoin, ce sont des actes."

De son côté, Nathan Le Tourneur rapporte que le président du Département a rappelé les efforts financiers déjà consentis. Selon le représentant syndical, 19 millions d'euros supplémentaires ont été consacrés au SDIS ces dernières années. Mais le Département doit également financer d'autres compétences, notamment la petite enfance et les Ehpad. Alain Lebœuf aurait ainsi rappelé la nécessité de faire des choix budgétaires, tout en appelant à une participation accrue de l'État.

"Aujourd'hui, on est au milieu du gué. On demande à pouvoir continuer et réussir à stabiliser les effectifs pour intervenir sur le long terme parce que la Vendée est attractive et cette attractivité amène des risques."

Pour l'heure, aucun dégel des 38 postes n'est annoncé. Les syndicats attendent désormais de voir les moyens inscrits au prochain budget départemental.

"Maintenant, on attend réellement comment ça va se traduire lors du prochain budget du département", insiste Nathan Le Tourneur.

Après leur passage devant le conseil départemental, les manifestants ont poursuivi leur mobilisation place Napoléon, avant de rejoindre la préfecture de Vendée. Un parcours dans les rues de La Roche-sur-Yon pour porter un même message : les pompiers veulent pouvoir continuer à secourir la population, sans mettre en danger leurs équipes.