"Une calamité industrielle" : faute de repreneur, la Fonderie de Bretagne est liquidée, plus de 240 emplois supprimés

Publié : 10h48 par
Adrien Michaud - Journaliste

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Soixante ans après sa création par Renault et après l'échec de sa reprise par Europlasma, la Fonderie de Bretagne, site industriel du Morbihan qui compte 244 salariés, a été placée, ce jeudi 15 octobre, en liquidation. La CGT dénonce "un drame humain et industriel".

Le tribunal de commerce de Lorient a placé en liquidation judiciaire l'entreprise basée à Caudan.
Le tribunal de commerce de Lorient a placé en liquidation judiciaire l'entreprise basée à Caudan.
Crédit : Site Internet | groupe Renault.com

Après soixante ans d’existence, clap de fin pour la Fonderie de Bretagne (FDB). Ce jeudi 15 octobre, le tribunal de commerce de Lorient a placé en liquidation judiciaire cette entreprise basée à Caudan, dans le Morbihan. En tout, 244 salariés sont maintenant sur le carreau.

Ancienne filiale du constructeur automobile Renault, FDB avait été placée en redressement judiciaire début juillet pour cessation de paiement. Le site, qui produit des pièces en fonte pour les suspensions et les échappements, avait été repris il y a un peu plus d'un an par Europlasma, qui voulait diversifier la production avec la fabrication de corps creux pour des obus de mortier.

Selon la CGT, le groupe n'a jamais versé l'intégralité des sommes promises et la production de FDB, interrompue après un incendie en janvier 2026, n'a pas réellement repris. "La perspective du licenciement économique de l'ensemble des salariés marque le terme tragique d'un gâchis industriel qui aurait pu et dû être évité", a déclaré le délégué CGT Maël Le Goff à la sortie du tribunal de commerce de Lorient, devant des salariés.

 

Des réactions unanimes

S'exprimant au nom de son syndicat et des élus du personnel, il a désigné comme "responsables de cette faillite le groupe Renault et l'État français". Même condamnation du côté de Jean-Luc Mélenchon. "La liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne est une calamité industrielle entièrement due à la politique du gouvernement", a réagi le candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle, en réclamant "une nationalisation temporaire" pour sauver le site et les emplois.

Ce jeudi 15 octobre en milieu de journée, près de 200 personnes — des fondeurs, résignés, rejoints par des lycéens de la ville — s'étaient rassemblés dans le calme près du tribunal, a constaté l'AFP. Un feu de détritus brûlait sur la chaussée. Après l'annonce de la liquidation, les salariés, dont certains ont versé des larmes, se sont mis en route pour le site de Caudan afin de "se voir une dernière fois".

Éric Guyomard, délégué CGT, les larmes aux yeux, dit "avoir la rage". "Cela fait vingt ans que je suis là, au bureau d'études. J'ai fait mon apprentissage. Aujourd'hui, c'est un membre de la famille que j'ai perdu".

La liquidation de la Fonderie de Bretagne représente "un coup très dur pour les salariés et leurs familles", a déclaré le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard. "Notre première responsabilité est d’être à leurs côtés, pour les aider (...) à retrouver des perspectives d’emploi", a-t-il promis, dans un communiqué.

 

Des années d’errance

Depuis plusieurs années, ce site industriel morbihannais connaissait des difficultés. Il avait été vendu par Renault en 2022 au fonds d'investissement allemand Callista Private Equity, au terme d'une longue lutte sociale. Renault quand même était resté son principal client, à hauteur de 95% du chiffre d'affaires en 2024, refusant toutefois de s'engager sur des commandes futures.

"Pendant des années, le groupe Renault a orchestré l'asphyxie économique de son site historique breton", a dénoncé Maël Le Goff, accusant le constructeur d'avoir "évincé les autres clients historiques" et d'avoir fait "le choix de la sous-traitance à bas coûts" avec des fournisseurs à l'étranger. "La CGT dénonce fermement la complicité de l'État, actionnaire de référence du groupe Renault", a ajouté le syndicaliste.

Quand Europlasma avait, à son tour, repris l'entreprise en avril 2025, il s'était engagé à investir 15 millions d'euros sur trois ans sur le site de Caudan. Repreneur en série de sites industriels en difficulté, Europlasma a suscité critiques et interrogations sur sa stratégie. Les dirigeants du groupe, qui détient notamment Valdunes et Forges de Tarbes, avaient notamment été auditionnés par la commission d'enquête parlementaire sur la "prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs".

Europlasma, basé dans les Landes, a enregistré une perte nette de 35,6 millions d'euros en 2025, plus du double de l'exercice précédent.