Golden Globe Race : "Il faut être un peu fou" pour ce tour du monde à la voile sans GPS

Publié : 7h33 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Dix-sept skippers prennent le départ de la Golden Globe Race, ce dimanche 6 septembre aux Sables-d'Olonne, en Vendée. Parmi eux, deux Français : les Bretons Damien Guillou et Louis Kerdelhué, benjamin de la course à seulement 21 ans.

Damien Guillou retente la Golden Globe Race pour la deuxième fois - Port Olona Les Sables d'Olonne
Damien Guillou retente la Golden Globe Race pour la deuxième fois - Port Olona Les Sables d'Olonne
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Un bateau, quelques cartes en papier et des mois d'océan devant soi. Ce dimanche 6 septembre, 16 marins de 10 nationalités vont quitter Les Sables-d'Olonne, en Vendée, pour l'une des courses au large les plus atypiques au monde : la Golden Globe Race. Un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, sur les traces des pionniers de 1968. Le parcours ressemble à celui du Vendée Globe : départ des Sables-d'Olonne, descente de l'Atlantique, passage des trois grands caps et retour en Vendée. Mais la comparaison s'arrête presque là. Ici, pas d'IMOCA dernier cri. Les concurrents embarquent sur de petits monocoques de 32 à 36 pieds, construits avant 1988.

Parmi les aventuriers, deux Français aux profils radicalement différents. Damien Guillou, 43 ans, vit à Combrit dans le Finistère. Marin professionnel, il compte sept Solitaire du Figaro et a travaillé à la préparation de plusieurs Vendée Globe, dont celui de Violette Dorange. Face à lui, Louis Kerdelhué, 21 ans, est le benjamin de cette édition. Moitié Breton, moitié Charentais, il pratique la voile depuis l'âge de cinq ans.

 

Sans GPS, sans Internet… et même la musique sur cassette

Pas question de sortir son téléphone pour connaître sa position. Sur la Golden Globe Race, les marins naviguent comme en 1968. Cartes papier, compas et sextant permettent de se repérer. Pour obtenir sa position, il faut observer les astres puis effectuer ses propres calculs. Un téléphone satellite est présent pour des raisons de sécurité, mais il permet uniquement de joindre la direction de course. Damien Guillou résume : en dehors de celle-ci, "on a absolument zéro contact avec la Terre". Un retour dans le passé poussé jusque dans les petits détails. Louis Kerdelhué, lui, a dû découvrir… les cassettes audio.

"C'est aucune technologie qui n'existait pas en 68, jusqu'à la musique qui doit être en cassette. Du coup, moi qui ai 21 ans, j'ai dû découvrir ça."

Pour mesurer la distance parcourue et sa vitesse, le jeune skipper de 21 ans utilise même un ancien système composé d'une hélice placée au bout d'un fil. Du matériel devenu difficile à trouver puisqu'il n'est parfois même plus fabriqué. Damien Guillou, lui, voit dans ces contraintes tout l'intérêt de l'épreuve.

"C'est à la fois une course mais c'est aussi un challenge. Ça la rend hyper belle, mais très dure."

À ses yeux, la Golden Globe demande de retrouver un véritable "sens marin" : savoir se débrouiller sans les outils devenus habituels dans la course au large moderne.

 

Louis Kerdelhué

Louis Kerdelhué skipper, le benjamin de la course - Alouette DR Laura Vergne

 

Plus de 200 jours seul en mer

Sur la carte, la Golden Globe ressemble pourtant beaucoup au Vendée Globe.

"La seule chose qui est identique au Vendée Globe, c'est qu'on fait le même parcours", explique Damien Guillou.

Départ des Sables-d'Olonne, tour du monde par les trois grands caps (Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn) avant de remonter l'Atlantique pour revenir en Vendée. Sauf que les bateaux de la Golden Globe sont beaucoup plus petits et plus lents. Damien Guillou estime passer environ 200 jours en mer. Et il sait déjà ce que représente cette aventure. Le Breton participait à la précédente édition mais a dû abandonner au Cap, en Afrique du Sud, après la casse de son système de pilote automatique. Cette fois, son premier objectif est simple : terminer.

"J'ai été extrêmement déçu d'abandonner, donc je veux aller au bout du truc et la finir. Ensuite, forcément, je suis un compétiteur [...] je suis aussi là pour essayer de gagner la course."

Pour Louis Kerdelhué, l'inconnu est plus grand. Mais le jeune marin s'est déjà testé en solitaire pendant 36 jours autour de l'Atlantique Nord. Une expérience qui l'a rassuré : au bout de cinq semaines, raconte-t-il, il n'avait "pas vu le temps passer". Il redoute davantage la fin de l'aventure.

"La remontée de l'Atlantique, on a l'impression que c'est fini. Et en fait, il reste quand même un petit bout de chemin quand on a passé le cap. J'appréhende un peu ça. "

Et finir est déjà une performance. Louis le rappelle : lors de la précédente édition, 16 skippers ont pris le départ et seulement trois ont terminé. Son propre bateau connaît cependant le chemin : il a déjà participé deux fois à la Golden Globe et a terminé troisième de la dernière édition.

Damien Guillou
Damien Guillou
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Huit bateaux filmés en direct

C'est le paradoxe de cette édition 2026. Les marins n'auront pas accès aux technologies modernes, mais le public, lui, pourra entrer dans leur quotidien. Pour la première fois, huit des 17 concurrents, dont Damien Guillou et Louis Kerdelhué, embarquent un dispositif permettant de diffuser des images depuis leur bateau. Les skippers ne recevront pas Internet pour autant : la technologie fonctionne à sens unique et ne doit pas leur apporter d'informations extérieures. Pour Louis, cette fenêtre ouverte sur son aventure a aussi une dimension personnelle. Son père a largement participé au financement de son projet.

"Mon père, qui a grandement financé ma course, pourra me voir naviguer. Il est super heureux. C'est une opportunité de faire découvrir à tout le monde les coulisses d'une course en solitaire."

Et le jeune marin assure qu'une caméra ne changera rien à sa façon de vivre son aventure : "Je serai authentique, avec ou sans caméra."  Damien Guillou connaît, lui, ce que signifie vivre certains moments seul au milieu de l'océan. Lors de sa précédente Golden Globe, près du Cap, il s'est retrouvé entouré de baleines.

"J'ai déjà vu beaucoup de baleines en mer, mais je n'avais jamais vu autant de baleines de ma vie au même moment."

Un spectacle magnifique… mais sans personne avec qui le partager.

" Dans des moments aussi impressionnants que ça, on est presque des fois déçus d'être tout seul. Le filmer, ça ne rend pas la même chose."

Cette fois, une caméra pourra peut-être en capturer quelques images. Le départ de la Golden Globe Race sera donné ce dimanche 6 septembre à 14h30 aux Sables-d'Olonne. Les 16 bateaux quitteront le chenal les uns après les autres, toutes les deux minutes. Pour les plus rapides, le prochain passage dans ce même chenal n'est pas attendu avant le printemps 2027.