Bretagne : lancement de Miochi, le "Vinted" de la chimio

2 avril 2021 à 9h21 par Marie PIRIOU

Être coquette malgré un cancer, l’idée est loin d’être évidente. La maladie est omniprésente et les accessoires tels que les perruques, foulards… sont hors de prix. C’est le constat dressé par Emilie Lebrun, mère de famille de 38 ans, originaire de Cléguérec dans le Morbihan (56). Elle a donc décidé de lancer un site internet d'articles de seconde main destinées aux femmes concernées par la chimiothérapie : Miochi.fr.

ALOUETTE
Emilie Lebrun, à l'initiative du site Miochi.fr
Crédit: Emilie Lebrun

Emilie Lebrun est une Morbihannaise dynamique et pleine d’humour. Cette maman de trois enfants âgée de 38 ans, qui vit à Cléguérec, vient de lancer Miochi (chimio en verlan), un site internet d’achat et de revente d’accessoires dans le cadre de chimiothérapie. Des accessoires (perruques, foulards…) qui sont très coûteux à l’achat. Emilie Lebrun, qui a elle-même dû subir traitements et chimio suite à un cancer du sein en 2019, a voulu rendre accessible et positif l’achat de ces accessoires. Nous l’avons rencontrée. 

Comment est née l'idée de lancer Miochi ?

J’ai eu un cancer du sein il y a deux ans. Quand j’ai su que j’étais malade, après avoir encaissé l’annonce de la maladie, la première chose à laquelle j’ai pensé, c’est la perte des cheveux et l’image que j’allais renvoyer aux autres. Pour éviter de ne penser qu’à la maladie, je me suis dit que j’allais m’occuper l’esprit. Et moi quand je suis stressée, je fais du shopping (rires). Je me suis donc lancée dans la recherche de perruques et de turbans notamment, pour rester un peu jolie.

Et lorsque vous avez vu les tarifs, cela a été la douche froide ?

Exactement ! J’ai pris une perruque qui m’allait bien sans trop regarder à la dépense à ce moment-là car ma mutuelle prenait en charge la majeure partie. Je voulais aussi des turbans pour l’été car c’était compliqué de supporter la perruque avec la chaleur. Je voulais des choses qui ne fassent pas "malade"et un peu sympa. J’en ai donc acheté quelques-uns et la note est montée. Ayant toujours été une adepte de la seconde main, je voulais trouver des articles par le biais d’un site pour acheter à moindre coût et avoir un peu plus de choix. Je n’ai pas trouvé de sites au moment où j’étais en traitement. L’idée a donc cheminé dans ma tête et je me suis dit que j’allais le créer avec la société Creaweb de Bignan (56).

Les gens étaient bienveillants autour de ce projet ?

Oui, il y avait des bons retours. Le groupe où je suis sur Facebook attendait ça aussi. Il y avait une demande, je me suis donc dit qu’il fallait y aller. Je voulais vraiment un site qui soit éloigné de la maladie et qu’on aille vraiment sur quelque chose de léger. C’est tellement compliqué d’être tout le temps là-dedans ou tout le temps à penser à ça. Les gens qui vous demandent aussi "comment vous allez", les salles d’attente où il n’y a que des revues médicales… J’avais du mal avec ça. On a un cancer, on est sous chimiothérapie, ce ne sont pas des choses très drôles mais on peut aussi avoir un peu de légèreté autour de la maladie et avancer.

Que répondez-vous à ceux qui sont réticents à l’idée d'avoir sur soi des accessoires portés par d’anciens malades ?

Il faut se dégager de cette image glauque du cancer. On est beaucoup de femmes, d’hommes, de jeunes. On est soigné la plupart du temps. Quand on revend des choses, c’est qu’on en a fini avec la maladie aussi. On passe le relai à d’autres femmes qui sont touchées, qui vont traverser cette étape de la maladie, qui vont s’en sortir et qui passeront le relai à leur tour. Pour moi, c’est plutôt une note d’espoir que le côté glauque.

Quel est le principe de votre site ?

C’est comme une plateforme de vente en ligne, style Vinted (application en ligne qui permet de revendre des vêtements). Vous créez un compte avec vos données personnelles et à partir de là, vous pouvez mettre en vente vos articles après les avoir pris en photo. Vous les décrivez, vous mettez un prix, ensuite l’article est en ligne sur Miochi et d’autres personnes peuvent vous contacter pour l’acheter. Une fois que la vente est conclue, le vendeur reçoit un bordereau d’envoi et il envoie son colis à l’acheteur. Les prix sont fixés par les vendeurs. En moyenne, on est sur du moins 50 à moins 70 % du prix d’achat. C’est très intéressant !

Quel est votre objectif avec Miochi ?

Le but ultime de Miochi, c’est qu’il y ait un maximum de ventes. 10% de frais sont appliqués sur chaque vente pour pouvoir reverser la somme globale par la suite à la recherche contre le cancer.

(Entretien retranscrit par Mikaël Le Gac)