Coronavirus : et si les JO de Tokyo étaient reportés?

23 mars 2020 à 9h17 par Alexandrine DOUET

Après le CIO ce dimanche, le Japon admet à son tour aujourd’hui la possibilité d’un report des jeux olympiques.

ALOUETTE
Les jeux olympiques 2020 doivent se tenir du 24 juillet au 9 août, puis les jeux paralympiques du 25

Jusqu’à présent, le Premier ministre japonais martelait qu’il n’était pas question de reporter l’événement. Ce lundi Shinzo Abe a admis qu’un report « pourrait devenir inévitable face à la pandémie du coronavirus ».

Report possible mais pas d'annulation

« Le monde peut toujours compter sur le Japon pour accueillir les Jeux cet été »,a-t-il déclaré devant le Parlement nippon, « mais si cela devenait difficile, en tenant compte en priorité des athlètes, la décision d'un report pourrait devenir inévitable ». Rappelons que les jeux olympiques de Tokyo doivent se tenir du 24 juillet au 9 août puis les jeux paralympiques du 25 août au 6 septembre.

La flamme olympique est arrivée au Japon vendredi dernier, et des dizaines de milliers d'habitants se sont déjà pressés pour la voir depuis, malgré des festivités nettement limitées en raison du coronavirus. Son relais à travers tout le pays doit démarrer ce jeudi depuis la région de Fukushima (nord-est).

Décision dans un mois

Déjà hier, le CIO avait évoqué un possible report des JO 2020, écartant toutefois une annulation. Toute annulation pure et simple n’est « pas à l’ordre du jour », parce qu’elle « détruirait le rêve olympique de 11.000 sportifs des 210 Comités nationaux olympiques, de l’équipe des réfugiés et des sportifs paralympiques » a assuré le président du CIO Thomas Bach, qui a annoncé l'ouverture de discussions « avec tous les partenaires pour dresser un état des lieux du développement rapide de la situation sanitaire et de son impact sur les Jeux olympiques ». Ces discussions, qui comprendront le scénario d'un report, doivent être finalisées « dans les quatre prochaines semaines », a précisé le CIO.

Envisager une nouvelle date devenait indispensable à l'heure où la plupart des compétitions sportives sont à l'arrêt sur l'ensemble des continents, et où près d'un milliard de personnes doivent rester chez elles, avec des mesures de confinement souvent drastiques. Plus de 324.000 cas d'infection ont été recensés dans 171 pays et territoires depuis le début de la crise sanitaire, qui a fait au moins 14.396 morts, selon le dernier bilan établi par l'AFP dimanche soir.

La Fédération internationale d'athlétisme, World Athletics, a dit dans un communiqué accueillir « favorablement » l'ouverture de discussions pour un report des Jeux. Un nombre grandissant de fédérations sportives nationales ont appelé ces derniers jours à un report de l'événement, emboîtant le pas à des critiques d'athlètes d'abord isolées. Les comités olympique et paralympique du Canada ont franchi un pas en annonçant dimanche qu'ils n'enverraient pas leurs athlètes si les JO étaient maintenus cet été. Ce pays plaide pour un report d'un an.

En France le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'était aussi déclaré dimanche peu enclin à envoyer des sportifs au Japon dans quatre mois. « Il est clair que les Jeux ne peuvent se tenir en juillet », a estimé lundi le vice-président du Comité olympique australien Ian Chesterman, invitant les athlètes du pays à se préparer pour l'été 2021. Au-delà des questions évidentes de santé, la pandémie actuelle de coronavirus pose d'énormes difficultés pour les sportifs qui ne peuvent ni s'entraîner en vue des JO, ni même, dans un certain nombre de disciplines, tenter de se qualifier, faute de compétition. L'ancien roi américain du sprint Carl Lewis a suggéré dimanche de reprogrammer les Jeux en 2022, une solution qu'il estime être « plus pratique » pour les athlètes qui auraient alors le temps de se préparer.

L'avis semble largement partagé par les sportifs américains appelés à participer à la compétition, selon une consultation réalisée dimanche. La délégation américaine est traditionnellement la plus importante.

« Un report d'un événement aussi gigantesque est toutefois une opération très complexe », a prévenu samedi le président du CIO, Thomas Bach, dans un entretien avec le média régional allemand SWR. « Reporter les Jeux olympiques n'est pas comme décaler un match de football au samedi suivant » .

Quid du Tour de France?

Dans le même temps, l'incertitude plane aussi sur la tenue d'un autre grand événement sportif, à savoir le Tour de France cycliste. Tandis que le Grand départ du Tour 2020 est à ce jour prévu le samedi 27 juin de Nice, des voix s'élèvent pour demander l'annulation de la compétition. Selon l'ancien coureur  Cyrille Guimard actuellement confiné chez lui en Bretagne, « le Tour ne peut pas être organisé." Tout d'abord « pour une question d'équité sportive.» Selon lui « il faudrait qu'au 1er avril, tous les coureurs sur l'ensemble du globe puissent s'entraîner normalement.» À cela s'ajoute un problème d'ordre logistique "compte tenu des problèmes économiques qu'on retrouvera sans doute chez certains partenaires, dans des municipalités qui devaient accueillir le Tour." ajoute l'ex-sélectionneur de l'équipe de France dans le magazine Cyclism'Actu. Un avis partagé par le quintuple vainqueur du Tour le breton Bernard Hinault. Quant à Patrick Lefévère manager général de la Deceuninck-Quick Step, formation du français Julian Alaphilippe, une annulation du Tour de France serait selon « un désastre pour le cyclisme ». Et alors que de nombreuses courses, Paris-Roubaix, Milan-San Remo, Le Tour d’Italie et autres classiques belges ont été annulées par leurs organisateurs, le directeur du Tour Christian Prudhomme s'était lui montré confiant quant à la tenue de la 107e édition de la Grande Boucle.

(Avec AFP)