Covid-19 : débat et vote au Parlement sur de nouvelles mesures la semaine prochaine

28 janvier 2021 à 18h02 par Arnaud Laurenti

Les nouvelles mesures attendues pour freiner l'épidémie du Covid-19 feront l'objet d'un débat et d'un vote à l'Assemblée et au Sénat la semaine prochaine, a appris l'AFP auprès de plusieurs responsables politiques ayant participé jeudi à des réunions avec Jean Castex. Emmanuel Macron pourrait annoncer ces mesures ce week-end ou lundi.

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Emmanuel Macron pourrait annoncer ces mesures ce week-end ou lundi et ensuite les parlementaires auraient à se prononcer par un vote à la suite d'un débat selon l'article 50-1 de la Constitution, ont indiqué à l'AFP ces responsables. Les mesures pourraient entrer en vigueur dès les jours suivants.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a évoqué "un plateau haut ascendant" du nombre de cas de coronavirus, selon ces participants.

"On sent que le confinement est à la porte" et "à l'expression de Jean Castex, on sentait que ce serait peut-être un mixte entre les deux premiers confinements", a rapporté Patrick Kanner, chef de file des sénateurs PS.

"Tout le monde constate qu'il faut un reconfinement très rapide. Attendre, c'est s'exposer à connaître la situation anglaise", a complété le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, d'après qui le gouvernement souhaite fermer les commerces.

Le mode de confinement n'est pas tranché mais les déplacements devraient être limités, d'après Bertrand Pancher, président du groupe Libertés et territoires à l'Assemblée.

"La décision ne semble pas prise pour les écoles : y aura-t-il un prolongement des vacances scolaires ? Vacances en même temps partout?", a affirmé Damien Abad, patron des députés LR.

"Comme d'habitude le président va parler et on votera après. J'ai demandé cohérence et justice dans les mesures, par exemple de penser aux universités, et qu'on ait des perspectives y compris sur la campagne vaccinale", a-t-il ajouté.

Pour Hervé Marseille, président du groupe union centriste au Sénat, "comme toujours celui qui va décider c'est le président de la République". "Il pourra dire que le gouvernement a consulté" mais la réunion "nous laisse sur notre faim". Responsables du Sénat puis de l'Assemblée ont été consultés séparément en visioconférence.

Confinement moins strict pour les jeunes ?

Quitte à reconfiner, Emmanuel Macron souhaiterait cette fois préserver davantage les jeunes, pour rééquilibrer une stratégie sanitaire qui depuis le début privilégie la protection des plus âgés, rapporte l'AFP.

"Rééquilibrer en faveur des jeunes, c'est bien l'idée", glisse un membre de son entourage partisan d'un confinement plus ouvert pour les jeunes. Mais la décision du chef de l'Etat n'est pas encore prise et la priorité sanitaire peut tout emporter si d'ici au week-end les chiffres se révèlent trop inquiétants.

Une jeunesse en détresse

Il y a moins d'une semaine, le Président, en réponse au désarroi étudiant, avait annoncé à Saclay leur retour en "présentiel" à la fac un jour par semaine pour le 1er février.

Depuis cette annonce, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, planche sur sa mise en oeuvre. "C'est une demande très forte à la fois des étudiants, mais aussi des enseignants", a souligné jeudi la ministre, qui espère qu'elle pourra s'appliquer.

Depuis le 25 janvier "il est possible pour les établissements d'accueillir des étudiants en gardant une jauge globale de leur capacité d'accueil à 20% en mettant en place des protocoles qui évitent que les étudiants ne se déplacent dans les bâtiments et ne se croisent trop", a-t-elle expliqué sur France Bleu Paris.

La possibilité de poursuivre ce retour partiel "va dépendre de la dureté" des mesures à venir mais "on fera tout pour que ce soit possible", a-t-elle dit, en confirmant avoir averti mercredi en Conseil de défense que refermer les facs serait terrible pour les étudiants.

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui s'est battu pour le maintien des écoles ouvertes, a aussi souhaité jeudi matin que la jeunesse devienne "la priorité absolue". "Il y a des mesures qui sont prises mais il faut aller plus loin et être extrêmement bienveillant pour cette génération", a-t-il déclaré sur France 2.

Les signaux envoyés depuis quelques semaines vont dans le sens d'une prise en compte de la détresse de la jeunesse : selon un sondage Ipsos publié jeudi, près d'un tiers des 18-25 ans évoquent des pensées suicidaires.

Exceptions pour les étudiants ?

Le chef de l'Etat, qui ne veut pas apparaître comme "le président des vieux", affiche son souci de parler aux jeunes, la tranche d'âge où sa cote de popularité est la plus haute.

Il a ainsi accordé en décembre une longue interview au site Brut, l'occasion de rappeler les mesures d'aide à l'embauche et le plan "un jeune, une solution" visant à ne pas laisser de jeunes au bord de la route.

Lundi, le Premier ministre Jean Castex a décroché son téléphone pour discuter avec le youtubeur Gaspard G, qui avait posté sur Instagram un texte poignant sur les difficultés des étudiants, leur vie réduite à leur chambre, l'isolement, le risque de décrocher, la précarité, parfois le suicide et l'impression d'irremplaçables années de jeunesse volées.

M. Castex lui a laissé entendre prudemment que la promesse de M. Macron pourrait être tenue même en cas de reconfinement. "Même quand on est confiné, on a pu parfois prévoir un certain nombre d'exceptions. Là aussi, est-ce que compte tenu de la réalité des étudiants, on les fait entrer dans les exceptions ? Ces questions restent ouvertes", a dit le chef du gouvernement.

L'exécutif veut aussi répondre aux manifestations qui ont eu lieu la semaine dernière, où au cri de "Rouvrez les facs !", des milliers d'étudiants avaient exprimé leur détresse, révoltés d'être "les seuls qui en sortent pas" contrairement aux salariés et aux écoliers ou lycéens.

La question de la jeunesse est aussi devenue un argument pour l'opposition. Outre la réouverture des facs, les Verts et la gauche réclament d'élargir le RSA aux 18-25 ans. Plutôt qu'un revenu garanti qu'il refuse, le gouvernement phosphore sur des aides à l'"égalité des chances" orientées notamment vers les jeunes en difficulté qui veulent entrer sur le marché du travail.

Le délégué général de LREM Stanislas Guerini a proposé de créer un prêt à taux zéro de 10.000 euros pour chaque jeune de 18 à 25 ans pour les aider à se lancer dans la vie active, remboursable sur 30 ans, suggestion que le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a jugé intéressante.

(avec AFP)