La guêpe : insecte détesté - et pourtant utile !

22 août 2020 à 6h35 par Arnaud Laurenti

La douceur du Printemps et le confinement ont favorisé leur prolifération : les guêpes semblent plus nombreuses cet été, au point de gâcher les moments de détente à l'extérieur, surtout à l'heure du repas. "Mal-aimée", la guêpe a pourtant un rôle écologique majeur.

ALOUETTE
Crédit: Archives

Beau temps et chaleur riment souvent avec déjeuner sur l'herbe et... guêpes. Des insectes "mal-aimés" qui jouent portant un rôle majeur dans la nature et qu'il faudrait protéger, selon Éric Darrouzet de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (IRBI) de l'Université de Tours (centre).

Plus de guêpes en 2020 ?

"À ma connaissance, nous ne disposons d'aucune donnée scientifique sur les guêpes, des insectes peu étudiés", prévient d'emblée le biologiste. "Mais il peut y avoir des années avec et des années sans, selon les conditions climatiques. L'année dernière, l'hiver rigoureux et une sécheresse relativement longue avaient sérieusement impacté les guêpes et les frelons européens", explique le scientifique.

Alors quid de l'été 2020 ? Les témoignages de nuisances causées par les guêpes sont nombreux. "La guêpe est une prédatrice : elle chasse les insectes pour nourrir ses larves en développement. Elle se déplace pour aller chercher la nourriture là où elle se trouve. S'il y a moins de ressources nutritives disponibles en milieu naturel, elle va chercher ailleurs, par exemple au niveau des ruchers ou dans les zones périurbaines et urbaines où nos jardins, nos parc sont entretenus sans pesticides. Du coup, les gens y croisent plus de guêpes", explique Éric Darrouzet.

Selon le chercheur, les études tenden plutôt à pouver que les insectes disparaissent à une vitesse alarmante "notamment du fait de l'utilisation à outrance de pesticides en milieu rural. Les guêpes et les frelons européens sont impactés en tant qu'insectes et en tant que prédateurs car il y a moins de nourriture disponible".

À quoi sert la guêpe ?

Comme les abeilles, les guêpes et les frelons européens "participent à la pollinisation des plantes et, en tant que prédateurs, ils permettent de contrôler les populations d'insectes dans l'environnement, notamment des mouches et des moustiques", explique le biologiste.

"Dans certaines exploitations d'élevage, les agriculteurs installent des nichoirs à frelons pour qu'ils chassent les mouches, parfois causes de problèmes sanitaires", indique ce dernier. "Mais bien sûr, s'il y a vraiment un danger avéré, il faut mieux retirer la colonie. Sinon laissons la en paix. Vivons en bonne intelligence à côté".

Selon Éric Darrouzet, il n'existe "aucun répulsif connu, non agressif et non létal, contre les guêpes ou les frelons". "Les appâts sucrés que fabriquent les gens tuent en même temps des mouches, des lépidoptères, des papillons, des coléoptères etc. Cela a un impact environnemental que je trouve désastreux".

La guêpe, un insecte peu étudié

"L'abeille a meilleure presse car elle produit ce miel qu'on adore. Pourtant, à part ça, abeilles, bourdons, guêpes et frelons, c'est exactement la même chose !", selon le scientifique.

"Ce ne sont pas des animaux foncièrement dangereux. Les guêpes vous piquent dans deux cas. Soit vous l'attrapez par mégarde dans un vêtement, l'animal se sent agressé et il se défend. La dangerosité dépendra de votre réaction au venin. Le deuxième cas, plus problématique, vous vous approchez sans le savoir d'une colonie. Les insectes vont alors faire leur travail : défendre leur colonie. Ils attaquent pour vous faire fuir. Mais si vous croisez le chemin d'une guêpe ou d'un frelon en train de chasser, il ne vous fera rien".

Selon Éric Darrouzet, cette méconnaissance sur la guêpe est due au peu d'informations diffusées au grand public. "On trouve pléthore de livres sur les abeilles mais sur la vie des guêpes et des frelons, rien. Ce sont des mal-aimés. Pourtant quand vous regardez la biologie de ces animaux, leur structure sociétale, leur cycle de vie ... c'est passionnant".

(Propos recueillis par AFP)