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Panique à bord : Bertrand de Broc, seul au monde

26 octobre 2020 à 07h30 Par Julia Maz-Loumides
Bertrand de Broc lors de son troisième Vendée Globe.
Crédit photo : Capture d'écran | Vendée Globe

Le Vendée Globe n’est pas surnommé l’Everest des mers pour rien. Toutes les semaines, découvrez une histoire qui fait la légende de la plus grande course au large du monde. Aujourd’hui, retour sur la langue coupée de Bertrand de Broc.

Navigateur et skipper professionnel français, Bertrand de Broc a vogué sur trois Vendée Globe. Dès sa première tentative, sur l’édition 1992 – 1993, il marque l’histoire avec une aventure incroyable et inédite : il se coupe la langue et se la recoud en pleine mer.

"Je saigne beaucoup"

Janvier 1993, peu avant 10 h, Bertrand de Broc manœuvre son bateau au large des îles de Kerguelen. Les vents sont forts, la houle aussi. Cette deuxième édition du Vendée Globe s’annonce difficile, encore plus lorsque le skipper entre en collision avec une drisse de sa grand-voile. Le choc le sonne, et déjà le cockpit devient écarlate. Sa langue est coupée, il saigne abondamment.

L’aide du médecin du Vendée Globe devient obligatoire. Via son télex, digne successeur du télégramme mais tout aussi précaire, il demande à prendre contact avec Jean-Yves Chauve.

"Janvier 93. 10 h 30, télex de Bertrand : Alain, je me suis blessé. J’ai le dessus de la langue bien coupé. Préviens J.Y. Chauve, je saigne beaucoup", explique-t-il dans un texte longuement écrit.

Malgré la trousse de secours prévue pour parer aux blessures des skippers, celle de l’époque reste assez rudimentaire. En deux heures de temps, Bertrand décrit la situation et l’ampleur des dégâts au médecin, puis suit les recommandations mot pour mot. Une intervention pour le moins inédite se déroule sur le 18 m en rade des "îles de la désolation". Face à son petit miroir, une aiguille et un fil à la main, le marin effectue ses points de suture. Le plus dur : les faire à l’envers. Il reprend la course tant bien que mal mais finit par abandonner en Nouvelle-Zélande, deux semaines après son intervention chirurgicale, alors qu’il est en troisième position, pour un problème structurel de sa quille.

De retour en 2012 – 2013 sur son bateau "Votre Nom Autour du Monde", Bertrand de Broc ne manque pas d’humour concernant sa participation 10 ans auparavant. Sur son monocoque, un dessin clin d’œil reprend la langue des Rolling Stones targuée d’une cicatrice.

Apprenti dentiste

Sur cette édition 2012 – 2013, un skipper Suisse s’est lui aussi improvisé médecin à bord. Le 10 décembre 2012, Bernard Stamm se casse une molaire en mangeant. Les nerfs sont à vifs et la douleur du marin est telle qu’il s’oblige à se soigner seul. Son matériel : une lampe frontale, une lime, un tout petit miroir de poche et un coton tige. "Même en respirant, ça fait mal", raconte-t-il à sa caméra tandis qu’il filme l’opération. Il réussit son coup et parvient à reprendre la course à moindre mal.

Une histoire qui ne manque pas de rappeler la scène d’un film bien connu où Tom Hanks, lui aussi, a dû soigner sa dent, et s’est retrouvé bien seul au monde…