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Tous les bacheliers auront-ils une place dans l'enseignement supérieur ?

09 juillet 2020 à 08h55 Par Arnaud Laurenti
Crédit photo : Pixabay

Avec le taux record de réussite au bac, l'enseignement supérieur pourra-t-il absorber le flot de nouveaux bacheliers qui vont venir gonfler les effectifs d'établissements aux capacités d'accueil limitées ?

Les résultats sont tombés mardi soir : 91,5% des 740.000 candidats ont été reçus au premier tour. Et ce score historique ne pourra qu'augmenter à l'issue des oraux de rattrapage, qui se terminent vendredi. En comparaison en 2019, le taux de réussite final était de 88,1%.

Ces bons résultats ne sont pas totalement une surprise. Le bac a été validé cette année uniquement via le contrôle continu et le ministère avait appelé à un "esprit de bienveillance".

"Pas prêt"

Mais un si bon score avait-il été anticipé ? Si c'est une bonne nouvelle pour les lycéens qui ont décroché le précieux sésame après une année mouvementée, il n'en est pas forcément de même pour les établissements du supérieur, qui pourraient se trouver débordés par un nombre de candidatures très élevé.

"Il y aura cette année au moins 657.000 bacheliers, soit près de 100.000 de plus que l'an passé avant rattrapage. Jamais de tels chiffres n'avaient été atteints", s'alarme la conférence des présidents d'université (CPU), qui réclame "une réunion d'urgence, sous l'égide du Premier ministre".

"Notre système, dans son ensemble, n'est pas prêt à accueillir cet afflux soudain de nouveaux étudiants", prévient-elle, soulignant la "nécessité impérieuse d'un effort de tous" pour accueillir un maximum d'étudiants dans toutes les formations de l'enseignement supérieur.

Il faut que "ceux qui s'inscrivent puissent avoir une place, c'est le sujet le plus important actuellement", a affirmé mardi soir le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer après la publication des résultats provisoires du baccalauréat.

Pour le moment, "environ huit lycéens sur dix ont reçu une proposition" sur la plateforme Parcoursup, a-t-il précisé.

Le ministère confiant

Depuis mercredi, ceux qui n'ont rien peuvent solliciter un accompagnement personnalisé auprès de commissions locales chargées de proposer des places encore disponibles. "Notre objectif est que chacun ait une place qui lui convienne", a noté M. Blanquer.

Le ministère se veut confiant, même s'il confirme que les candidats sans proposition seront sans doute "plus nombreux cette année". "Chaque lycéen sera appelé individuellement", assure-t-on.

Parmi les solutions proposées, plus de 3.600 places dans des filières courtes post-bac (comme des BTS) seront d'ores et déjà créées cette année, selon la rue de Grenelle.

En première année, il est possible qu'il y ait "moins de redoublants cette année", en raison de notations plus généreuses aux examens, "ce qui libèrera des places pour les bacheliers", affirme aussi Guillaume Gellé, président de la commission formation de la CPU.

Mais globalement, il s'attend à une hausse du nombre d'étudiants l'an prochain.

Problèmes de locaux et d'enseignants

Des discussions ont débuté dans les académies pour accroître l'offre proposée par chaque établissement.

"Le rectorat nous a demandé de créer 280 places supplémentaires dans nos filières en tension", illustre par exemple Nathalie Dompnier, présidente de l'université Lumière Lyon-2.

Son université a prévu d'en ouvrir 100 supplémentaires. Impossible d'aller au-delà : "on manque de locaux et d'enseignants", explique-t-elle.

La question du coût d'un étudiant fait aussi débat : "le ministère de l'Enseignement supérieur l'évalue à 1.600 euros par an alors que nous le chiffrons à 5.140 euros", poursuit Mme Dompnier.

Cette dégradation du financement moyen par étudiant n'incite pas à grossir encore les effectifs, selon elle. Car cela se traduira mécaniquement par une "détérioration des conditions d'accueil" avec des groupes d'élèves plus nombreux dans chaque classe.

Or la gestion de l'afflux des lycéens dans l'enseignement supérieur se conjugue à la préparation d'une rentrée encore très incertaine, sur fond d'épidémie de coronavirus.

Alors même que les équipes vont veiller à ne pas surcharger les amphis ou les TD, "elles ne voient pas comment elles pourraient accueillir un groupe supplémentaire", souligne Christine Gangloff-Ziegler, vice-présidente de la CPU. Concilier tous ces impératifs sera une "mission délicate", conclut-elle.

(avec AFP)