"C’est un super prédateur" : la lutte contre le frelon asiatique s’organise, mais pas n’importe comment

Publié : 6h09 par
Adrien Michaud - Journaliste

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Depuis son arrivée en France, le frelon asiatique cause de gros problèmes sur les populations d’abeilles. Entre début avril et fin mai, il s’agit de la période idéale pour piéger de manière contrôlée ce prédateur, et ainsi réduire la prédation de ces insectes sur les ruches.

Entre avril et fin mai, c'est la période idéale pour piéger de manière contrôlée ce prédateur.
Entre avril et fin mai, c'est la période idéale pour piéger de manière contrôlée ce prédateur.
Crédit : Alouette DR | Laura Vergne

Aucun département breton n’est épargné. En Bretagne, le frelon asiatique à pattes jaunes est désormais présent dans tous les territoires. Cette espèce invasive est un prédateur extrêmement dangereux pour les abeilles. Entre début avril et fin mai, il s'agit d'une période cruciale pour le piégeage, car les premières reines fondatrices émergent, et naissent les premières ouvrières. Ensemble, elles vont commencer à partir de ce moment-là, à construire le nid. 

En bref, c’est la période idéale pour piéger cet insecte, dans le but de freiner sa propagation et donc in fine, limiter sa prédation sur les ruches. Alors, pour faire face à cette menace, un Plan national de Lutte a été élaboré. En Ille-et-Vilaine, des plans d’actions sont mis en place localement, avec par exemple la distribution de pièges sélectifs dits japonais ou coréens. Car le piégeage oui, mais pas n’importe comment. Explications avec Jean Yves Séchéchal, président du Groupement de Défense Sanitaire des abeilles 35.

 

Pourquoi cette espèce est-elle aussi dangereuse pour nos abeilles ?

Jean Yves Séchéchal : Le frelon qu'on avait habituellement, le frelon européen, faisait partie de notre environnement. Les abeilles savaient comment se défendre, et le frelon avait une capacité de prédation nettement moindre. Les colonies de frelons européens sont moins populeuses. Quand il y a 300, 400 ou 500 individus, c'est déjà beaucoup. Le frelon asiatique, on va parler de 1 500 à 2 000 individus dans une colonie, et puis il a une capacité de prédation qui est nettement plus importante. C'est-à-dire que c'est un super prédateur, il est très beau à voir en activité, mais très nuisible sur nos abeilles.

Jean Yves Séchéchal, président du Groupement de Défense Sanitaire des abeilles 35

 

Comment peut-on s’en prémunir pour aider les abeilles ?

Entre début avril et fin mai, on peut le piéger, mais ça ne doit pas se faire n’importe comment. Par exemple, il ne faut surtout pas utiliser de piège bouteille ! Quand le frelon asiatique est arrivé, on était un peu démuni, on a piégé avec les bouteilles, on l'a tous fait ça. Mais on a très vite observé les dégâts que ça occasionnait, et maintenant, on sait qu'on détruit beaucoup d'insectes, notamment les auxiliaires de culture. Donc on doit arrêter d'utiliser les pièges bouteilles. On épate la galerie en disant : "oui, j'ai attrapé des frelons", et on oublie de dire qu'il y a trois centimètres d'insectes morts dans le fond du piège. Nous ce qu’on distribue, ce sont des pièges dits sélectifs. C’est-à-dire qu’ils capturent les frelons, tout en épargnant les autres espèces, on doit tendre vers ça.

 

Une fois qu’on possède ce type de piège, que doit-on faire ?

Le but, c’est de le placer dans le meilleur endroit possible. Si on est apiculteur, il faut positionner ces pièges, à quelques mètres de son rucher, à l'abri des courants d'air. On dit souvent 1,5 mètre, 1,80 mètre du sol. Pour un particulier, ça peut très bien se mettre à côté d'un compost, ou à côté de plantes attractives, comme le camélia, mais aussi d'autres plantes que vous observez dans votre jardin, où vous sentez que les frelons aiment bien venir collecter du nectar, de l'énergie dessus. C'est dans ces secteurs-là qu'il faut mettre ces pièges, et aussi avoir l'idée que si un piège ne fonctionne pas pendant une semaine, ce n’est pas grave. Il faut le déplacer quelquefois d'un petit mètre, par exemple, hors d’un courant d'air ou dans une zone un peu plus ensoleillée, et c'est là qu'on aura du résultat.

Jean Yves Séchéchal, président du Groupement de Défense Sanitaire des abeilles 35